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grâce à vous deux Richard et Gisou (incomplet, en cours d'écriture )
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29 janvier 2011

Robert vendredi 23 décembre 1977 vacances Noël 1

Robert vendredi 23 décembre 1977 vacances Noël 1

 

Suis à la bourre.

Je ferme la porte du dortoir. Ils doivent déjà m'attendre. J'ai oublié quelque chose, je ne sais pas quoi. Bordel, j'ai quoi là ?

Je cours dans les couloirs même si c'est interdit, comme à l'école : pas vu, pas pris. Bon c'est aussi une école même si je n'arrive pas à voir ce lieu comme ça.

 

- Viens devant. Richard m'ouvre la porte passager. Ça va garçon ?

- Oui, fatigué.

- M'étonne. Tu n'as que ce sac ?

- Oui pourquoi ?

- Oh non, pour rien.

 

Au premier arrêt sur l'autoroute pendant que Gisou distribue les sandwichs, je m'autorise un strip-tease pour échanger ma tenue bleue contre un survêt et des baskets.

- Regarde-moi un peu, tu as grandi ?

- Oui hélas.

- Pourquoi hélas ?

- J'ai du aller me chercher une autre veste au grand désespoir du garde-mites.

- Et ?

- Et quoi ?

- Et bien ta taille ?

- Oh ! un mètre soixante dix-huit pour toujours soixante cinq kilos.

- Pfff un chat maigre.

- Purée un chat comme ça, moi je le laisse à la rue.

- Heureusement que tes parents ne sont pas toi ma chère.

- Rhô ma chère, ton langage a évolué mon garçon. En attendant mange. Richard, bientôt il vous dépassera, toi et Rémy.

- Même pas en rêve.

- Rappelle-nous, ton père mesurait combien ?

Je soupire en regardant Gisou. Puis après avoir balancé mon sac à ma place, à petites foulées, je me dirige vers le bâtiment pour y rejoindre les sanitaires.

Merci Gisou, il y avait longtemps que je n'avais pas pensé à ce con.

 

Quand je reviens Richard a déjà sorti la voiture de sa place et Gisou s'est assise à l'avant.

- Yvy sort.

La gamine surprise, se détache et sort, je prends sa place sur la dernière banquette, puis elle s'installe à ma place habituelle.

Devant, les parents se regardent puis Richard démarre.

Je pose ma tête sur la siège avant en faisant semblant de fouiller dans mon sac.

Véro s'est positionnée comme moi.

- Je t'ai manqué ?

- Non.

Je me mets à rire.

- Pas grave, il y a une super nana là-bas.

- Salaud.

- Vous complotez quoi tous les deux ?

- La destruction du Monde en commençant par le chalet.

- Commencez par ne pas vous disputer.

Véro et moi, nous nous sommes redressés, elle fait mine de me pincer, je pare et fais claquer mes deux mains devant son visage, le bruit résonne et provoque chez elle deux réactions : elle éclate de rire et me bourre de coups de poings auxquels je réponds en essayant de la tenir, nous rions tellement tous les deux que l'on s'écroule enchevêtrés l'un sur l'autre sur la banquette.

- Ouais, tu m'as manqué. T'en chies pas trop là-bas ?

- Pas pire qu'à l'école sauf que là, on me fait bien sentir que je n'y ai pas ma place. Heureusement que je me suis fait deux bons copains. Et toi, elles t'emmerdent toujours autant ?

- J'en ai pris mon parti et maintenant vu qu'elles te connaissent, je ne suis plus la carotte qui ne sortira jamais de terre. Et je me suis mise au boulot, je veux avoir une mention au BAC et après je ne sais pas. Isabelle me manque et j'ai hâte qu'elle ai son bébé. Comme il y a son lit de libre, tu pourras maintenant dormir dans la chambre avec Yvy et moi.

- Ouais pourquoi pas mais j'aime bien le bureau de Richard.

- Tu m'as porté quoi comme cadeau.

- Oh putain de merde, c'est ça que j'ai oublié.

Je l'ai presque crié tellement cet oubli m'horrifie.

- Qu'est-ce qui t'arrive garçon ?

- J'ai oublié le sac avec les cadeaux mais j'étais tellement à la bourre et la tête tellement farcie de leur connerie de popotier. Oh, mais quel con je suis.

- Robert pas de ce langage avec nous.

- Oui désolé.

Richard rigole.

- Je m'en suis douté vu que tu n'avais qu'un sac. D'où ma réflexion.

- Et tu ne pouvais pas me le dire franchement ?

- Et non, you'r not a red father.

- Oh ! pffff ! Purée je ne mentirai pas à mes gosses.

- Tiens tu veux des enfants maintenant ?

- Non ! toujours pas, c'était façon de parler. En tout cas là je fais quoi ? Tu me lâches à Lyon, je vais les chercher et je remonte en train.

- Ça ne va pas ? Tu les distribueras lors d'un autre séjour au chalet.

- Je vous les passerai et vous les distribuerai vous, car en février et Pâques je n'aurai pas de congés et cet été j'en sais rien puisqu'on sera les secondes années et on accueillera les nouveaux poussins et ceux qui ne le feront pas iront défiler. Je croise les doigts pour y échapper.

- Échapper à quoi ?

- Au défilé à Paris pardi !

- Ce seraient pourtant Papy et Mamy qui seraient fiers.

- Ouais, bin, je m'en passerais volontiers.

 

 

 

 

 

 

 

 

- Oui Mammema j'ai grandi, j'ai pris huit centimètres en six mois et oui j'ai oublié mon sac avec les cadeaux, maintenant que vous savez tout, vous pouvez changer de disque ?

- Hou la, pas de bonne humeur le gamin.

- Pourtant dans la voiture, après s'être battu avec Véronique, s'être réconcilié et avoir comploté avec elle pour l’anéantissement de cette famille, ils ont bien dormi tous les deux.

