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grâce à vous deux Richard et Gisou (incomplet, en cours d'écriture )

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5 février 2011

Robert Jeudi 12 Janvier 1978 inscris-toi !

  Robert Jeudi 12 Janvier 1978 inscris-toi !



André se laisse tomber sur le siège à côté de moi.

- Je nous ai pré-inscrits. Enfin moi c’est sûr, toi faut que tu confirmes.

- C’est du transport.

- Et ? Tu veux voler ?

Il n’a pas tort.

- Oui, mais pas…

- Arrêtes de faire chier et cours t’inscrire entre les deux cours, il n’y a pas de places pour tous.

Gourdin se tourne vers nous.

- Vous avez-vu le stage de…

En choeur nous lui répondons :

- Oui il n’y a plus de places.

Il affiche un sourire content.

- M’en fous je suis le premier de la liste.

Je me retourne vers lui, surpris.

- Patrice, tu ne voulais pas être dans la DA ?

- Si mais tu crois que je vais attendre trois ans sans voler ?

A côté de moi, Le petit blond affiche un sourire qui m’énerve. Il se mange mon cahier de brouillon et se plie en deux en se tenant le pif.

- Qu’est-ce qui se passe là-haut ?

- Rien monsieur, il essaie d’éternuer silencieusement.



Le gars a à peine dit :

- Merci de m’avoir écouté.

Que je suis devant lui pour lui serrer la main.

- Merci de nous avoir donné de votre temps. Ce fut très instructif.

Je lâche sa main et dans le même temps me précipite à l’extérieur de l’amphi, direction la vie scolaire.

Mais je ne suis pas le seul… heureusement que l’albinos m’a pré-inscrit… je signe. Étant les premier de la liste, nous ferons partie de la fournée des vacances de février. En y pensant, j’ai un petit pincement au cœur car cela veut aussi dire : ne pas voir les parents. Mais bon, Richard comprendra.

 

J’arrive juste à temps dans la salle de cours pour voir le prof, derrière moi, refermer la porte juste devant le nez des deux autres EOPN qui viennent de s’inscrire derrière moi.

Je m’assieds à côté de Lavandier Thomas un commando para qui m’accueille avec un grand sourire.

- Cool pour une fois j’y comprendrai peut-être quelque chose.

- Bin les autres fois, il suffisait que tu viennes me voir et je t’aurais expliqué.

Je prends la craie en pleine tête.

- Puisque vous avez envie de parler, venez donc au tableau.



Au réfectoire, j’aimerais m’asseoir à côté d’André mais monsieur s’est mis à une table de huit avec d’autres EOPN1 transport. Momo est assise avec les autres filles. Si je les rejoins, les autres mecs vont tous m’appeler mademoiselle toute l’après-midi.

- Hé mec, on a une place de libre. Je pose mon plateau entre David et BenSoussan. Je me retiens au dernier moment de dire : c’est le Mont Sinaï ici en me rappelant que je porte moi-aussi un patronyme israélite. Si bien sûr ça n’offusque pas monsieur le EOPN de côtoyer de vulgaires cocoyes.

- Heu, je vous supporte déjà partout.

Le gars en face de moi de l’autre côté de la table m’interpelle.

- C’est vrai que tu acceptes de nous aider ?

Je le regarde surpris. Quand ai-je dit ça ?

- What ? Aider qui et pourquoi ?

Lavandier me regarde et me renseigne mal à l’aise.

- Hum j’ai dit que tu acceptais de m’aider en maths.

J’avais oublié… mais bon lui ou un autre, je m’en fiche. Je souris moqueur.

- Ah ! Oh !… Mais ça aura un prix.

Là par contre les autres ne sont plus d’accord.

- Hé, non ! Aider fait partie de la cohésion.

- Quoi ? Oh, oui ! Ben non. Je me fends d’un de ces sourires dont j’ai le secret, un mélange je suis un martyr et je me fous de ta gueule… Moi le truc, c’est que j’ai la solde d’un conscrit et toi t’es déjà payé normalement. Même les troufions qui nous font cours sont mieux payés que moi.

- Tu parles, ma femme râle car je touche moins que quand j’étais adjudant.

Plusieurs autres élèves opinent de la tête. Ma fourchetée de petits légumes n’atteint pas ma bouche. Mon regard passe sur tous les hommes qui m’entourent. Leurs réactions ne font que confirmer mes convictions : je ne me marierai jamais !

- Les bobonnes ça sait faire que ça : râler. Mais c’est vrai que ces quatre prochaines années vont être dures.

- OK ! OK ! Je serai bon prince. Ce sera seulement un dessert par cours et par pax.

Le mec à ma droite me tape si violemment entre les omoplates que ma fourchette atteint mon nez et non ma bouche.

- Tu vas devenir obèse mon gars.

- Putain, t’es con ! Bah, moi ça me va car j’ai encore de la marge.

L’Aspirant Périlleux saisit puis fixe son yaourt...

- Tu commences quand ?

- Quand vous voulez, ce soir par exemple dans votre piaule. Mais vous devrez prévoir des craies et de quoi pouvoir écrire dessus. Et… on paie d’avance !

Périlleux soupire et dépose le contenu de sa main devant moi.

A midi, au dessert, il y a des Viennois café ou chocolat. J’en descend huit en me disant que si je n’arrive pas à être pilote je pourrais toujours être prof...




1Elève Officier Personnel Navigant.

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4 février 2011

Robert Dimanche 1 Janvier 1978 nouvelle année nouvelle Granier

Robert Dimanche 1 Janvier 1978 nouvelle année nouvelle Granier

 

- Viens te coucher, j'ai remis une bûche. Momo en pyjama me tire par la main. Véro nous a dit de descendre dormir avec elles, si tu voulais.

- Vas-y toi. Moi je dors ici.

- Alors je reste car tout à l'heure,tu n'avais pas l'air bien.

Je lui souris et me lève. Cela se voyait tant que ça ? Le pire c'est que je ne sais même pas pourquoi le fait de savoir qu'Isabelle allait accoucher m'a mis si mal. Ou bien est-ce d'avoir reçu sur moi, une partie de ses fluides corporels issus de … j'ai un frisson. Pourquoi ça me dégoûte tant ? Non, ce n'est pas du dégoût, c'est autre chose sur lequel je n'arrive pas à mettre de nom, ni à expliquer.

 

 

 

- Elisabeth est née à huit heures zéro quatre, deux kilos... Oh ! Pardon !

- Véro attends. Pourquoi pardon ? Mais la porte est déjà refermée. Je réalise alors,que je tiens Momo dans mes bras. Momo qui n'est plus en gros pyjama mais en fin débardeur. Non ? Si ? En tout cas aucun souvenir. Le poêle est moribond et je sens la morsure du froid sur mes bras alors je me lève pour lui redonner à manger. En tout cas, j'ai toujours mon caleçon.

- Tu as bien dormi ?

- Oui et toi ?

- Non tu bouges trop et tu parles dans ton sommeil.

- Désolé. Je descends, rendors-toi.

 

Au premier étage, Véro n'est pas dans la chambre. Il ne reste plus que les deux petites qui dorment toujours.

Au rez-de chaussée, je suis accueilli par Mammema.

- Alors mon grand, qu'est-ce que ça te fait d'être tonton ?

- Rien. Surtout que juridiquement, je ne suis toujours pas tonton ou je ne suis pas au courant. Mais toi d'être arrière grand-mère cela semble te ravir et je trouve donc ça cool.

Lors de mon tour de table matinal, j'embrasse Véro sur l'oreille.

- Il ne s'est rien passé, on a juste dormi.

Elle me force à me pencher et me glisse.

- Tant mieux car moi oui.

- Avec qui ?

Tellement surpris je l'ai dit à voix haute.

- Abruti ! C'est malin !

- Véronique, Robert ?

J'ignore Richard.

- Mais moi, je n'ai pas couché avec Momo j'ai juste dormi avec elle, espèce d'ahurie ! Bordel, garde tes fantasmes pour toi !

- Je confirme et je ne suis pas pédophile, jeune fille, ton frère est encore un petit garçon.

- Un petit garçon plus grand que toi mais ça, ce n'est pas grave, n'est-ce pas ?

Je me suis mis devant elle, et la force à reculer, elle me repousse des deux mains mais je résiste.

Bon, je ne suis pas de beaucoup plus grand qu'elle mais dix centimètres c'est toujours ça, non ?

- Un bébé !

- Tu sais ce qu'il te dit le bébé ?

- Qu’il est un gros bébé.

- Tu vas voir ce qu’il va te faire le bébé ?

En riant, nous nous livrons à une sorte de gentil match de catch que je termine en la laissant passer d’un coup tout en la retenant pour qu’elle ne se mange pas le canapé.

- Enflure, je te le ferai payer, le bébé !

- Dis moi, Richard, s'il se dispute moins avec Véronique c'est parce qu'il a trouvé quelqu'un d'autre avec qui le faire ?

 

 

Gisou et Mammema sont têtues mais têtues mais à un point qui frise la... je ne sais pas quoi , mais qui m'énerve.

- Non on ne reste pas pour manger et non je n'irai pas voir Isa et son bébé, je n'ai pas le temps, nous n'avons pas le temps, nous devons être rentré sur Salon ce soir.

- Bon alors prenez au moins ça pour manger sur le trajet et soyez prudent. Vous ne roulez pas trop vite j'espère jeune fille avec votre petite voiture de course ?

- Non, madame, je suis prudente.

- Gisou, elle conduit très, très bien t'inquiète.

- Mais si je m'inquiète. Je m'inquiète même tous les jours pour mes enfants. Tu ne peux t'imaginer.

Elle m'amuse et je l'aime comme ça.

J'aime quand elle dit : «mes enfants» et qu'elle m'inclut dedans. Elles ne savent pas la chance qu'elles ont les filles d'avoir une mère comme elle. Je la serre très fort contre moi et je reste mon visage dans son cou pour me souvenir de son odeur. Un jour, je m'offrirai un flacon de son parfum et chaque soir j'en mettrai sur mon oreiller pour avoir l'impression de m'endormir dans ses bras même quand je ne ferai plus parti de cette famille dans un an et deux mois...

3 février 2011

Robert samedi 31 Décembre 1977 77 VS 78

Robert samedi 31 Décembre 1977 77 VS 78

 

 

- Bon les gamins, tout le monde à la sieste, je veux entendre une mouche volée.

- Je suis aussi obligé de la faire ?

Papapa lève les yeux au ciel.

- Tu fais ce que tu veux, tu es trop grand pour qu'on te force à faire quoi que ce soit. Mais nous voudrions juste pouvoir dormir un peu car la nuit sera longue. Et en plus, nous aurons des invités, alors essayez vous aussi, de vous reposer pour pouvoir tenir.

J'allais lui répondre que j'avais pris l'habitude de ne dormir que quelques heures par nuit, lorsque je vois Richard qui passe son pouce sous son cou et Gisou doigt sur sa bouche. Je souffle un bon coup puis au ralenti, je me dirige vers l'escalier et là je me souviens que là-haut MA chambre est toujours envahie par les filles. Alors je me laisse tomber devant la cheminée avec un des coussins du canapé.

Mammema me pousse du pied.