- Oh ce doit être ça, dormir c'est fatiguant mon fils.

 

Le chalet sent trop bon, il sent le pain d'épice et le chocolat. La fenêtre du fond de la cuisine est décorée d'un Père Noël sur une vitre qui se penche vers la mère Noël qui a une casserole à la main et lui tend sa cuillère en bois.

- Wahoo trop beau, qui l'a dessiné ?

- Moi.

- Félicitation Mathilde c'est super beau.

- Moi c’est Marthe !

- C’est pareil.

Je vais jusqu’à Papapa qui enfume la maison en lisant un journal. Je lui claque deux bises en me bouchant le nez. Il fait mine de me taper.

- Tu as l’air en forme. Vas voir les autres fenêtres, elle a commencé à les décorer. Quant à nous garçon, demain tu devras m'aider à accrocher les guirlandes extérieures. En tout cas contrairement à d’autres, toi, tu as daigné venir m’embrasser.

Les filles alors se jette sur lui. Mammema lui arrache presque son cigare des mains.

- Donne moi, monsieur l’empoisonneur. Que tu vas finir par m’en brûler une.

 

 

 

Dans le salon, un grand sapin, autour duquel Sylvie et Rémy s'activent pour l'enrubanner de guirlandes rouges et dorées.

- C'est moi qui met le petit ange.

- Corinne, en attendant pose-le. Robert reprends lui, s'il te plaît !

Je veux bien obéir à Sylvie mais le truc avec cette gamine c'est qu'elle est têtue comme une bourrique et plus glissante qu'une anguille. Je finis sous la table avec elle.

- Aïe ! Fichtre la hauteur sous cette table a bien rétréci. Je renonce à me mettre sur la barre centrale comme je faisais il y a moins de deux ans encore. Tu me le montres ? je l'ai jamais vu. Tu me le présentes ton bébé ?

- C'est pas un bébé, c'est un ange.

- Oh ! et il s'appelle comment ton ange ?

- Jésus !

- Ah Jésus ce n'est pas un ange. Trouve-lui un autre nom.

Elle est venu s'asseoir sur mes jambes pliées en tailleur par terre.

Je la vois réfléchir.

- Rodolphe !

- Ce n'est pas un nom d'ange, ça ! Qu'est-ce que tu penses de Gabriel ? Ou tu en inventes un, en mettant "iel" au bout.

Son nez se plisse. Oups elle ne comprend pas. Comme Cocoiel, Robertiel, Gisielle, Richardiel,...

- Jésuiel !

Je me retiens de rire.

- Ok ça me va. Tu me le passe et on va le présenter à tout le monde ?

- Non ! Je veux le mettre moi !

- Je le garde mais tu le mettras toi !

- Non ! Je veux le mettre moi !

- Bon bin reste avec moi en attendant qu'ils aient fini.

En me poussant avec les mains, je nous extirpe de dessous la table et les regarde finir de décorer le sapin. Dans des petites caisses en bois, chaque boule est enveloppée d'un papier dans lequel avant, était enveloppé une mandarine ou une clémentine. Maman aussi les gardait les rares fois où on avait droit à ces fruits exotiques. Moi, le summum c'étaient les bananes, quand j'allais chez Caths je demandais toujours pour en avoir une. Ça surpassait tous les gâteaux.

 

 

- A toi Coco !

Je me lève en la portant. L'ange a un trou dans les fesses dans lequel Rémy fait entrer la pointe du sapin. Je trouve ça très glauque. Moi je préférerais largement mettre une étoile.

Rémy branche la prise et quelqu'un éteint la lumière.

Le sapin clignote de milles couleurs. Comme l'année dernière avec le petit sapin à Aix, je reste comme happé par ce spectacle. Coco me met les mains sur les joues et tourne mon visage vers elle.

- Est beau, hein ?

- Oui Coco, très beau !

Véro vient se coller à moi !

- O Tannenbaum O Tannebaum, Wie treu sind deine Blâtter...

Elle entame mon beau sapin en allemand suivie par les parents, puis les petites et les grand-parents en français.

- Nitt nurr im Summer bisch dü scheen, Im Winter au, wenn's schnejt, bisch grien !

Ils se taisent tous pour m'écouter le chanter en alsacien. Ça me fait bizarre. Il y a longtemps que je n'ai pas utilisé l'alsacien et de les voir ainsi m'écouter en silence encore plus. Mais je vais jusqu'au bout, je ne veux pas leur montrer mon trouble, ma gêne et ma honte. Et puis zut ! Non je n'ai pas honte d'être alsacien.

 

 

- Bon c'est pas tout mais j'ai faim !

Mammema sourit et me forçant à me pencher m'embrasse.

- C'était très beau. Rien que pour ça tu auras un steack hâché au lieu du poisson !

 

 

 

 

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7 octobre 2010

Robert Lundi 14 février 1977 en forme

  Robert Lundi 14 février 1977 en forme

 

Au dortoir il fait froid.

Le matin, aller se doucher c'est presque une torture, on a l'impression que toutes nos extrémités vont tomber sous forme de glaçons mais sinon pour la nuit, une couette ou une couverture suffit largement.

Ici, lorsque tu écartes un pied ou une main, de plus de dix centimètres de ton corps, tu as l'impression de glisser dans une nappe de mercure. Alors je fais comme dans ma chambre à Munster, je m'enroule dans ma couette.

 

Hier soir, comme tous les soirs quand elle vient me faire le bisou, Gisou Tiens ça rime bisou et Gisou. J'adore ! m'a enlevé ma montre car gna gna gna. Gna gna gni, elle est phosphorescente. Elle va me donner le cancer et patati et patata, en plus elle est sûre d'elle. J'ai bien essayé d'en discuter avec elle mais j'ai fini par renoncer. Je l'enlève quand je suis ici pour lui faire plaisir. Mais là, je regarde ma montre qui est posée sur ma table de chevet donc à des kilomètres de ma main qui si, je la sors, va se retrouver congelée et se briser.

En plus, je ne comprends pas pourquoi je suis réveillé.

Je suis en vacances et un garçon au creux de l'adolescence. Donc, qui a besoin de sommeil pour se remettre du dur labeur de l'école.

Je me tourne, si je ne la vois plus, je n’y penserai plus.

Putain de cerveau, arrête de me demander quelle heure il est !

Et voilà, c'était couru d'avance, maintenant j'ai envie de pisser.

Ras le bol !

Où sont mes fringues ? Oh non, Gisou je te déteste !!! Tout nu dans ce congélateur, fouiller dans mon sac : slip, tee shirt, pantalon , chaussettes, pull.

Je descends.

Dans la cuisine, je passe à côté de Gisou.

- Je te déteste !

Et lui pose un bisou sur la joue avant de sortir. Toujours pas de neige mais mon regard tombe sur la remorque. Un genou qui monte, un bras levé, le coude qui descend : Yes !

Je ne veux pas qu'il neige. Mais quelle heure est-il ? Oh non ma montre, je l'ai laissée là-haut ! Je retourne à l'intérieur… deux étages. Ma précieuse qui m'indique qu'il est huit heures trente est gelée lorsque je la pose sur mon bras.

Aaaah, pipi !

Je danse sur place puis dévale les escaliers.

Retour dehors puis retour dedans, vidé.

 

Ah que c'est agréable de se laver les mains avec de l'eau chaude.

Gisou me pose une main sur l’épaule me faisant sursauter… 

- Pourquoi me détestes-tu ?

- Parce que tu m'as pris mes vêtements. Parce que ma montre à cause de toi était sur ma table de chevet et que, lorsque j’ai sorti mon bras de ma couette pour la saisir, il a été surgelé et ensuite, encore à cause de toi, je l'ai oubliée et j'ai du remonter la chercher et donc encore à cause de toi, j'ai failli me pisser dessus tellement j'avais envie. Mais ce n'est pas grave. Je t'ai pardonnée.

Je lui fais un énorme sourire plein de dents, et un bisou sur l'autre joue puis je vais m'asseoir à côté de Véro à qui je pique sa cuillère et sa tartine entamée car j'ai trop faim et pas la patience d'attendre de m'en faire une. Je ferais bien la même chose aux autres filles mais maintenant elles les planquent.

Mammema semble plus amusée que les filles.

- Houla, tu es déchaîné ce matin.

C'est vrai que je me sens en forme.

- Richard on va voler à quelle heure ?

- Voler pas sûr, faudra d'abord le sortir de sa remorque et le monter puis après nous verrons et... ce n'est pas toi qui l'inaugureras, faut pas rêver tout de même.

Zut ! Oui, c’est évident, je rêvais hélas, mais bon je me contenterai de l'autre avec Papapa et c'est déjà super.



Rester dans la chambre est devenu carrément impossible ! Il y fait un froid polaire.

Je me fais donc une raison et redescends.

Mais en attendant qu’ils se décident à décoller du chalet, je ne sais pas quoi faire.

Je commence donc par m’installer confortablement sur le canapé en tissu. Mon préféré car il est bien face à la cheminée et n’a pas des accoudoirs en bois hyper durs. J’ai même descendu ma couette et emballé dedans, je me plonge dans mon roman, une histoire d’humanoïdes robots qui se révoltent.

Mais mon cerveau refuse de se laisser capturer par l’intrigue. Je laisse tomber le livre au sol et mettant ma couette par-dessus ma tête, bien coincée tout autour de moi qui suis sur le côté roulé en boule, je me laisse aller à rêver…

Ouais mais bon… sous la couette fait chaud, trop chaud.

Et tel un diable hors de sa boîte, je la rejette, me mets d’un bond debout, la plie au maximum puis la pose contre un accoudoir de l’autre canapé puis fonce dehors. Faut que je bouge sinon je vais exploser.

Dehors, il fait aussi froid que dedans… je fais le tour de la remorque, laisse mes doigts courir dessus.

Essaie de l’ouvrir mais il y a un gros cadenas et une chaîne en plus de la serrure.

Retour à l’intérieur.

- Qu’est-ce que tu fichais en pull et pieds nus dehors.

- Je respirais l’air frais. Stoppé net dans mon élan par Gisou qui me tient par le bras, je manque de me retrouver sur les fesses et pose la main sur la cuisinière pour me retenir. Putain mais c’est chaud !

Du coup, elle me lâche le bras pour me saisir l’autre main que je lui enlève en la secouant et j’en profite pour la fuir et rejoindre les deux pater assis devant un café.

- Richard, vu qu’on ira pas, je peux au moins l’ouvrir pour le voir ?

Il ne me regarde même pas.

- Et que veux-tu ouvrir ?

- La remorque.

Il a juste le coins des lèvres qui se soulèvent presque imperceptiblement.

- Laquelle ?

Je soupire.

- OK ! J’ai pigé !

Demi-tour toute, contourner le canapé pour éviter Gisou, saisir ma couette et direction ma chambre : autant dormir.



Dix minutes plus tard, suis de retour. 

Une, j’ai mal à la main et deux je n’arrive pas à dormir, à cause de ma main mais surtout parce que je suis super sur les nerfs.

Rapide tour d’horizon : les pater n’ont pas bougé, les trois petites jouent avec des aimants à fabriquer une sorte de mosaïque sur une plaque de métal carrée. Isa et Maï tricotent quant à Véro, elle lit. Hum hum. Je souris.

Je croise le regard de Papapa qui bouge légèrement la tête de droite à gauche et de gauche à droite.. Même pas drôle !

Richard se tourne vers moi.