- Dans ta chambre !

- Tu veux vraiment pouvoir dormir ? Non, parce que si je monte, je fous toutes les filles dehors et vous ne pourrez pas trop vous reposer.

- Ta main !

- Tu veux m'épouser ?

Elle soupire en souriant.

- Debout, je monte avec toi. Passe devant et tire moi.

Au premier, elle me montre la porte de la chambre des filles.

- Et ? Tu veux que j'y vois quoi ?

Je ne pas vois grand chose mais prend un coussin en pleine tête car je regarde Mammema.

- Youpii ! Ce soir, je dors ici !

Et je me jette sur les lits au milieu des filles qui me tombent dessus à coup de coussins.

- Je me demande si je n'aurais pas mieux fait de te laisser en-bas sur ton tapis.

- Non, je monte dans ma chambre. Si j'arrive à me dégager de cette hydre à quatorze bras et sept têtes.

- Reste imbécile !

J'arrête de me débattre et regarde Véro. Qu'est-ce qu'elle a derrière la tête ? Mais Mathilde a déjà fermé la porte.

- Hum, c'est un guet-apens ?

- Non, un kidnapping !

- Ah ! Je me disais aussi.

 

Plusieurs fois, nous voyons la porte s'ouvrir sur un adulte puis se refermer. C'est vrai que ça doit leur faire étrange de ne pas nous entendre nous égorger. Maintenant… je me suis mis loin de Véro. Couché comme elles sur le dos, tête contre tête avec les autres, nous dessinons une sorte de gros flocon. j'ai Coco et Fanfan plus ou moins couchées sur moi qui m'empêchent de bouger, et j'écoute en somnolant, les grandes parler surtout des garçons et je les découvre une facette d'elles que j'ignorais.

- Robert, t'as une copine ?

- Non !

- Tu parles !

- Non j'ai pas le temps et je ne sors jamais du Piège sauf pour venir sur Aix. Vous êtes sorties avec plus de mecs que moi de filles.

- Menteur ! Papa, il a dit à Maman qu'à Noël chez mamie, tu t'étais tiré une fille.

- Marthe tu sais ce que ça veut dire ?

- Oui sortir.

- Non, je l'ai sauté c'est tout comme une dizaine d'autres garçons ce soir là et je suis d'ailleurs bien content de lui être passé dessus en premier.

- Mais tu sais que tu es immonde ?

- Non, pragmatique Maï.

- Alors pour vous les mecs, une fille ce n'est que ça ?

- Tu comprends pourquoi je te dis qu'il vaut mieux rester entre filles.

Là, je ne peux pas m'empêcher de regarder Véro.

- T'aimes les filles, toi ? Je vais te présenter Momo alors. C'est une gouine elle aussi.

- On ne dit pas gouine mais lesbienne.

- Brouteuse de gazon !

- Et toi alors,les garçons ne le broutent peut-être pas ton gazon ?

- Possible, mais je n'ai encore jamais essayé.

Plus un bruit autour de moi.

C'est mauvais signe ça. Délicatement, j'écarte les deux petites qui dorment toujours. Heureusement d'ailleurs pour leurs oreilles. Je me redresse et m'assois en tailleur comme les grandes.. Elles se regardent avec un sourire en coin.

- Et t'as déjà fait une pipe à un garçon ?

- Non et toi, oui ?

Mais elle n'a pas le temps de me répondre car la porte s'ouvre.

- C'est bien calme ici mais c'est aussi bien agréable. Vous parliez de quoi ?

- De gazon.

- Et, tu t'y connais en jardinage, toi ?

- Non Mammema, mais les filles pas plus il semblerait, alors j'ai dit que je me renseignerai.

Autour de moi, j'ai plusieurs réactions différentes : ça rougit ou ça pouffe ou encore les deux à la fois.

- Bon et bien, tu continueras plus tard, rejoins les hommes pour te doucher, nous le ferons après rapidement car tout doit être prêt à vingt heures.

 

Ce qu'elle a omet de me dire c'est que eux se sont déjà lavé et ils me laissent seul dans le bain avec la porte ouverte et la serviette devant la cheminée à plus de deux mètres. Il y a des fois où je les déteste.

- Aller dépêche-toi, on veux y aller aussi.

- Sors !

Au lieu de sortir Miss Véro m'apporte ma serviette. Trop gentil ! Bref, la serviette drapée autour des reins, je la regarderais bien finir de se déshabiller mais j' ai deux trucs roux un peu et même beaucoup plus âgées qu'elle, qui m'agressent avec les serviettes de leurs hommes car si je remonte mouillé, je vais attraper la mort.

- Mammema regarde, il a encore les jambes mouillées, tu ne veux pas aider Tatie et Maman ?

- Non, mais de quoi je me mêle Maï, je galère déjà à essayer d'échapper à ces deux là, ne donnes pas d'idées à la troisième.

- Maïté voyons, je préfère les fesses bien fermes.

- Ah non, ça c'est privé, Gisou lâche ma serviette ou tu vas la garder dans les mains sans personne dedans.

- Bon file !

Évidemment ma chambre est redevenue un congélateur et ce pu... de poêle refuse de se rallumer. Je finis donc par renoncer préférant m'habiller rapidement et redescendre.

- Tu n'as pas mis le pantalon que Gisou t'a acheté ?

- Non, il m'est trop court.

 

Pendant que les nanas finissent de se préparer. Non, de se faire plus belles encore. Nous on range la cuisine. Mais je commence à sérieusement à avoir faim et j'ai hâte de voir ce qui se cache sous les draps blancs sur les grandes tables et j'espère que ce réveillon sera plus sympa que tous mes précédents y compris celui chez Claude, où cet enflure m'avait abandonné seul chez ses parents et où, j'avais du me taper de regarder, le Lac des cygnes, bref trois heures de ballet à la télé assis sur une chaise.

 

Ce sont Isabelle, son mec et son beau-père qui arrivent les premiers. Fichtre, comment une fille aussi fine qu'elle peut-elle devenir aussi grosse ?

- Tu sais que j'ai peur en te voyant. Tu exploses quand ?

- Dans quinze jours monsieur le petit rigolo ! Et pour te faire pardonner, tu devras me faire danser au moins une fois.

- Tu n'as pas peur pour tes pieds ?

- Ça ne sera jamais pire qu'avec Michel.

 

Les arrivants suivants furent la famille de poissonniers. Puis un dénommé Sam que je connaissais déjà, deux couples assez âgés, des cousins de Papy et une jolie fille qui arriva en smoking d'uniforme.

- Oh ! Ce sont les parents qui t'ont invitée ? Donne ton sac que je le monte dans ma chambre.

- Dedans, il y a quelque chose pour toi à la demande de ton père. Mais vas le voir dans ta chambre.

- Ce n'est pas mon père.

- Qui n'est pas ton père ?

- Toi ! Mais je t'aime quant même et merci pour la surprise.

En fait, ce n'est pas le sac de Momo mais le mien avec mes cadeaux. Je redescends donc au premier où je pose sur chaque lit, un petit paquet, pour certains bien ridicule à mes yeux mais vu mes finances, j'ai fait ce que je pouvais. Puis j'abandonne le sac vide sur mes escaliers car un : j'ai la flemme de remonter et deux : j'ai hâte de retrouver Momo.

 

 

 

- Cinq ! Quatre ! Trois ! Deux ! Un ! Bonne année mille neuf cent soixante et dix-huit !

J'ai dans les bras une Momo qui me repousse.

- Non !

- Aller juste un !

- T'es aussi lourd qu'André.

- Bin, je crois qu'on est tous les deux un peu amoureux de toi.

- Même pas, je dois te répéter les paroles d'André ?

- Moi, mes intentions sont pures.

- Un mec n'a jamais d’intentions pures, vous pensez avec vos boules. Pousse-toi !

- Bonne année Momo et frappe-le s'il t'embête, il adore ça !

- Toi, je te revaudrai ça !

Je laisse donc Véro et Momo pour aller inviter Isa à danser car Papapa a lancé une valse sur leur vieux tourne-disque.

- Bin tu vois que tu danses mieux qu'avant.

- Faut dire que tu es un excellent professeur. Tu sais que ton ventre est gênant ? Hé ! Mais tu ne peux pas te retenir ? Je vais t'offrir des couches moi !

Mais d’un coup Isabelle me repousse, tout en s’agrippant à mon bras.

- Michel !

Autour de nous tout le monde s'est arrêté de danser. Au sol une flaque autour nos pieds.

- T'inquiète, on y va.

Isabelle soutenue par Michel et son père s'éloignent déjà.

- Vas changer de chaussures et chaussettes garçon, tu vas bientôt être tonton, et moi arrière grand-père. Et j'avoue que ça me fout un coup, j'ai besoin d'un bon remontant.

Moi ? Je suis incapable de bouger. Mammema me pousse pour pouvoir passer la serpillière et me répète de me changer. Sans même changer de place, je m'exécute mais reste là, pieds nus dans la flaque, dans une main mes shoes et l'autre mes chaussettes.

Maïté me pousse.

- Oh bouge ! T'as quoi ? T'as pris racine ? Qu'est-ce que ça peut être bête un mec.

 

Je me décide à aller dans la cuisine ? Ce n'est pas moi mais un autre moi-même qui rince mes chaussures dans l'évier puis, qui les met sur le tas de bois à côté de la cheminée. La fête est finie. Je prends quatre bûches et de l'allume feu et remonte à ma chambre où Monsieur finit par accepter de prendre .

Je m'assieds devant, au sol, le dos contre mon bureau.

2 février 2011

Robert Mardi 27 Décembre 1977 Noël 5

Robert Mardi 27 Décembre 1977 Noël 5

 

 

- Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

Papapa pousse de toutes ses forces sur la porte pour tenter de l'ouvrir mais un des matelas des filles la bloque.

Maïté et Véronique le repousse dehors.

- Dehors ! Pas d'homme dans notre chambre !

- Hé ! Les filles vous êtes dans MA chambre !

- Tais-toi femme !

- Laissez-moi entrer ou j'appelle vos pères.

- Papapa tu crois vraiment leur faire peur ?

- Aux filles peut-être pas mais toi, je ne donne pas cher de ta peau.

- Déjà pour arriver jusqu'à moi, ils devront passer sur leurs filles.

J'ai franchement un problème à toujours tendre le bâton pour me faire battre. Je vois les deux filles lâcher la porte, prendre leur couette et sortir. Du coup Marthe et Mathilde font pareil ce qui provoque un grand sourire narquois chez Papapa. Mais c'est sans compter sans la complexité des filles que je renonce à comprendre car les voilà qui reviennent et cette fois à cinq le repoussent et referment la porte.

Évidemment quelques minutes plus tard, ce sont les quatre, non les cinq autres adultes qui débarquent.

Et là on imagine un lit une personne avec les sept filles dedans... si, si, c'est possible. Mais sans moi. Moi j'ai fuit. Bah oui, il y a une limite à ma capacité à les supporter. Je suis habillé derrière la porte qui peut s'ouvrir en grand puisque j'ai viré le matelas qui gênait.

- Bon c'est quoi ce bordel ?

Le Rémy ce n'est pas le fils à Papapa pour rien, et il croit faire peur à qui franchement ?