Retour dehors après avoir évité Mammema et Gisou. J’enfile mes baskets assis sur la table de jardin. Et là… je ne sais toujours pas quoi faire. Je me laisse tomber sur le dos les bras en croix sur la table.

Le ciel de plomb me semble tellement bas que j’ai l’impression qu’en levant la main, je vais pouvoir le toucher.

V’la-t-y pas que je le fais de lever la main. Mais je suis vraiment frappé, moi, dans mon genre !

Mon regard  se pose alors sur le grand cèdre et oh ! Son sommet est dans les nuages.

Ni une, ni deux, me voilà en train de l’escalader.

Je regrette de n’avoir pas pris de gants car ma main me gêne, mais suis un homme, un futur soldat et Papa serait content : j’endure sans rien dire.

Bon, je m’arrête tout de même pour la regarder, j’ai des cloques sur la paume et certaines se sont ouvertes. Bah ce n’est pas grave, je montrerai à Gisou, ça lui fera plaisir de pouvoir me torturer.

- Où est-il encore ce gosse ?

Je baisse les yeux et je vois les parents devant le préau. Pourquoi me cherchent-ils ? J’ai envie de les appeler puis me retiens, d’abord grimper. Levant la tête, je ne vois plus le nuage qui couronnait l’arbre. Tant pis, je continue, je veux savoir ce que ça fait d’être dans les nuages.

J’ai l’impression d’avoir encore plus froid et je m’aperçois que je suis trempé. Je regarde à nouveau vers le haut et là… plus rien !

Vers le bas… plus rien !

En fait, je suis en plein dedans, dans une sorte de brouillard très épais. C’est à peine si je vois ma main quand je tends le bras. C’est le pied !

Mais j’ai du mal à garder les yeux ouverts car ils me brûlent et mes doigts comme mes pieds sont engourdis comme lorsque plus petit, je marchais pieds nus dans la neige et qu'Annie me faisait hurler en me frottant les pieds et les mains quand je retournais à l’intérieur. Donc maintenant faut redescendre, opération plus délicate.

Pourquoi les branches semblent-elles plus fragiles ?

Richard du sol me guide.

- Sous ton pied droit, à droite. Sous ton pied gauche plus bas à droite.

A peine ai-je posé les pieds au sol que je lève les bras pour me protéger de la menace de la main de Papapa qui s’est levée mais qui redescend en tenant le poignet de ma main brûlée.

- Gisou. Je l’ai retrouvé ! Nous passons devant Richard qui me regarde impassible. Que fera-t-on de lui ?

- Rien Papa car il sera mort avant d’être adulte.

- Bah vous avez... non ! Toi, t’as bien survécu. Donc il a peut-être une chance d’y arriver.

Ça fait bien rire celui qui a survécu.

 

Une fois ma main bandée, Gisou s’en va avec sa boîte à pharmacie. Elle n’a pas dit un mot et ne m’a même pas regardé, rien !

 

Les filles mettent la table. Je veux les aider. Mammema m’envoie me changer car je suis trempé. Je m’assois devant la cheminée presque dos contre les vitres. Je sécherai. Là-haut, il fait trop froid.

- Mais ce n’est pas possible, cette fois tu veux mettre le feu à tes cheveux ou à tes vêtements ?  Elle me fait lever. Enlèves ton pull et mets ce plaid sur tes épaules. Qu’est-ce que tu as ?

Je réponds la tête dans mon pull.

- Je m’ennuie.

Mammema me regarde les sourcils froncés, son visage près du mien. J’aimerais être télépathe mais je ne le suis pas…

- Tu vas manger puis tu feras la sieste.

Je secoue légèrement la tête.

- Pourrai pas dormir.

Elle semble préoccupée.

- Parce que ta main te fait mal ?

- Non, j’suis juste… Je ne sais pas comment dire, pas énervé, c’est pas ça. Je m’ennuie, mon cerveau s’ennuie et mon corps aussi. Là, j’ai envie d’aller courir et en même temps, je pense à trop de choses. Tu crois que je pourrai aller faire du vélo cet après-midi ou simplement courir ?

- D’abord ce sera devoirs et après vois avec Richard s’il ne veut pas en faire avec toi ?

- Je suis désolé d’être comme ça certains jours. C’est comme si j’avais bu cinq cent cafés, à l’école ces jours-là, c’est les jours où je me fais le plus cranter. Et ça me fout encore plus les nerfs et du coup j’ai envie de taper sur tout le monde.

Elle fait semblant d’être effrayée en souriant.

- Holà, ne me tape pas, d’accord ?

Sa demande me donne envie de rire.

- Oh toi, j’ai jamais envie de te taper, ni Gisou ou Sylvie. Par contre Richard oui, souvent. Mais je ne le ferai jamais. J’accentue bien sur le jamais. Véro aussi mais parce que c’est une fille, j’en ai pas le droit.

Je me tais. Je suis debout, devant Mammema qui me tient par la petite couverture toute douce en mohair qu’elle m’a mis sur les épaules. Elle me sourit. Elle a des yeux très clairs mais ni verts ni marrons. Elle est face au feu et dedans je vois danser les flammes et pourtant je n’y vois que douceur.

Derrière elle, les autres ne nous regardent pas. Véro se bat avec les petites pour qu’elles rangent. Isabelle et sa cousine sont déjà assises et discutent à voix basse, presque front contre front. Richard débouche une bouteille de vin et Papapa coupe du pain.

J’ai parlé très bas, d’ailleurs je ne sais pas pourquoi je lui ai dit tout ça, je suis gêné et j’ai honte maintenant. Ducoup je me tortille, sur place.

- Vas voir Gisou, elle s’en veut de t’avoir fait mettre la main sur la cuisinière.

- Oh c’est pour ça ? Mais ce n’est même pas vrai. Elle n’y est pour rien.