Les filles se sont toutes recouvertes entièrement avec leurs couettes. D'ailleurs je ne sais pas comment elles font pour tenir car il y a maintenant huit couettes, heu non sept car il n'y a pas la couette à Coco. Il doit faire une chaleur étouffante là-dessous. Je les entends pouffer. Je regrette juste de ne pas pouvoir voir la tête des parents.

- Tu crois qu'il est là-dessous aussi ?

- Non ! (Richard referme la porte.) Tu vois Rémy, je commence à le connaître mon loustic. Et toi ne prends pas cet air niais et explique-nous pourquoi toutes les filles sont dans ta chambre ?

- Elles avaient froid dans leur chambre. Alors elles ont remonté leurs matelas.

- Enfin c'est toi qui leur a remonté.

- Non, elles. Moi j'étais pas chaud.

- Fanfan, qui a monté tous les matelas?

- Moi !

Là, je ne peux pas m'empêcher de rire. Elle a bien retenu sa leçon. Et l'expression qui s'affiche sur le visage des parents est impayable. A force, comme si on ne savait pas qu'ils allaient demander aux deux petites.

- Coco, les matelas, c'est Robert qui les a montés ?

- Oui Robert il est monté sur les matelas et Véro la vilaine a dit : (Coco secoue son index ) « tu dois pas monter sur les matelas ».

- Coco si tu mens, tu seras punie.

- Hé Gisou, ça c'est de l'intimidation, ce n'est pas correct.

- Bon, alors mon garçon avoue que c'est toi ? Et si tu dis que c'est toi, je te ferai rien que pour toi de la mousse au chocolat et de la chantilly.

- Hum, une forêt noire à la place c'est possible ?

- Si tu veux.

- Et non. Cela s'appelle un pot de vin, ça ! Et vous me dégoûtez, vous nous prenez pour quoi ? Comme si on était pas capable de les remonter nous même, Lui, il en a remonté un, celui des petites .

- Heu, j'aurais quant même droit à mon gâteau car je veux bien avouer avoir tout remonter.

- Tu te fous de moi ?

- Meuh non, Gisou. Et puis, dans cinq jours, je serai de nouveau à Salon et je serai à nouveau seul, martyrisé et mal nourri, alors aies pitié de moi.

Je me mets même à genoux devant elle, en lui faisant des yeux suppliants.

- Oh oui Maman, pour le repas de midi fais-nous du poisson pané, s'il te plaît !

Véro est venu se mettre à genoux à côté de moi. Les trois autres grandes font pareil qu'elle, en réclamant la même chose.

- Hé non ! Puisque c'est comme ça, je ne vous aiderai pas à les descendre.

- Qui t'a dit qu'on ne comptait pas rester ?

- Ouais bin, moi, je ne vous ai pas dit que vous pouviez rester.

Même à genoux, j'ai deux têtes de plus qu'elle.

- Tant pis ! Tu n'as plus le choix, fallait pas remonter nos matelas.

- Hé ! Vous ne m'avez pas demandé la permission pour le faire.

- Depuis quand je devrais te demander la permission pour faire quelque chose, hein ? Hein ? Hein ?

A chaque « hein », elle me tape du doigt sur la poitrine. J'attrape cette main, puis l'autre et là, j'suis content d'être à genoux car exit les genoux mais elle essaie de me mordre en se jetant sur moi. Alors comme d'hab, je la bloque et on roule sur le sol. On dirait un alien qui jette ses dents vers moi mais je reste soigneusement à distance jusqu'au moment où Rémy et Papapa décident de nous séparer et embarquent la folle furieuse avec eux.

- Maintenant toi, il ne te reste plus qu' à redescendre les matelas et cette après midi, tu viens nous aider à installer leur poêle.

- Non !

- Pardon, Tu peux répéter ?

Richard est au-dessus de moi, penché sur moi qui suis resté couché au sol. Il ne me fait pas peur, il me donne plus envie de rire.

- J'ai déjà monté leur poêle, elles sont assez grandes pour t'aider à l'installer, non ? Elles aussi, elles ont deux mains. Quant aux matelas, j'en ai remonté un, celui des petites car les grandes chieuses refusaient de les aider. Et si, tu me forces, je descendrai celui des petites mais les autres je les jetterai par la fenêtre et elles iront les chercher en bas.

Bon, honnêtement, je commence un peu à avoir la trouille mais j'essaie de ne pas le montrer.

Et là, il se met à rire et me tend la main.

- Aller viens déjeuner mais t'es vraiment un petit con.

 

1 février 2011

Robert lundi 26 Décembre 1977 Noël 4

Robert lundi 26 Décembre 1977 Noël 4

 

Le poêle de la chambre des filles est, non sans mal, arrivé à destination.

C'est la traversée de leur chambre qui nous pose le plus de problème.

Elles ont au fil du temps réquisitionné tous les lits deux places du premier et du second dans les chambres vides, pour les coller les uns aux autres et en former une sorte d'immense plateau où les matelas se touchent, elles dorment ou plutôt s'écroulent dessus lorsque leurs mères viennent éteindre la lumière.

Et moi, au passage, je me dois de me satisfaire d'un lit une place étroit et trop court pour moi d'où mes pieds dépassent lorsque je m'étends totalement.

 

Lorsque Papapa ouvre la porte, on a droit à des hurlements.

- Vous n'avez pas prévenu.

Réponse : quatre mecs qui se marrent.

- On a déjà les radiateurs électriques.

- Le bois, c'est lourd à monter.

Je me dis qu'elles sont au moins quatre qui ont plus de dix ans donc si elles remontent chacune une bûche à chaque fois qu'elles montent, elles en auront tellement que je pourrai me servir chez elles.

- Laisser-nous dormir.

Heu, il est dix heures tout de même ! OK j'avoue ce matin Rémy est venu me sortir du lit, il y a moins d'une heure.

- Vous ne pourrez pas passer.

Alors ça, ce fut le truc à ne pas dire à quatre mecs qui viennent de se remonter un poêle pesant le poids d'un âne mort additionné à celui d'un âne vivant. Bon, j'exagère car à deux, on l'a monté sans difficulté mais faut bien en rajouter pour arriver à se faire plaindre puis câliner par Gisou et Mammema qui estiment que je suis trop jeune pour me bousiller le dos.

Bref, les frangins ont mis tous les matelas debout le long des murs, nous ouvrant à Papapa et moi une voie royale pour aller poser la bête à côté de la fenêtre du fond.

- Papa, tu sais qu'en passant par l'autre chambre, vous aviez pas besoin de toucher aux lits.

Une autre chambre ? C'est vrai que je me suis toujours demandé où menait cette porte au fond de la pièce. Ayant posé le poêle, j'ouvre la dite porte et là, une pièce presque aussi grande que leur chambre, sans lit mais adossées aux murs, quatre grandes armoires et six commodes basses dos à dos, l'une à côté de l'autre formant un îlot central. Presque immédiatement à ma droite, une autre porte. Celle-ci donne sur le couloir.

Richard m'a suivi.

- Oui, bon, on y vient jamais ici, j'en avais même totalement oublié son existence. (En revenant vers la chambre, j'ouvre un tiroir qui m'offre la vision de sous vêtements féminins puis la porte d'une armoire contenant des robes et à leurs pieds des jeux de société.) Ferme-ça malheureux ou tu vas te faire énucléer tous tes yeux, même ceux que tu n’as pas.

On se met à rire..

- Demain ou après-demain JE vous préviens qu'on viendra percer et installer le tuyaux. Alors vous ne direz pas que l'on ne vous a pas prévenues.

 

- Comme pour l'autre, passe la sangle au-dessous puis autour, voilà !

Mais d'un coup, nous voilà, entourés de braises ardentes qui nous font tout lâcher et nous tirent.

- Vous avez des lits à remettre en place, vous ne vous en tirerez pas comme ça, c'est trop facile.

- Non, on monte mon poêle et vous pouvez le faire vous même.

Véro se campe devant moi, les mains sur sa taille. Elle croit m'impressionner ?

- Si tu viens pas nous aider, on fait pareil avec ton lit.

- Tu me fais franchement peur là !

Elle avance d'un pas, se collant presque à moi puis recule.

- Pouah, tu pues !

- Tant mieux, tu ne voudrais pas qu'un mec qui pue vienne dans ta chambre et touche à ton lit, si ?

Demi-tour toute vers son père et tape du pied.

- Papa ! (Là, je me bouche les oreilles car elles sont sept à scander en hurlant :) Papa ! Papa ! Papa !

Je leur déquillerais une de ces beignes si j'étais leurs pères. Eux, ils se contentent de rire en fuyant vers la cuisine, m'abandonnant seul au milieu de ces furies. Moi, je ne peux pas fuir car elles me tiennent et me tirent.

- Au-secours ! Richard vient me sauver des griffes de tes filles. (Hélas, je sais qu'il ne peut plus m'entendre car j'ai entendu les portes du sas s'ouvrir et se fermer.) Mutti, Mammema, Sylvie, au-secours !

Avec espoir, je les vois arriver alors que les autres ont réussi à me faire avancer jusqu'en bas des escaliers. Mais comment résister contre elles car pour me faire bouger elles ont une technique absolument ignoble et abjecte. Je suis pieds nus et elles m'écrasent les orteils. Du coup, je suis obligé de lever les pieds et pour rester debout les déplacer vers l'arrière.

Lorsque mon talon bute contre la première marche, je m'affale sur les marches.

- Pourquoi tu refuses d'aller les aider ?

- Mutti c’est pas juste ! J'ai déjà aidé à monter leur poêle et elles ne m'aideront pas pour le mien. Pourquoi vos maris ne vont pas le faire eux ?

- Je crois qu'ils sont allés chercher le tuyau et ce qui faut pour installer le tien.

- Belle excuse ! Hé, non, lâchez-moi ! (Les jumelles me soulèvent chacune par un bras, Véro et Maïté chacune une jambe, et Fanfan et Yvy chacune de leur côté me tiennent par la ceinture de mon pantalon.) Aïe mon dos ! Non lâchez-moi ! Au-secours !

- Tais-toi ! Non seulement tu pues mais en plus tu pèses plus lourd qu'un âne mort.

- Un mulet mort !

- Je vous em... lâchez-moi !

 

Le pire, c'est qu'elles sont arrivées à me hisser jusqu'au premier. Là, elles m'ont traîné jusqu'au milieu de leur chambre.

- Et si je ne me lève pas, tous vos efforts auront servi à quoi ?

- Aller sois gentil, aide-nous s'il te plaît !

Au-dessus de moi, j'ai six paires d'yeux suppliants déclinant le vert du bleu turquoise au vert émeraude. Vous voulez résister comment à tant de beauté.

- Vous faîtes ch... !

Cinq minutes plus tard, je suis en bas où je retrouve les trois hommes.

- Alors ces lits ?

- Remis ! Mais je vous le revaudrai.

- Tiens, porte la perceuse et les embouts. Tu reviendras chercher les tuyaux.

 

- Les hommes, allez vous laver les mains et à table.

- Non, on a plus qu'à colmater, on finit et après seulement nous descendrons.

 

- Alors ? C'est installé ?

- Oui après le repas, il fera une flambée et on verra s'il ne met pas le feu au chalet, c'est que c'est bon.

- Alors à table !

Devant l'évier, j'ai décidé de me venger en les empêchant de se laver les mains, mais Richard et Rémy me saisissent et veulent m'éjecter pendant que Papapa décrochent mes mains du bord. D'un coup de rein, je replonge en avant et la main qui vient de lâcher, réussit à saisir le robinet qui hélas pour moi, ne résiste pas à la traction et d'un coup un immense jet d'eau nous inonde tous les trois.

- Mais quel con ce gosse ! Papa vite coupe l'eau !

Avec Richard, on met nos mains sur le trou du robinet cassé mais ce n'est guère efficace. Heureusement, le jet se tarit vite.

- Oh Mon Dieu notre cuisine. Les hommes, on vous déteste !

- Hé !

On se regarde tous les quatre et on éclate de rire.

- Robert éponge, Richard, aide-moi à tout démonter.

- Les garçons, je vais dans le garage, je crois que j'en ai un de remplacement.

- Raoul, non ! (On s'est tous immobilisés, qu'est-ce qui se passe encore ? Papapa est trempé comme nous et ?) Je t'interdis de sortir dans cet état, tu attends que j'aille te chercher d'autres vêtements.

- Mamie a raison et vous pareil. Nettoyez vos dégâts en attendant qu'on vous descende des tenues sèches.

Tous les quatre, on se regarde avec des mines désespérées.

- On est pas en sucre !

C'est vrai quoi ? Maïté adossé au montant de la porte les bras croisés, nous regarde avec les autres.

- Vous savez quoi les filles, on est mal barrées, avant fallait s'en supporter deux, voir trois, maintenant on a quatre entreprises de démolition.

Mais pourquoi Richard et Rémy me tapent-ils sur l'épaule en riant.

- Bon j'y vais moi, il est où ton robinet Papa ?

 

Quand les mutti arrivent, on est tous les quatre torse nu, Richard sous l'évier, Papapa au-dessus. Quant à Rémy et moi, assis sur le rebord d'une des cuves qui nous servent de baignoire, on les soutient moralement en commentant moqueurs tout ce qu'ils font.

 

- Vous savez quoi les hommes, on pose vos affaires ici avec des serviettes, quand ce sera réparé, profitez-en pour vous laver, avec les filles, on va manger en attendant.

- Hé mais il y a pas d'eau chaude.

- Faites-en chauffer.

Sur ce les mutti sortent de la cuisine embarquant les filles avec elles.

- Bin pour l'instant il n'y a même pas d'eau.

- Bien vu garçon !

- Dîtes il n'y a pas de piscine à Chamonix ?

- Richard, tu sais qu'il n'est pas con du tout ce môme, vous avez finis quand ?

- Maintenant. Vas remettre l'eau.

Nous regardons avec émerveillement l'eau couler une bonne minute puis :

- Toi, tu vas chercher nos maillots discrètement et on y va.

 

En fait, même si, on s'est bien amusé et si Richard et Rémy m'ont montré un léger, très léger aperçu de comment, ils devaient être ados, j'ai regretté être avec eux. Bin oui, se trouver une jolie filleavec tes vieux sur le dos : l'horreur absolue.

 

Nous sommes rentrés, assez tard.

D'abord je n'ai pas compris pourquoi ils retardaient tant le retour.

On est allés boire un coup, j'ai même eu droit à un Picon bière, que j'ai trouvé moins bon que l'Amer Bière de chez moi.

Ensuite, on est passé voir Isabelle.

- Tu sais que Maman m'a téléphonée, elles vous attendent avec les rouleaux à pâtisserie.

- Mais pourquoi ?

- Vous ne leur avez pas dit que vous partiez et vous avez laissé la porte de la cuisine fermée, Marthe est sortie par la fenêtre pour aller l'ouvrir. Elles sont remontées comme des pendules. Crois-moi, vous allez passer un sale quart d’heure.

Je reste d'abord sans voix en réalisant que oui, on a oublié d'enlever le guichet, à moins que... ils ne l'aient fait exprès. J'ai alors une forte envie de rire que je réprime.

- Je ne dirai rien, et toi non plus, promets-le moi ?

- Oui mais tu me raconteras, promets-moi le aussi ?

- Juré !

 

 

- Robert, tiens, vas-y, porte ça dans la cuisine, on arrive.

Je veux d'abord refuser puis je me rappelle que j'ai dit que je jouerai le jeu de celui qui ne sait rien et donc je prends le carton de bouteilles de champagne que le père de Michel nous a donné en prévision du réveillon qu'ils vont passer avec nous.

Je le pose au bout de la table comme me l'ont demandé les paters. Du coin de l’œil, je vois les trois femmes se lever, venir vers moi, regarder le contenu du carton. Gisou me tire sur le col de la chemise et mets son nez dans mon cou.

Je ne dis rien, je lui pose un bisou puis vais vers les escaliers.

Ouf ! Je suis passé à travers l’œil du cyclone mais je ne monte pas de suite, je les suis dans la cuisine jusqu'à ce qu'elles passent le sas, puis quatre à quatre, je me précipite dans la chambre des filles et sors sur le balcon mais sans m'approcher trop du bord pour rester discret. Les bras en croix, je maintiens les filles derrière moi et dois même récupérer Coco et la prendre dans les bras.

En bas pas un bruit. Je me penche.

- Toi ! Tu es intérêt d'être dans ta chambre avant que je vienne m'occuper de toi.

Purée, je ne me le fais pas dire deux fois et abandonne les filles sur leur balcon.

Devant ma porte, une quinzaine de bûches. J'ai envie de redescendre remercier les filles quand j'entends gueuler au rez de chaussée et préfère les rentrer et tenter d'allumer mon poêle qui fonctionne super bien et cinq minutes plus tard, il fait tellement chaud que je suis torse nu, fenêtre ouverte. Le bonheur !

 

La porte s'ouvre sur les filles qui envahissent mon espace vital.

- Merci pour les bûches.

- C'est pour te remercier pour les lits.

- Raconte, vous êtes allés où ?

Je m'exécute et leur parle d'Isabelle.

- Nous, on a trop rigolé. Il y a pas que Marthe qui est sortie par la fenêtre, moi aussi et Mathilde et Maïté aussi. Mais là Robert, ferme ta fenêtre, sinon éteins ton poêle.

- Oui Maman, en fait non. T'es qui pour me dire ce que je dois faire ?

 

Quand Mammema monte pour nous dire de descendre manger, je suis sur ma chaise de bureau avec Coco dans les bras et les autres sont assises sur mon lit m'offrant un charmant paysage d'automne.

Et elle repart en disant :

- C'est trop calme ici !

 

 

 

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31 janvier 2011

Robert dimanche 25 Décembre 1977 Noël 3

Robert dimanche 25 Décembre 1977 Noël 3

 

J'attrape le truc qui me secoue et le bascule sur le lit puis me couche sur elle.

- Lâche-moi, tu m'écrases.

- Fallait pas me prendre pour un prunier.

Je me recouche. Elle lève la tête les yeux fermés.

- Je peux les ouvrir ?

- Oui, pourquoi tu pourrais pas ?

- Maman m'a dit que je je ne devais pas te regarder si t'avais pas la couette sur toi.

- Dis-moi, Yvy fait-il chaud dans cette pièce ?

- Oh non ! Tu fais comment pour survivre ?

- Sous la couette il fait chaud, tu viens m'y rejoindre ? Je soulève légèrement la couette.

Elle se met debout et disparaît dans les escaliers en courant.

 

 

- Debout !

Je m'assieds sur le bord du lit en grognant.

- Il est huit heures, c'est trop tôôôt !

Je me prends mes vêtements sur la tête.

- Tu m'énerves, habilles-toi ou tu vas te retrouver en-bas dans ta tenue actuelle.

Je souris et le fixe.

- Chiche !

- Emmerdeur ! On a pas le temps, en bas, tout le monde t'attend.

La porte s'ouvre d'un coup sur un mini truc roux qui me fonce dessus.

- Le Papa Noël mis plein de cadeaux sous le sapin !

Derrière débarquent Véro et les jumelles.

- Oups !

Véro se tient au chambranle de la porte et se fait percuter par les deux autres boulets.

Moi, je serre Coco contre moi, dos à moi,entre mes jambes.

- Je te préviens Richard à ma prochaine visite, je viens avec un verrou et un radiateur !

Ce dernier se met à rire et referme la porte et poussant les trois zonzons.

 

Cinq minutes plus tard, je descends en portant un Coco

- Ah enfin ! Tu te prends pour une star pour te faire attendre comme ça ?

- Mais Mammema je suis pas une stars, je suis un Tsar !

- Toujours aussi modeste mon petit.

- Pourquoi être modeste quand on est moi ?

 

Coco me tire la manche.

- Viens, le cadeau pour toi est trop lourd.

Je la laisse m'entraîner. Le paquet est non seulement lourd mais aussi assez encombrant.

- C'est quoi ? Des briques ?

- On t'aidera à le monter dans ta chambre.

Pas de ruban mais des mètres de papiers. Un papier collant après l'autre, je l'ouvre. Oh un poêle à bois ! Cool !

- On a pensé que ce ne sera rien pour toi de monter des bûches au second.

- Tant que ma chambre n'est plus un congélateur, moi ça me va.

 

- C'est une blague Papa ?

- Pourquoi on a toutes droit au même cadeau merdique que lui ?

- Mais il n'est pas merdique du tout, moi je le trouve formidable. Et puis Marthe, des poêles Gaudin en fonte et céramique ça a du coûter un bras. Mais bon tu aurais peut-être préféré une poupée ou un nounours.

Vu le regard que je viens de me prendre, je pense que je l'ai vexée.

 

En attendant, j'abandonne mon cadeau pour aller me chercher un mug de café mais je ne suis pas encore dans la cuisine que toutes les filles hurlent mon nom.

- Posez-le sur le poêle.

En fait là, j'ai la même sensation qu'il y a un an, ne pas être à ma place. Le mug dans une main, la cuillère dans l'autre, je touille en les regardant.

Il y a les parents assis sur le canapé ou leurs fauteuils, les filles entassées sur le grand tapis et à côté de l'escalier, il y a... MON poêle avec à côté des cadeaux, j'en compte six. Peut-être est-ce ma faute mais là, mon tas est à l'extérieur de tous les groupes.

Il n'y a plus de cadeaux sous le sapin, ils parlent tous en même temps, je suis seul dans la cuisine. Je porte le mug à mes lèvres mais le café ne les atteint pas.

Mon regard croise celui de Richard qui tourne la tête vers Papapa qui se tourne vers moi. Ils se lèvent, synchrones.

Mon mug est sur l'évier, plein.

Moi, j'ai mis mes baskets.

Peut-être mon inconscient qui m'a fait oublié les cadeaux. L'école puis le Piège, un Monde impersonnel où je peux me noyer, où je suis entouré et seul, où je dois donner le meilleur et le pire de moi car je sais que l'on me déteste pour mon "meilleur".

Ici, je me sens en cage, en représentation, hors et sous leurs regards, leurs attentions.