D’ailleurs elle arrive avec la soupière, je vais la lui prendre.

- Donne, c’est lourd, je te la porte.

Elle refuse.

- Non, pas avec ta main.

- Ma main n’a rien et si je n’étais pas un imbécile, je ne me serais pas brûlé.

Je pose la soupière au milieu de la table puis vais soulever Véro en la prenant sous les bras.

- Arrête de les emmerder. Si elles ne veulent pas ranger c’est parce qu’elles n’ont pas fini leur dessin. La journée n’est pas finie, elles pourront continuer après. Là, la seule chose que t’es arrivée à faire c’est faire pleurer Fanfan.

Mammema s’interpose entre nous.

- Vous deux ça suffit et toi jeune homme, ce soir tu devras t’occuper de les faire ranger, fini ou pas, compris ?

Véro s’éloigne vers sa chaise en râlant, qu’elle écarte tellement brusquement de la table qu’elle la renverse.

- Non mais de quoi je me mêle ? Monsieur je sais tout, Monsieur, je…

Richard lui dit de se calmer.

- Véronique ça suffit ! Et ramasse cette chaise. Franchement pas un pour rattraper l’autre. Vous avez quoi tous les deux aujourd’hui ?

- Mais Papa c’est toi qui m’a dit de les faire ranger et maintenant c’est moi qui me fais engueuler. J’en ai marre de ce mec. Non j’en ai marre de tous les mecs, je vous déteste tous !

Gisou réagit à son tour.

- Véronique, ton langage !

- Oh maman, toi aussi je te déteste.  Elle se met à imiter Gisou sur la tête de sa cousine qui repousse ses mains. Oh la la, mon petit garçon. Oh la la, mon pauvre petit chéri. T’es réellement pitoyable maman. J’ai vraiment qu’une hâte, c’est de pouvoir me casser de cette famille de merde.

- Véronique dans ta chambre !

- Mais Papa ! Quand lui, il est énervé, vous ne lui dîtes rien, par contre moi... suis punie.

Je dois absolument apprendre à me taire.

- Car moi, j’y monte tout seul dans ma chambre.

Papapa se retourne sur moi.

- Oh toi ! Tu te tais ou tu y vas aussi dans ta chambre.

Je recule puis m’élance pour aller vers l’escalier mais il me rattrape et me pousse vers ma place. Et toi, Véronique, dans trente secondes, tu es assise et muette comme une carpe ou je vais moi aussi péter un plomb.

Véro s’assied tellement vite qu’elle rate sa chaise et s’affale, tout le monde éclate de rire sauf Gisou et Mammema qui vont la relever inquiètes, mais elle va bien et se remet à râler. Preuve par mille qu’elle va bien.



Après le repas, le soleil se pointe deux petites heures et ils me demandent de les aider à sortir l’ASK de sa boîte.

Je le trouve trop beau.

Je crois que je suis amoureux d’un planeur…
















9 octobre 2010

Robert Lundi 16 février 1977 glaçon !

Robert Lundi 16 février 1977 glaçon

 

J'ai eu un mal fou à m'endormir et à quatre heures, je suis réveillé.

 

Je regarde ma montre toutes les cinq minutes.

Je la secoue et lui dis d'aller plus vite tout en sachant que cela ne sert strictement à rien.

Pour finir, j'en ai tellement marre que je finis par la balancer de l'autre côté de la pièce. Résultat des courses, je me lève pour la récupérer. Tremblant de froid et de peur de l'avoir cassé. De plus, évidemment, ça me donne envie de pisser et j'ai la flemme de descendre. Du coup, et bien j'ouvre la fenêtre et volets  et arrose dehors. Par contre, le bruit ne me plaît guère et malgré l'obscurité je m'aperçois qu'en-dessous, il y a le break de Richard. Et maintenant, j'ai des envies de meurtre sur moi-même. Bref, envie de jeter une corde par la fenêtre et de me pendre.

Là, pas le choix. Habillage et descente façon ninja en faisant gaffe aux marches qui craquent. Prendre le liquide vaisselle, retrouver la grosse éponge qui sert à laver les voitures et go, dehors !

Purée, il fait si froid que l'eau gèle sur la voiture, mais bon au moins elle est propre. Par acquis de conscience, je fous quelques seaux sur la remorque de l'ASK.

Je range le seau et l’éponge et remonte.

Je bute sur Papapa dans les escaliers.

- Pstttt gamin, tu viens d'où ?

- Pipi.

Papapa me fait un signe de la main et continue de descendre et moi à monter.

Dans la chambre, je suis content d'enlever mes fringues rigides car trempées. Et ma couette, même si elle est glaciale, me semble plus chaude qu'eux. Ras le bol dans une heure c'est sept heures, je veux me lever tôt pour qu'on aille à l'aéro-club.

 

La porte s’ouvre sur Richard qui semble plutôt énervé.

- Qu’est-ce qui t’a pris ce matin ?

Heu, pourquoi qu’il m’engueule ?

- Hein ? Quoi ?

Il reprend sa respiration, puis, plus calme.

- On peut savoir pourquoi tu as mis de l'eau sur la voiture ?

- Je n'ai rien fait.

Richard me colle alors mes fringues trempées sous le nez.

- C'est Papy qui nous a dit t'avoir vu remonté trempé à six heures alors maintenant tu te lèves et tu vas rattraper tes bêtises car grâce à toi la voiture est scellée, y compris serrure et moteur.

Oups ! Ce n'était pas mon but. Et comment veut-il que je sache quoi faire ?

En bas, il me pousse vers la cuisine puis vas jeter mon pantalon trempé sur le banc à côté de son père.

- Papa, tu avais raison, mais dès fois je me demande ce qui lui passe par la tête. Toi, vas mettre tes pompes. 

Après avoir mis mes baskets encore trempées je reviens dans la cuisine et mets une casserole sur le feu.