La pente est raide pour monter à la chapelle, j'ai l'habitude de courir sur du plat.

La porte est ouverte, je la pousse.

Dedans des gens discutent devant l'autel.

Je me signe et cherche une place dans l'ombre, je fais semblant de prier puis je me surprends à Lui parler comme quand j'étais petit.

Au loin, je vois le vieux curé s’approcher.

Soutane noire, il me fait penser à un Camerer de petite taille et plus vieux. Il me regarde, je baisse les yeux, pas envie de parler.

Une main se pose sur mon épaule.

- Dans le confessionnal de-suite !

Je le suis.

En fait, je suis content, j'ai besoin de parler, de poser mes questions à haute voix. De répondre à d'autres questions.

Il n'a pas ouvert la petite fenêtre. Il n'a pas la même voix que Camerer, ne s'énerve pas comme lui.

Il me dit :

- Vas ouvrir tes cadeaux, dis juste merci et accepte d'être heureux car ça, c'est toi aussi. Tu as le droit d'être aimé et heureux.

En fait courir dans une descente c'est craignos.

Devant la maison, il y a une coccinelle jaune, celle de Michel. Qu'est-ce qu'elle fait là ? On ne devait pas aller chez eux ?

J'enlève mes baskets.

Personne dans la cuisine.

Je verse mon café dans une petite casserole que je fais chauffé trente secondes puis de nouveau dans mon mug.

Les parents ont l'air de ne pas avoir bougé. Les filles ont disparu, seule Coco monte un circuit de train en bois sous la table.

Pourquoi "sous la table " ?

Je vais embrasser Isabelle et l'empêche de se lever du rocking-chair, on dirait une baleine échouée, puis son mec.

- Tu sais que ton jeans est troué ?

Je lui montre mes mains.

- J'ai les stigmates. (Et là, déclenchement du plan hors sec. Heureusement j'ai fini mon café car Mammema m'enlève mon mug et je me bat contre Gisou qui veut m'enlever mon pantalon pour voir mes genoux.) Stop ! Je vais bien, tu t'arrêtes, je ne suis pas en sucre.

- Oh cette voix, il où mon petit frère avec sa voix aigu et son accent à couper au couteau ?

Je regarde Isabelle. D'abord surpris puis je l'embrasse à nouveau et lui glisse : Merci !

 

Je redescends cinq minutes plus tard en short, saisis mes cadeaux et vais m'asseoir entre Sylvie et Gisou.

- Allez-y, faites-vous plaisir !

 

Coco m'aide à arracher les papiers des paquets pendant que Gisou tente sans succès de me faire hurler avec son alcool à 90° sur mes paumes.

- C'est quoi ?

- Un walkman Coco, comme ça je pourrais écouter des enregistrements tout en courant. Merci Mon colonel !

Je prends une claque sur la tête qui me fait rire.

- Et ça ?

- Rhôô non ! Qui a osé ? C'est un affront que je ne pardonnerai jamais !

Derrière moi, Rémy se met à rire.

- Ouvre l'autre.

Coco s'acharne sur un papier plastifié qui lui résiste, je l'aide, laissant des traces rouge d'éosine dessus. Un boîte en bois contenant une bouteille d'hydromel.

- Purée Rémy, entre ça et vouloir me faire apprendre l'alsacien, tu t'es surpassé.

- Il fallait bien, vu le niveau des cadeaux de ton père et de Papy.

J'ai envie de lui dire que je préfère les cadeaux des deux autres, mais n'en fais rien car il m'a fait rire.

Je glisse dans le walkman, une cassette pour apprendre le swahili et mets le casque sur mes oreilles.

- Moi, moi, moi !

Je le mets sur la tête de Coco qui fronce le nez, tire la langue puis me le rend.

- Y comprends rien !

On se met tous à rire.

Je me laisse aller en arrière, la tête renversée sur le dossier du canapé, je croise le regard de Richard, sérieux. Je lui souris, je ferme les yeux. Je suis bien, je suis heureux, ici c'est chez moi ! C'est MA famille, j'y ai ma place. Et dans dix-huit mois et bien, on verra bien !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30 janvier 2011

Robert samedi 24 Décembre 1979 Noël 2

Robert samedi 24 Décembre 1979 Noël 2

 

Deux heures du matin, je fixe ma montre depuis dix minutes, les secondes et les minutes s'égrainent. Je me lève et ma couette sur le dos, montre au poignet, je descends.

Je rebranche le sapin, mets deux bûches dans l'âtre et me couche sur le canapé et fixe les lumières clignotantes. Ce soir, je ne mettrai rien sous le sapin pourtant j'avais prévu un petit cadeau pour chacun, faut que j'arrive à penser à autre chose. Plus facile à dire qu'à faire.

Je me lève. Des pompes. Cinq cents, j'arrête. Je me laisse tomber sur le dos. J'ai faim ! Un truc qui bourre, du pain. En fait, je n'ai pas faim j'ai juste un trou, là, au creux du ventre. A Salon, j'ai pas le temps, mon cerveau est occupé.

 

Sur une chaise, il y a la veste de Gisou, je la prends, vais débrancher le sapin, me recouche la tête sur la veste de Gisou, elle sent bon, j'ai l'impression qu'elle est là, avec moi.

 

- Chut tu vas le réveiller.

- Mais pourquoi il dort là ? Il n'a pas une chambre ?

- Si, j'ai une chambre mais j'avais froid.

Excuse bidon quand on me connaît, mais bon.

Retour dans ma chambre. Retour dans mon lit. Tiens j'ai embarqué la veste de Gisou. Elle sent toujours son odeur. Soupir. J'ai quoi là ?

Je me lève, m'habille et descends.

Au premier, je réalise que j'ai oublié la dite veste, je remonte la récupérer.

 

- Tiens, j'ai embarqué ça avec ma couette sans faire express.

- Oh ! tu vois Richard que je ne suis pas encore sénile. Mais s'il faut qu'on aille fouiller aussi dans ta chambre quand on ne trouve plus quelque chose, ça va me donner du travail en plus.
- Tu n'as pas besoin de ça pour venir fouiller dans ma chambre.

Maïté se met à rire.

- T'inquiète, avec Maman c'est pareil.

De la cuisine où je me sers du café, je me penche vers le salon pour regarder les deux muttis qui expriment leur mécontentement. Papapa me tape sur l'épaule en se dirigeant vers l'extérieur.

- Déjeune vite et viens me rejoindre dehors. Là, tu t'es mis Sylvie et Gisou à dos mon gars.

- Papapa pourra-t-on aller à Chamo ? J'ai besoin de m'acheter des fringues.

- Bon et bien dépêche-toi, il est même pas neuf heures, on va pousser jusqu'à Chambéry, il me manque des ampoules pour les guirlandes extérieures, on en profitera pour manger entre hommes.

 

 

- Alors vous avez passé une bonne journée ?

- Oui Gisou mais Papapa est épuisant.

- Moi ? Mais c'est lui, il n'arrête pas de parler, un moulin à paroles.

- Hé ! Je n'ai fait que répondre à tes questions.

- Et puis pour quatre chaussettes et deux slips, il m'a fait faire le tour de tous les magasins de la ville.

- Hé c'est toi qui à chaque fois voulais aller voir dans le suivant. Moi, je voulais juste aller dans un supermarché.

- Bon, mais ce n'est pas tout mon gars, va poser tes sacs dans ta chambre et viens m'aider avant qu'il ne fasse nuit. Les garçons, je vous embauche aussi, aller, aller, dépêchez-vous. Et vous auriez pu commencer tout de même. Rémy tu me dois des sous.

- Ah tu as trouvé ce que je t'ai demandé ?

Papapa qui va pour ressortir, s'arrête devant moi.

- Et il fait quoi l'espèce de grand pantin, planté devant moi ? Tu as monté tes courses ? Et non, Gisou, tu ne le suis pas ! Je suis déjà dans les escaliers quand j'entends la dernière phrase qui m'amuse beaucoup.

 

 

- Venez voir, on a fini !

Je suis allé chercher Coco et reviens avec elle dans les bras.

Elle ouvre des yeux ronds et garde la bouche ouverte sans émettre un son, c'est trop drôle.

Le long du balcon du premier, un grande guirlande court le long de sa balustrade, tout comme le long du bord du toit. Pour arriver à la suspendre celle-là, je me suis amusé à jouer l'araignée au bout de son fil assuré par Rémy. Les autres années, c'est Richard qui s'y collait mais Rémy m'a, avoué avoir apprécié la différence de poids, ce qui a fait bien sûr râler son frère. Bon il a moins apprécié quand j'ai fait le con en me mettant à l'envers dans le vide. Moi, je n'ai pas apprécié qu'il appelle Gisou qui s'est mise à hurler.

 

A midi, on a mangé dans un centre commercial où ils soldaient des décorations et on a eu l'idée folle d'acheter un traîneau avec ses rennes presque grandeur nature.

On a eu un mal fou à le faire rentrer dans le break de Richard et à en ficeler une partie sur le toit.

Cette année, il reste au sol à la limite de la terrasse et le fil électrique court sur le sol, l'année prochaine, il sera mis sur le toit du garage.

Et Coco n'a d'yeux que pour lui.

- Il est où le Papa Noël ?

- Ce n'est pas le vrai traîneau, regarde les rennes ne sont pas vivantes.

- Oh ! (Et d'un coup je suis sourd d'une oreille, voir des deux.) Je veux le vrai Papa Noël !

Je la refile à sa mère car là, je n'ai plus de solution.

- Dis Richard, elles étaient toutes comme ça ?

- Non, elle, c'est le clone de Véro.

 

J'aide les filles à mettre la table puis nous montons tous nous habiller.

Véro me retient par le pull en bas de mes escaliers.

- Lâche-moi, t'es chiante !

- Tu vas t'habiller comment pour ce soir ?

- Un pantalon, une chemise et un pull. Sûrement le nœud pap que je me suis acheté avec des Père Noël dessus pourquoi ?

- Pas en kilt ?

- Espèce d'obsédée ! Bin, non, déçue pas vrai ?

Elle hausse les épaules et fait claquer la porte de leur chambre.

- Et bien, mon gars, que lui as-tu encore fait ?

- Moi ? Rien justement, je ne veux pas me mettre en kilt.

Rémy éclate de rire.

- Ah ça, mon gars, les filles en ont parlé toute l'année. J'imagine leur déception.

 

 

 

- Tu vas où ?

- Je suis prêt, en bas.

Je ne comprends pas où est le soucis.

- Et bien, remonte dans ta chambre.

- Elle est où Gisou ?

- En bas et elle se passe de toi.

Rémy rejoint son père.

- Il te pose problème ce morveux ? Tu veux que je le dresse pour toi ce morveux ? (Je souris en le regardant jouer le matador devant moi. Finalement il entre dans la chambre de son frère qui se bat avec une Coco encore à moitié nue.) Richard, ce n'est plus drôle, il n'a plus peur de moi.

Yvy sort de leur chambre et me tirant par la manche me fait entrer.

- Wahoo vous êtes belles les filles. Pourquoi on ne peut pas descendre ?

- Parce qu'elles dressent la table.

- Cool, on va pouvoir manger !

- Tu rêves toi ! D'abord il y a la messe de minuit à la chapelle. Bref, comme elle n'est pas chauffée, on va se geler deux heures avant de pouvoir manger.

- Oh non ! J'ai faim, moi !

- Et dis-toi qu'on y monte à pieds.

 

 

Trois heures après nous sommes de retour, gelés, affamés et n'ayant pour ma part qu'une envie : aller me coucher.

J'envie Marine qui s'est faite trimbaler au chaud dans son landau.

 

Richard monte coucher Coco qui s'est endormie dès le début de la messe. Je le suis.

- Tu sais quoi, je ne viendrai plus en vacances chez vous pour Noël. Je suis trop vieux pour me taper deux heures de messe.

- Donne-moi une couche derrière toi.

- A trois ans, elle met encore des couches ?

- Si elle, elle porte des couches pour dormir, toi, t'en tiens une sacrée couche.

- Hé pourquoi ?

- Dans une famille, on ne trie pas. On prend les bonnes et les mauvaises choses. Des fois, tu nous rends la vie impossible, ce n'est pas pour cela qu'on te fout à la porte. Aller viens, on va rejoindre les autres.

 

 

En bas, la table ressemble à celle de chez Mamie Sophie et Daddy. D'un coup, bizarrement, je n'ai plus sommeil.

- Et pas que du sucré, compris ?

- Heu, je n'avais pas l'intention de prendre que du sucré.

- Alors pourquoi sur ton assiette y a-t-il déjà de la fougasse ?

- Bin c'est du pain,non ? Alors c'est pour manger avec la

viande.

Je la vois sourire.

- Tu n'en as pas mangé à Toulouse ?

- J'ai mangé tellement de trucs, je ne sais plus. Bon c'est pas grave. Moi, le sucré salé j'aime bien.

Oui, bon, j'avoue, je sais très bien ce que c'est. Tout comme j'avoue aussi que pas mal de bonnes choses ne passent pas par la case assiette mais directement par la case estomac, si bien que je n'ai bientôt plus faim mais mon assiette n'a pas diminué d'un iota. Je me force donc à tout avaler et vais m'écrouler sur le tapis devant la cheminée et là je sors un rôt qui résonne dans toute la pièce.

- Robert !

- Je vous prie de bien vouloir m'excuser mais je ne l'ai pas fait exprès.

- Dis-toi Gisou que ça prouve qu'il a fait honneur à votre cuisine.

- Voilà Papapa a tout compris lui !

 

- Yvette et Fanfan au lit ! Surtout que demain on mange à midi chez Isabelle et Michel.

 

Véro se laisse tomber sur moi.

- Aaaaah pas sur mon ventre, tu vas me faire vomir.

- Petite nature ! Et demain on recommence, j'adore Noël.

Sylvie vient se mettre au-dessus de nous.

- Alors les deux paresseux, vous croyez que la table va se débarrasser et se ranger toute seule ?

Véro se lève en râlant. Je la suis.

- Moi, j'attends les cadeaux.

- Bin, t'en auras pas de moi du coup. Tu devras attendre de m'avoir ramené sur Salon.

Alors que je m'approche de la table pour aider, Richard m'entraîne vers la cuisine.

- Toi, tu vas jouer le lutin.

Sous le préau, les deux remorques, celle de Rémy et la notre n'ont pas été vidées. Moins d'une demi-heure plus tard, leur contenu se retrouve sous et autour du sapin. Et encore une fois, j'envie l'enfance des filles.

 

 

 

 

29 janvier 2011

Robert vendredi 23 décembre 1977 vacances Noël 1

Robert vendredi 23 décembre 1977 vacances Noël 1

 

Suis à la bourre.

Je ferme la porte du dortoir. Ils doivent déjà m'attendre. J'ai oublié quelque chose, je ne sais pas quoi. Bordel, j'ai quoi là ?

Je cours dans les couloirs même si c'est interdit, comme à l'école : pas vu, pas pris. Bon c'est aussi une école même si je n'arrive pas à voir ce lieu comme ça.

 

- Viens devant. Richard m'ouvre la porte passager. Ça va garçon ?

- Oui, fatigué.

- M'étonne. Tu n'as que ce sac ?

- Oui pourquoi ?

- Oh non, pour rien.

 

Au premier arrêt sur l'autoroute pendant que Gisou distribue les sandwichs, je m'autorise un strip-tease pour échanger ma tenue bleue contre un survêt et des baskets.

- Regarde-moi un peu, tu as grandi ?

- Oui hélas.

- Pourquoi hélas ?

- J'ai du aller me chercher une autre veste au grand désespoir du garde-mites.

- Et ?

- Et quoi ?

- Et bien ta taille ?

- Oh ! un mètre soixante dix-huit pour toujours soixante cinq kilos.

- Pfff un chat maigre.

- Purée un chat comme ça, moi je le laisse à la rue.

- Heureusement que tes parents ne sont pas toi ma chère.

- Rhô ma chère, ton langage a évolué mon garçon. En attendant mange. Richard, bientôt il vous dépassera, toi et Rémy.

- Même pas en rêve.

- Rappelle-nous, ton père mesurait combien ?

Je soupire en regardant Gisou. Puis après avoir balancé mon sac à ma place, à petites foulées, je me dirige vers le bâtiment pour y rejoindre les sanitaires.

Merci Gisou, il y avait longtemps que je n'avais pas pensé à ce con.

 

Quand je reviens Richard a déjà sorti la voiture de sa place et Gisou s'est assise à l'avant.

- Yvy sort.

La gamine surprise, se détache et sort, je prends sa place sur la dernière banquette, puis elle s'installe à ma place habituelle.

Devant, les parents se regardent puis Richard démarre.

Je pose ma tête sur la siège avant en faisant semblant de fouiller dans mon sac.

Véro s'est positionnée comme moi.

- Je t'ai manqué ?

- Non.

Je me mets à rire.

- Pas grave, il y a une super nana là-bas.

- Salaud.

- Vous complotez quoi tous les deux ?

- La destruction du Monde en commençant par le chalet.

- Commencez par ne pas vous disputer.

Véro et moi, nous nous sommes redressés, elle fait mine de me pincer, je pare et fais claquer mes deux mains devant son visage, le bruit résonne et provoque chez elle deux réactions : elle éclate de rire et me bourre de coups de poings auxquels je réponds en essayant de la tenir, nous rions tellement tous les deux que l'on s'écroule enchevêtrés l'un sur l'autre sur la banquette.

- Ouais, tu m'as manqué. T'en chies pas trop là-bas ?

- Pas pire qu'à l'école sauf que là, on me fait bien sentir que je n'y ai pas ma place. Heureusement que je me suis fait deux bons copains. Et toi, elles t'emmerdent toujours autant ?

- J'en ai pris mon parti et maintenant vu qu'elles te connaissent, je ne suis plus la carotte qui ne sortira jamais de terre. Et je me suis mise au boulot, je veux avoir une mention au BAC et après je ne sais pas. Isabelle me manque et j'ai hâte qu'elle ai son bébé. Comme il y a son lit de libre, tu pourras maintenant dormir dans la chambre avec Yvy et moi.

- Ouais pourquoi pas mais j'aime bien le bureau de Richard.

- Tu m'as porté quoi comme cadeau.

- Oh putain de merde, c'est ça que j'ai oublié.

Je l'ai presque crié tellement cet oubli m'horrifie.

- Qu'est-ce qui t'arrive garçon ?

- J'ai oublié le sac avec les cadeaux mais j'étais tellement à la bourre et la tête tellement farcie de leur connerie de popotier. Oh, mais quel con je suis.

- Robert pas de ce langage avec nous.

- Oui désolé.

Richard rigole.

- Je m'en suis douté vu que tu n'avais qu'un sac. D'où ma réflexion.

- Et tu ne pouvais pas me le dire franchement ?

- Et non, you'r not a red father.

- Oh ! pffff ! Purée je ne mentirai pas à mes gosses.

- Tiens tu veux des enfants maintenant ?

- Non ! toujours pas, c'était façon de parler. En tout cas là je fais quoi ? Tu me lâches à Lyon, je vais les chercher et je remonte en train.

- Ça ne va pas ? Tu les distribueras lors d'un autre séjour au chalet.

- Je vous les passerai et vous les distribuerai vous, car en février et Pâques je n'aurai pas de congés et cet été j'en sais rien puisqu'on sera les secondes années et on accueillera les nouveaux poussins et ceux qui ne le feront pas iront défiler. Je croise les doigts pour y échapper.

- Échapper à quoi ?

- Au défilé à Paris pardi !

- Ce seraient pourtant Papy et Mamy qui seraient fiers.

- Ouais, bin, je m'en passerais volontiers.

 

 

 

 

 

 

 

 

- Oui Mammema j'ai grandi, j'ai pris huit centimètres en six mois et oui j'ai oublié mon sac avec les cadeaux, maintenant que vous savez tout, vous pouvez changer de disque ?

- Hou la, pas de bonne humeur le gamin.

- Pourtant dans la voiture, après s'être battu avec Véronique, s'être réconcilié et avoir comploté avec elle pour l’anéantissement de cette famille, ils ont bien dormi tous les deux.

- Oh ce doit être ça, dormir c'est fatiguant mon fils.

 

Le chalet sent trop bon, il sent le pain d'épice et le chocolat. La fenêtre du fond de la cuisine est décorée d'un Père Noël sur une vitre qui se penche vers la mère Noël qui a une casserole à la main et lui tend sa cuillère en bois.

- Wahoo trop beau, qui l'a dessiné ?

- Moi.

- Félicitation Mathilde c'est super beau.

- Moi c’est Marthe !

- C’est pareil.

Je vais jusqu’à Papapa qui enfume la maison en lisant un journal. Je lui claque deux bises en me bouchant le nez. Il fait mine de me taper.

- Tu as l’air en forme. Vas voir les autres fenêtres, elle a commencé à les décorer. Quant à nous garçon, demain tu devras m'aider à accrocher les guirlandes extérieures. En tout cas contrairement à d’autres, toi, tu as daigné venir m’embrasser.

Les filles alors se jette sur lui. Mammema lui arrache presque son cigare des mains.

- Donne moi, monsieur l’empoisonneur. Que tu vas finir par m’en brûler une.

 

 

 

Dans le salon, un grand sapin, autour duquel Sylvie et Rémy s'activent pour l'enrubanner de guirlandes rouges et dorées.

- C'est moi qui met le petit ange.

- Corinne, en attendant pose-le. Robert reprends lui, s'il te plaît !

Je veux bien obéir à Sylvie mais le truc avec cette gamine c'est qu'elle est têtue comme une bourrique et plus glissante qu'une anguille. Je finis sous la table avec elle.

- Aïe ! Fichtre la hauteur sous cette table a bien rétréci. Je renonce à me mettre sur la barre centrale comme je faisais il y a moins de deux ans encore. Tu me le montres ? je l'ai jamais vu. Tu me le présentes ton bébé ?

- C'est pas un bébé, c'est un ange.

- Oh ! et il s'appelle comment ton ange ?

- Jésus !

- Ah Jésus ce n'est pas un ange. Trouve-lui un autre nom.

Elle est venu s'asseoir sur mes jambes pliées en tailleur par terre.