- Tu fabriques quoi maintenant ?

Je m’écarte par prudence de lui.

- Je fais bouillir de l'eau et comme elle sera bouillante elle fera fondre la glace et débloquera la serrure.

Il soupire et éteint le gaz.

- Et par moins vingt tu crois qu'elle va rester chaude combien de temps ta flotte ? Trente secondes gros nigaud.

C'est là où je vois Mammema battre des œufs;

- Un flan ! C'est ça ! Mammema il est où votre chalumeau pour faire cramer vos flans ?

Elle me regarde horrifiée.

- Mais je ne fais pas brûler mes flans, malheureux !

Richard semble presque content.

- Bonne idée mon gars pour la serrure mais pour le moteur ?

Voyons, voyons voir. Avec quoi le réchauffer  sans flamme ? 

- Si on peut ouvrir le capot on peut mettre dessus une couverture chauffante.

Richard sourit.

- Me demande si Mamy et Papy vont être d'accord pour qu'on salisse leur couverture chauffante ?

- Suffit de mettre un drap entre la couverture et le moteur.

Mammema lui fait signe d’aller la chercher. Je le vois disparaître puis revenir.

- Enlèves moi ces pompes trempées et mets en d'autres.

Il en a de bonnes, lui. Lesquelles ? Je suis le seul à mettre du quarante-quatre et je n'ai que ces baskets. Je les enlève puis les pose devant la cheminée de la cuisine.





- Bon maintenant si tu veux aller voler tu me dis pourquoi tu as dû laver la voiture à cinq heures voir peut-être quatre heures du matin.

Autour de nous, tout s'est arrêté, j'ai même peine à croire que j'entends encore le tic-tac régulier du coucou suisse posé au-dessus de la cheminée.

Comme si j'allais leur avouer que c'est parce que je suis le mec le plus con et flemmard de la Terre. 

- Tant pis, je ne volerai pas aujourd'hui.

La voix de Richard me poursuit dans l’escalier…

- Robert ! Je m'arrête sur la quatrième marche et me retourne pour le regarder. Mets une croix dessus, temps que tu ne me l'auras pas dit.

Je monte quelques marches puis redescends mais là, je vois toutes les filles me regarder et renonce. Je remonte m'enfermer dans ma chambre.



A midi, c'est lui qui vient me chercher, je suis couché sur mon lit pieds nus et en tee shirt.

- Tu n'as pas froid, il caille dans ta chambre.

- Oui c'est pour ça que je réclame un chauffage. mais bon, j'suis blasé, je fais des pompes ou d'autres trucs pour me réchauffer.

- Sinon, tu vas me dire le pourquoi du comment ?

Je secoue la tête sans le regarder.

- Non, tu iras le répéter à tout le monde.

Je le vois aller à la fenêtre, l'ouvrir et regarder en bas. Puis éclater de rire.

- Tu sais, un jour Rémy a pissé comme ça sur la tête de Papy. Allez hop en bas, à table. Et soyons clairs, nous l'avions deviné depuis le début. Mais comme tu n'as pas eu le courage de l'avouer, je maintiens la punition.

Je le hais, je le hais, je le hais !

Assis en tailleur sur mon lit, je boue.

La porte claque devant moi, qu'ils aillent tous se faire foutre ! Le courant d'air que ça provoque me rappelle que je suis en train de me transformer en glaçon, je regarde mes orteils qui ont commencé à bleuir.

Je me mets donc à faire des flexions en étant sur les orteils mais j'aime pas la sensation que j'éprouve alors avec un soupir, je prends des chaussettes et je me dis que même si je suis punis, je peux tout de même descendre les réchauffer devant la cheminée avec mon livre.



En bas, ils sont à table.

Je vois les filles se faire des messes basses et rire entre elles.

Papapa tapote le banc à côté de lui.

Oh et puis flûte, j'ai faim. Je vais donc dans la cuisine me laver les mains. J'y croise Gisou.

- Pense à aller faire pipi avant de venir à table et de te laver les mains.

- Hein ?

Quoique, bonne idée mais celle qui l'est moins c'est d'y aller en chaussettes.

 

- Mammema je peux en reprendre ?

Elle me passe le plat.

- Oui mon petit.

 

- Mamy ne lui met pas trop de sauce, c'est du liquide tu sais.

Je regarde Rémy.

- Quoi ? Moi je veux du truc jaune…

Mammema me souffle.

- De la polenta.

Je la regarde.

- Ah ! OK ! De la polenta c'est sec alors oui je veux bien aussi plein de sauce.

Rémy a du mal à pas rire.

- Peut-être mais ça va te donner envie de faire pipi.

Je comprends alors, la pique de Gisou, je rentre la tête dans les épaules.

- Richard je te déteste ! Et je le fusille du regard.

- Ce n'est pas moi qui ai deviné c'est Mamie car elle a engueulé les autres hommes se trouvant autour de cette table car il y avaient des traces jaunes suspectes sur le rebord de la fenêtre et la fenêtre de ta chambre est juste au-dessus.

Je fixe alors Rémy avec un sourire moqueur.

- Bin moi au moins j'ai pas pissé sur la tête de quelqu'un pas vrai Rémy ?

Ce dernier fusille son frère du regard.

- Richard t'es un enfoiré.

Ses filles le questionnent.

- Papa, t'as fait ça ?

Lui me fusille du regard à son tour.

- Robert, je vais te faire la peau !

Je suis debout aussi vite que Rémy et vais me planquer derrière Gisou et Sylvie mais cette dernière, me passe un bras autour de la taille.

- Chéri, je te le tiens.

Je tente de me libérer.

- Noooon, ce n'est pas du jeu là !

Mais c'était sans compter la curiosité des filles qui décident de prendre mon parti et viennent me libérer de leur mère.

- Non, Maman lâche-le. Robert c'est sur la tête de qui qu’il a fait ça ?