Je la vois réfléchir.

- Rodolphe !

- Ce n'est pas un nom d'ange, ça ! Qu'est-ce que tu penses de Gabriel ? Ou tu en inventes un, en mettant "iel" au bout.

Son nez se plisse. Oups elle ne comprend pas. Comme Cocoiel, Robertiel, Gisielle, Richardiel,...

- Jésuiel !

Je me retiens de rire.

- Ok ça me va. Tu me le passe et on va le présenter à tout le monde ?

- Non ! Je veux le mettre moi !

- Je le garde mais tu le mettras toi !

- Non ! Je veux le mettre moi !

- Bon bin reste avec moi en attendant qu'ils aient fini.

En me poussant avec les mains, je nous extirpe de dessous la table et les regarde finir de décorer le sapin. Dans des petites caisses en bois, chaque boule est enveloppée d'un papier dans lequel avant, était enveloppé une mandarine ou une clémentine. Maman aussi les gardait les rares fois où on avait droit à ces fruits exotiques. Moi, le summum c'étaient les bananes, quand j'allais chez Caths je demandais toujours pour en avoir une. Ça surpassait tous les gâteaux.

 

 

- A toi Coco !

Je me lève en la portant. L'ange a un trou dans les fesses dans lequel Rémy fait entrer la pointe du sapin. Je trouve ça très glauque. Moi je préférerais largement mettre une étoile.

Rémy branche la prise et quelqu'un éteint la lumière.

Le sapin clignote de milles couleurs. Comme l'année dernière avec le petit sapin à Aix, je reste comme happé par ce spectacle. Coco me met les mains sur les joues et tourne mon visage vers elle.

- Est beau, hein ?

- Oui Coco, très beau !

Véro vient se coller à moi !

- O Tannenbaum O Tannebaum, Wie treu sind deine Blâtter...

Elle entame mon beau sapin en allemand suivie par les parents, puis les petites et les grand-parents en français.

- Nitt nurr im Summer bisch dü scheen, Im Winter au, wenn's schnejt, bisch grien !

Ils se taisent tous pour m'écouter le chanter en alsacien. Ça me fait bizarre. Il y a longtemps que je n'ai pas utilisé l'alsacien et de les voir ainsi m'écouter en silence encore plus. Mais je vais jusqu'au bout, je ne veux pas leur montrer mon trouble, ma gêne et ma honte. Et puis zut ! Non je n'ai pas honte d'être alsacien.

 

 

- Bon c'est pas tout mais j'ai faim !

Mammema sourit et me forçant à me pencher m'embrasse.

- C'était très beau. Rien que pour ça tu auras un steack hâché au lieu du poisson !

 

 

 

 

28 janvier 2011

Robert dernier trimestre 1977 à Salon

Robert dernier trimestre 1977 à Salon

 

 

Ai-je le droit de dire que je m’ennuie ?

Ai-je le droit de dire que je suis déçu ?

J’ai repris mes mauvaises habitudes de lycéen de lire pendant les cours…

Contrairement à d’autres que je ne citerai pas… j’adore les conférences. Mais hélas nous en avons que entre deux à quatre par mois et de niveau très inégal.

Par contre si pour la première, je suis assis au milieu des autres, dès la seconde, je prends de la hauteur et m’isole.

Oui bin écoutez, plus envie de me faire cranter parce qu’un de mes collègue se fait ch… et s’endort. Je laisse les autres le réveiller ou non. Moi, tel Ponce Pilat, je m’en lave les mains.

Nos emplois du temps sont prévus par quinzaine. Donc j’ai le temps pendant les cours de maths, de physique et autres dont le niveau me désespèrent vu qu’ils reprennent les cours de prépa, je lis tout ce que le CDI peut m’offrir d’infos sur le sujet abordé.

Et… le jours venu de la conférence, je gonfle tout le monde avec mes questions…

Ce qui me vaut une fois de plus d’être détesté 1) par le conférencier qui est souvent un jeune conscrit de haut niveau mais qui ne sera pas payé plus que ses francs mensuels, permettant ainsi à l’Armée de l’air de faire des économies sur son dos. Et quand j’en parle avec Richard ce dernier de me dire :

- Bah, ça fait toujours une bonne expérience pour ses gamins futurs profs en chair de se frotter à un auditoire de petits cons prétentieux.

A ces moment là je me demande toujours s’il se souvient qu’il a été lui aussi un petit con prétentieux ? Un jour j’ai craqué et je lui ai dit et sans sourcillé il m’a répondu :

- Oui et je suis devenu un vieux con prétentieux.

Et 2) par mes collègues que j’empêche de ronfler.

 

Bref ! Revenons à nos moutons ou plutôt à nos cours qui se succèdent du lundi huit heures au samedi midi.

Et le tiers de ces cours sont des cours de sports. Certains obligatoires comme ceux de sports de combat, de piscine ou d’athlétisme. Ce qui me convient tout à fait. Et à côté on peut en pratiquer une tripoté. Et comme j’ai envie de goûter à tout, ce trimestre je le passe à tous les essayer pour me fixer en course à pied et plongeon mes sports d’origine d’Aix.

 

A côté, en tant que futurs officiers et normalement… futurs officiers supérieurs, nous avons droit à des cours de sciences humaines comprenant droit (rien à comprendre, tout à apprendre par cœur, j’avale les codes...), gestion (ch…), sciences po (par contre là, je serais un très mauvais diplomate ou homme politique. Disons plutôt du style Staline ou Hitler j’avoue.) et histoire (basée bien sûr sur l’histoire militaire des dernières guerres du XX éme siècle), géographie et… littérature (ce dernier pour forcer certains à lire.).

Si mes camarades pour la plus part horrifient les profs de langues pour leur niveau en anglais, moi, ayant (grâce à Richard et sa manie de me prendre pour une bête à concours.) plusieurs diplômes universitaires d’Anglais et d’Allemand. J’oublie ces langues pour me voir inscrit d’office en chinois et russe. Ce qui me permettra d’ajouter quatre langues supplémentaires ( avec l’arabe et l’hébreu grâce à Josef) à mon catalogue.

 

Bref on ne s’ennuie pas…

Oui, je sais. J’ai commencé en disant que je m’ennuyais... ce qui ne m’empêche pas de stacker1 à mon habitude et de me faire traiter de moisi2.

 

Par contre je suis profondément déçu d’apprendre que notre formation aéronautique ne commencera réellement qu’en troisième année.

Mais si… ayant déjà ma licence de vol à voile et mon PPL, le parc de planeurs de l’école m’est accessible et j’emmène quelques fois des camarades voler avec moi.

 

Mais surtout ce trimestre voit notre amitié entre Dédé, Momo et moi se renforcer et ça… c’est cool !

 

 

 

1Travailler dur.

2Mec qui passe sa vie à bosser

27 janvier 2011

Robert samedi 17 Décembre 1977 avant goût.

Robert samedi 17 Décembre 1977 avant goût.

 

 

Voilà !

Les quinze jours de ski à Ancelle sont terminés.

Nous sommes sur les rotules mais contents.

En rang, nos sacs à nos pieds, un dernier salut puis chacun se dirige vers son week-end.

Dédé et Momo resteront là. Ils ont décidé qu’après avoir vidé et lavé tout leur linge, ils allaient dormir jusqu’à demain. Comme cinquante pour cent de la promo.

Moi le break m’attend sur le parking.

Je pensais que ce serait Richard mais non c’est Gisou.

 

- Ça va, pas trop fatigué ?

- Pas plus que d’habitude.

- Tu as sacrément bronzé.

- Il faisait beau. Richard et les filles ne sont pas venues ?

- Je suis partie à cinq heures, à cette heure là, ils dormaient tous.

- Désolé. J’aurais aussi pu attendre.

- Mais non. Tu sais. j’ai l’habitude de me lever tôt et de peu dormir.

- Oui mais tout de même.

- Aller ne sois pas désolé et raconte moi plutôt. Ah oui j’oubliais. Tu as déjeuné.

- Oui, il y a deux heures, on s’est arrêté et on a eu droit à du café et des madeleines.

- Et ça t’a suffit ? (En guise de réponse, je fais la grimace.) attrape le panier derrière toi et mange.

- Merci, mais j’aurais pu attendre la maison.

- Stop, arrêtes. Tais-toi et manges. Ça me fait plaisir à moi aussi surtout si tu me dis que c’est bon.

- Vu que ça ne risque pas d’être du poisson, ça ne peut que être bon car tout ce que tu cuisines est trop bon.

Elle ne répond rien. Elle conduit en souriant. Je me penche et dépose un bisou sur sa joue.

- Arrête gros nigaud, tu vas nous faire avoir un accident !

 

 

 

- Ils vous ont fait dormir dans des igloos, ils sont fous !

- Non c’était géant. On a du d’abord les construire. Je me suis bien amusé. Par contre la pauvre Momo, le froid c’est pas pour elle.

- Tu l’aimes bien cette fille ?

- Bon je t’arrête de suite, c’est une copine, une amie, pas plus. Pourquoi tu ne me demandes pas, par exemple... si j’aime bien André ?

- Mais oui pourquoi pas, tu sais moi, je ne suis pas mon homme. Cela me serait bien égal que tu sois amoureux d’un garçon. Olivier, il m’a toujours présenté TOUS ses copains et il a toujours tenu compte de mon avis.

- Mais non ! Mais ça va pas ? J’suis pas Olivier moi.

- Oh pardon si je t’ai froissé.

- Tu ne m’as pas froissé. C’est juste que… j’suis un homme, pas un femme. J’ai pas… (Je dirais qu’elle m’a plus gêné qu’autre chose en émettant l’idée que je puisse avoir des vues sur un garçon. Beurk, non ! Mais je ne sais pas comment l’exprimer en restant poli.) Gisou une fois pour toute, je n’aime pas les garçons mais André et Momo sont mes meilleurs amis, d’accord ?

 

Elle ne dit rien.

Nous disons plus rien jusqu’à Aix.

Je comate les derniers kilomètres.

 

A l’appart les filles déjeunent.

Moi je vais me noyer dans un bain bouillant où je commence à m’endormir.

- Maman elle dit que l’on risque de se noyer si on dort dans la baignoire.

- Gisou ! Viens faire sortir Coco de la salle de bain ! ( Bon j’aurais mieux fait de me taire car moins de deux minutes plus tard, j’ai toutes les femelles de la famille devant la baignoire.) Pourquoi il n’y a pas de verrou à cette porte ? SORTEZ !

- On l’a enlevé lorsque Véronique s’est enfermée pour la seconde fois.

- Merci Véro ! Maintenant sortez ! Pitié, sortez ! Sortez ou la prochaine fois où vous vous laverez j’entrerai.

- Fais ça et je te….

Gisou, tenant Véro par le bras, la pousse avec ses sœurs dehors.

- Aller ouste, sortez qu’il va attraper froid.

- Le froid je m’en fiche mais j’aimerais qu’on me respecte.

Véro repoussant sa mère surprise, rentre la tête dans la salle bain.

- Y a rien de respectable chez un mec !

Le savon la loupe d’un cheveu.

- Ça suffit vous deux ! Et toi mademoiselle Corinne vous êtes punie, venez avec moi.

J’entends en souriant les cris de la gosse s’éloigner vers la cuisine.

Bon maintenant l’eau est froide et j’en ai marre.

Assis sur le rebord de l’immense cuve, après l’avoir nettoyée, je la rince.

Je vois la poignée de la porte s’abaisser doucement.

- Véro c’est trop tard.

Elle l’ouvre en grand.

- T’es chiant ?

- Moi ? Hé, c’est moi, la victime dans l’affaire.

- Tout de suite les grands mots.

- Tu dois t’ennuyer quand je ne suis pas là. Tu n’as personne à enquiquiner.

- Ouaip ! Avec les petites c’est moins drôle.

Lorsque je passe devant elle pour aller dans le bureau m’habiller, je lui laisse la serviette qu’elle vient de m’enlever des reins.

- Tu es trop prévisible jeune fille.

- Toi, t’es plus drôle.

- Tu viens avec moi voir ton père ?

- Non merci, je me le supporte TOUS les jours. Et pourquoi tu y vas ? Tu le verras bien assez tôt ?

- J’ai besoin de fric, je vais lui en soutirer.

- Hum, là tu m’intéresses… si je peux lui en soutirer aussi par la même occasion.

- Bin tu vois quand tu veux… et cet apm1 tu viens avec moi faire les magasins du centre ville.

- C’est une bonne idée les gamins, je viendrai avec vous !

J’éclate de rire devant l’expression d’abord désespérée puis furieuse de Véro.

- Maman t’es gonflante, on a envie d’y aller solo.

- Non... moi je veux bien. ( Je chuchote à l’oreille de ma rouquine préférée. Quoique, préférée, pas sûr !) Si elle vient, je lui ferai tout payer…

- Avec toi, ça fonctionnera. Pas avec moi.

- Les gamins vous dites quoi ?

- Rien mutti. J’expliquais à Véro qu’il fallait qu’elle soit plus gentille avec vous.

 

Pour pouvoir accéder à la porte de l’appart je dois porter la furie qui veut me frapper, me mordre, me pincer (ça elle y arrive.) et je passe sur ce qu’elle me promet oralement de me faire subir.

 

 

- Mon capitaine !

- Tiens t’es encore là, toi ?

- C’est le week-end.

- Et l’uniforme ?

- C’est le week-end et je ne suis pas un conscrit donc l’uniforme n’est pas la norme.

IL sourit et me pose la main sur l’épaule.

- Rappelle-moi deux, trois trucs . Ta solde s’élève à ?

- Grosso modo trois cents francs.

- Et tu as déjà fait ton service ?

- Non mais, je…

- Il n’y a pas de mais, tu n’es pas un conscrit car engagé mais hélas pour toi dans ta période de service et donc l’uniforme se doit d’être une seconde peau pour toi. Et donc en tant qu’officier d’un grade supérieur au tien car je ne pense pas que tu aies déjà quatre ou cinq galons dorés ou pire des étoiles, je te préviens que la prochaine fois que je te vois sans uniforme je te mets au trou. Et tu sais comme moi, que seule l’autorité qui a donné la punition peut la lever. Mais ça, j’ai entendu dire que tu le savais puisque tu y as déjà goûter. Donc au-revoir, retournes d’où tu viens !

Au début de son monologue, je souriais, comptant blaguer en lui tenant tête.

Mais là, autour de moi, les élèves ne se gênant pas pour y aller en commentaires. C’est, sur un regard haineux que je tourne talons pour remonter à l’appart.

 

 

- Tu es déjà de retour ? Il a dit qu’il venait aussi.

- J’en sais rien Gisou, je ne l’ai pas vu.

Dans la chambre, je vire ma tenue civile

- Tu comptes aller où ? ( Comme réponse je souffle. Ma chemise et ma cravate mise, je m’assieds sur le lit pour enfiler chaussettes puis pantalon.) Je répète, tu vas où ?

- Voir Richard.

- Et il te faut être en uniforme pour ça ?

- Si je ne veux pas finir au gnouf, oui !

- Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ?

- Demande à Gâche qui a décidé une fois de plus de me gâcher la vie.

Elle me suit dans l’entrée et pendant que je lace mes souliers, elle enlève son tablier, enfile ses ballerines tout en défaisant son chignon et se recoiffant en laissant ses cheveux demi-libres. J’ai arrêté de bouger pour la regarder faire.

D’un coup, ce n’est plus la même femme.

- Pourquoi, tu me regardes comme ça.

- Heu… pour rien.

- Bon, tu es prêt ? Allons-y !

 

Elle me fait sortir devant elle et referme la porte des caves derrière nous.

- Oh mais il fait frais, j’aurais du prendre une veste.

Gâche est toujours debout devant la porte des locaux administratifs.

Très droite, elle se place entre nous deux et ouvre la porte après un :

- Capitaine !

- Ma colonelle !

M’attrapant par le bras, elle me pousse à l’intérieur et referme la porte derrière elle en la faisant claquer.

- Ce gros balourd m’exaspère !

Cette fois, j’ai du mal à me retenir de rire malgré son regard fâché. Dehors, à travers la double porte vitrée, je vois Gâche sourire, amusé.

Tiens, même là, elle ne toque pas. Il fronce les sourcils en nous voyant.

- Ma chère femme, qu’est-ce qui t’amène ?

- Ton gros balourd.

- Oh ! Et deux choses : je t’ INTERDIS de l’appeler ainsi et deux qu’est-ce qu’il fait en uniforme ? (Lorsque je lui ai tout raconter, il se met à rire.) Il n’a pas totalement tort et en même temps pas totalement raison. En tout cas il a gagné. il voulait sûrement te voir en uniforme. Et sinon qu’est-ce qui t’emmènes ?

Je voulais lui parler mais avec Gisou à côté ce n’est plus pareil.

- Tu viendras avec nous cette apm en ville ?

- Bien volontiers. Et c’est tout ? (Je fais la grimace et torture mon calot.) Dis moi Gisèle et si tu nous laissais ? Nous viendrons dans une petite heure. Et puis, comme vous voulez aller affronter la foule dans les magasins, autant que l’on mange tôt, non ? Le soleil se couche tôt en plus en cette saison. (Il s’est levé et approché d’elle. Et tout, en la raccompagnant à la porte qu’il ouvre. D’un doigt, il range une mèche folle derrière l’oreille de Gisou puis sa main redescend pour saisir la sienne. Je regarde leurs doigts se chercher et se joindre. Leur baiser est rapide. Il reste à la regarder s’éloigner comme il le faisait avec moi. Debout jambes écartées, mains derrière le dos, visage impassible. J’aimerais être télépathe pour connaître ses pensées.) Alors ? Que voulais-tu me demander d’autres ?

- Rien de spécial, simplement être un peu seul avec toi.

Il sourit et se met à à ranger son bureau.

- Ce fut comment ce stage de ski ?

- Oh super bien. Il y a….

 

 

 

Finalement j’ai gardé l’uniforme. Je vois toutes les filles et les femmes me regarder en souriant. Le regard des hommes est différent. Chez certains, parfois une teinte de nostalgie et chez d’autres presque de la haine. Je préfère celui des femmes.

 

Dans ma tête le listing des membres de la famille s’affiche avec une croix ou pas derrière. Selon si j’ai ou pas un cadeau pour elles. Et mon dernier week-end en centre ville de Salon m’y a bien aidé mais a aussi vidé mon escarcelle.

Bref !

- Richard tu pourrais m’avancer des sous que je te rembourserai.

- Et tu me les remboursera quand ?

- Le mois prochain.

- Le mois prochain tu n’auras plus de revenus puisque t’es viré de Salon.

- Quoi ?

Ma peau mâte a du, sur le coup, prendre une teinte cireuse. Gisou tape sur le bras de son mari.

- Tu es méchant ! Et toi, arrête de prendre tout ce qu’il te dit pour argent comptant. Viens, montre-moi le pantalon qui te plaît.

- Heu, ce n’est pas pour un pantalon.

- Ma très chère Gisèle. Durant ces quatorze prochains mois encore il n’a plus besoin d’avoir sur ses fesses que les pantalons de son uniforme.

- Oui compte là-dessus.

- Que je compte sur quoi mon garçon ? Que tu n’en mettes pas ? Il est vrai qu’avant toi, je ne connaissais personne pouvant traîner autant en slip que toi.

Deux jeune filles passant à côté de nous à ce moment là, ont un immense sourire en me regardant.

- Richard voyons !

Merci Gisou ! Des fois je pense que Richard le fait exprès de me mettre dans l’embarras, une sorte de sadisme ou une façon de se venger de tout ce que je peux leur faire endurer.

 

 

 

 

- En fait cet après-midi tu n’as rien acheté.

- Bin non. Entre vous qui me colliez et ton père qui s’est foutu de moi pour tout, j’ai passé une super après-midi. Sors de ma chambre !

- C’est pas ta chambre, c’est le bureau de Papa.

- Fais-moi en plus, comprendre que je n’ai pas de place à moi ici et ma journée se finira en beauté.

Je lis couché sur le lit, ne conservant que le tee-shirt et le pantalon de l’uniforme, j’ai juste enlevé le pull cravate et chemise. Mais que je compte bien les remettre pour le repas et demain dès que je sortirai de cette pièce.

Véro se laisse tombée à côté de moi.

- Tu lis quoi ?

Je la regarde. Elle a l’air sérieuse.

- «Préparation au brevet élémentaire des sports aériens V : Aérodynamique et mécanique du vol». Je l’ai déjà lu mais je…

- Non mais je te le demandais pour te faire plaisir car je sais que tu ne lis que des trucs barbants.

Elle se tourne et couchée sur le dos croise ses mains sur son ventre. Ses yeux fixent le plafond. Je ferme le livre et la fixe elle. Je m’assieds sur les talons.

- Qu’est-ce que t’as ?

- Moi ? (elle me regarde trente secondes puis refixe le plafond.) Rien. J’ai jamais rien, je m’emmerde. Ma vie est d’une lenteur, d’une inutilité sans borne.

- Encore deux ans et avec ton bac tu pourras te casser…

- Deux ans… c’est trop long. Je t’envie.

- Moi, ça fait deux ans que je t’envie. Tu as la vie dont je rêverais.

- T’es pas fini, toi ?

- C’est aussi ce que les mecs à Salon me disent tout le temps.

- Et qu’est-ce que tu m’envies ?

- Ton père, ta mère, ta famille quoi. Tu ne réalises pas la chance que tu as.

- Hum qu’est-ce que vous faites tous les deux enfermés ici.

- On cause Gisou. On cause. Râles pas. Pour une fois où elle ne me tape pas dessus.

Véro se redresse avec un grand sourire que je connais que trop.

- Oh ça, cela peut s’arranger !

Mais je suis déjà derrière sa mère.

- Gisou protège-moi !

Elle secoue la tête.

- Vous deux ! (Je passe mes bras au-dessus de ses épaules et mets ma joue contre la sienne. Elle les enlève, se tourne pour me regarder en souriant.) Oh toi ! Aller passe devant. A table ! Et toi, la brute, vas chercher ton père et tes sœurs.

 

 

 

 

 

 

 

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1Après Midi

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