Rémy me fixe.

- Suis sûr qu'il ne le sait pas de toute façon.

Je le nargue.

- Oh si Rémy, je le sais, mais je ne le dirai pas si tu me promets que tu ne me feras rien.

- Promis.

Dois-je lui faire confiance ?

- Je veux voir tes deux mains. Oh et puis, j'ai pas confiance. Dans cette famille vos promesses vous ne les tenez jamais.

Les filles  m'entourent surtout celles de Rémy.

- Si, si Robert, nous on te promet de faire tout ce que tu veux jusqu'à la fin des vacances si tu nous le dis.

Je regarde les jumelles qui sont devant moi, mains jointes.

Maïté se met à rire.

- Hé les frangines vous vendez votre âme au diable là.

L’une d’elle secoue la tête, sa longue natte suit le mouvement, venant taper la figure de Justine qui la saisit et tire dessus, la jumelle se retourne vers elle, l'œil mauvais. Moi ça m’amuse.

- Non, il est con parfois mais ce n'est pas le diable.

Ah ouais j'suis con, OK ! Je passe mes bras autour du cou des jumelles pour rapprocher leurs têtes de mon visage. Rémy de l'autre côté de la table me fait non d’un doigt menaçant. Je lui souris. Et tout bas.

- Sur votre tête quand vous étiez dans votre landau devant la maison.

Les deux se tournent vers leur père, horrifiées. Elles sont les seules à m'avoir entendu. Moi, en tout cas, je file dans ma chambre sans demander mon reste.



Un peu plus tard, je les vois arriver avec un plateau. La première ouvre la porte, l’autre vient le déposer sur le lit où je lis emballé dans ma couette.

- Comme promis.

Comment ça ?

- J'ai rien demandé !

Je me méfie car avec les filles maintenant je me méfie toujours !

- Non, mais comme t'avais pas fini ton repas, on te monte ton assiette et ton dessert. Faudra juste que tu redescendes le plateau. 

J’avoue que je suis agréablement surpris, ça leur arrive donc parfois de ne pas penser à me jouer des coups tordus ?

- Ah c'est gentil merci !

 

Je renifle tout, soulève les assiettes, essuie les couverts avec ma housse de couette, on ne sait jamais. A l'odeur et au goût, rien de suspect. C'est vrai qu'elles ont fait une promesse, mais bon.

Par contre, le jour où elles découvriront que je leur ai menti, j'aurais intérêt à numéroter mes abattis.



Je descends le plateau pour le repas du soir. Rémy semble calmé. Par contre dans la cuisine, Mammema me dit de laver ce que je viens d'apporter et que demain j'aurais à nettoyer la fenêtre. Penaud, je le lui promets.

Elle sourit amusé et de la main me caresse la joue.

- Oui toi, je sais que tu tiens tes promesses.

Hum ça veut dire quoi ça ? Est-ce la vérité ou un message caché ?

 

A table, je me glisse entre Gisou et Mammema. Cela amuse les pater.

- Tu me fuis mon garçon ?

- Non, Papapa mais je n'ai pas mon nom gravé sur le banc à côté de toi.

- Ou alors tu as peur que quelqu'un me fasse pipi sur la tête et tu as peur des dommages collatéraux dus à ton mensonge ?

Mon regard se porte sur les jumelles qui ont un sourire que je n’aime pas.

- Tu t'es régalé avec le contenu de ton plateau tout à l'heure.

Et les six chieuses d'éclater de rire... j'ai alors un frisson et comme un goût bizarre au fond de la gorge.






1 janvier 2011

Robert jeudi 14 Juillet 1977 le chien bleu

Robert jeudi 14 Juillet 1977 le chien bleu



- Tu nous gardes Marine ?

Je lève le nez de mon bouquin pour fixer Gisou debout devant moi. Elle n’a plus son éternel tablier. A ses pieds, ses jolies ballerines dorées assorties à sa fine ceinture et son petit sac..

Rémy descend, portant justement l’intéressée qui cherche à mordre le nez de son père. Sa tenue comme celle de Richard et Papapa me font comprendre qu’il serait temps que je reprenne pied dans la réalité.

- Mais je viens avec vous.

- Certainement pas dans cette tenue.

J’adresse à Gisou un sourire moqueur.

- Pourquoi t’aimes pas mon pantalon ?

Sans m’en apercevoir, tout en lisant, j’ai agrandi la déchirure sur mon genoux gauche. Faut dire que la croûte qui le couronne me grattait et je l’ai aidée à disparaître avec mon ongle. Et tout en surveillant la mutti, je me penche sur mon genoux pour en sucer le sang qui a commencé à teindre le kaki du tissu en une tâche noire.

Elle soupire et faisant un demi-tour dans les règles de l’art, Richard est un bon professeur. Elle se dirige vers le placard où se range la pharmacie.

 

Devant moi, un grand père, habillé presque comme ses fils mais lui, porte un pantalon long… ah oui parce qu’il doit cacher les cicatrices sur ses genoux… et moi ? Là j’ai un genou couronné et je n’ai pas le droit de le cacher. Ah oui c’est vrai j’suis qu’un gosse !

- Ça suffit, debout et monte t’habiller. Ton attitude commence à bien faire.

- Je suis vraiment obligé de venir et de…

Derrière Papapa, les filles me font des grimaces. Quoi ?  Elles essaient de me dire quelque chose mais quand comprendront-elles que je ne sais pas lire sur les lèvres ? Déjà qu’avec des mots clairement dits, j’ai parfois du mal à percuter, alors là ! A mon tour de leur répondre de la même manière.

Papapa se tourne vers elles et bien sûr, elles jouent les innocentes.

Isabelle lève les yeux au ciel puis vient m’enlever des griffes de son grand-père en me poussant dans les escaliers.

Elle me chuchote à l’oreille.

- Faut que je vois Michel, seul à seul. Et tu es le seul à avoir la capacité d’attirer l’attention de tous les parents, alors pitié vas vite t’habiller. Puis plus fort. Arrêtes tes caprices et conduis-toi comme un homme et non comme un bébé capricieux, sinon c’est moi qui t’habille.

Je me mets à rire.

- Chiche.

- OK !

 

Mais Isabelle s’arrête au premier.

Dans ma chambre, sur la chaise, on a posé mon bermuda beige, ma chemisette blanche et le pull col V bleu marine. Le «On» je sais qu’il s’appelle Gisou.

Je soupire mais m’habille tout de même.

Elle a même prévu une ceinture en cuir marron.

La panoplie complète du petit garçon sage.

Pffff ! J’estime être un petit garçon sage quelque soit ma tenue.

 

Le petit garçon sage, les mains profondément enfoncées dans ses poches, la chemise pas rentrée, est accueilli par le sourire de tous les adultes et des filles qui ont du mal à ne pas rire devant la tête que je tire.

Sylvie semble quant à elle inquiète.

- Je me demande petite sœur si c’est vraiment une bonne idée de le forcer à venir vu le sourire qu’il affiche.

 

Et je me retrouve traîné jusqu’au sas par une poigne de fer qui me tient par le cou.

- Efface-moi ce sourire car je te préviens que tu as épuisé toute ma réserve de patience. Alors à la moindre incartade, tu auras affaire à moi, compris ?

- Oui mon colonel !

 

Mais je suis déjà loin et c’est assis sur la table en rondins que j’enfile mes baskets.

J’entends Mammema s’adresser à Gisou en soupirant.

- Tu aurais pu lui acheter d’autres chaussures.

- Mamy... je vous laisse le plaisir d’aller faire des courses avec lui pour lui acheter des vêtements.

Bien qu’elles soient presque à trois mètres derrière moi et que je sois entouré par huit pipelettes, je les ai bien entendues et me retourne vers les mutter.

- J’ai aussi des rangers.

Ma réplique me vaut six regards noirs. 

Décidément dans cette famille, les adultes n’ont pas d’humour.

 

Au village comme chaque année il y a une fête foraine arrivée deux jours plus tôt et qui ne repartira que le seize Août. Je réalise alors que j’ai oublié mon portefeuille et donc mes sous dans la poche du pantalon de combat.

- Et merde !

Les filles se taisent et se tournent d’un bloc vers moi.

- Qu’est-ce qui t’arrive ?

- J’ai oublié mon fric au chalet.

- Aïe, c’est pas malin ça.

 

Mais Fanfan nous fait oublier mon portefeuille.

- Isabelle, il y a Michel là-bas au stand de tir à la carabine.

Elle nous le montre du doigt. Une des jumelles et moi, lui faisons baisser le bras en lui faisant les gros yeux.

Mais derrière nous, Gisou appelle Isabelle.

- Isabelle, viens ici ma chérie.

Sylvie lui cède les poignées de la poussette lorsqu’elle arrive à leur hauteur.

- Tiens , ma grande, apprend à conduire une poussette.

Nous avons tous ralenti et avec les autres ainées nous nous regardons inquiets.

- Vous croyez qu’elles savent ?

- Maï on est pas dans le secret des dieux.

Nous fixons les trois petites. Si les deux plus jeunes continuent à se disputer au sujet d’un éventuel parfum de glace. Yvy, elle, nous interroge du regard. Je l’attrape par un poignet et me mets à courir pour m’éloigner vers le centre de la foire. Les autres nous suivent aussitôt. Tournant autour d’un manège pour les petits avec des chevaux qui montent et descendent, nous nous regroupons derrière.

- Yvy qu’as-tu raconté aux parents ?

Mettant ses poings sur ses hanches, elles me fait face.

- Et j’aurais dû leur dire quoi ?

- Pour Isabelle et Michel.

- Oh ça ! Maman le sait depuis plus d’un an.

- Et pour les conséquences ? Là, elle nous regarde nous faisant comprendre que justement elle ne comprend pas ce que l’on veut dire. Bin pour le bébé !

- Quel bé… non c’est vrai ? Oh putain, la vache, mais tu as fait comment ?

Là, j’ai un envie de fou rire que partagent les quatre autres grandes.

- Mais pas moi, Isabelle avec Michel espèce d’idiote !

Là, l'expression d’Yvy passe de la surprise pour finir par celui d’un profond dégoût. Sa tête est trop drôle, je n’arrive plus à me retenir.

Les autres aussi. J’aperçois les parents qui arrivent. Rapidement je soulève Coco pour l’asseoir sur un des chevaux et Fanfan sur celui d’à côté.

- Maï va leur acheter des tickets. Elle vient avec moi au guichet. Je te rembourserai plus tard. Bonjour madame, deux tickets s’il vous plaît. Merci ! Attendez-moi, je leur donne leur ticket.

Je traverse le manège qui commence à tourner pour arriver aux petites. La femme du guichet m’ordonne de descendre. Je saute en marche aux pieds des parents mais rejoint rapidement les autres et nous nous éloignons vers un autre manège qui ressemble à une pieuvre. D’ailleurs il y a un dessin de pieuvre bleue dessus. Je me trouve doué, héhé.

- Tu crois que les petites ont compris elles aussi ?

- J’en sais rien Véro.

Une des jumelles me montre Michel qui nous a vus et s’approche.

Maï me pousse vers lui.

- Vas le prévenir. Nous, on s’occupe des parents.

Je ne vois pas pourquoi ?

- Pourquoi moi ?

- Parce que t’es un mec comme lui.

Ah bin merci pour la corvée.

Et on fait ça comment, d’annoncer à un type qu’il va bientôt être papa et en même temps qu’il n’en a plus pour longtemps à vivre.

 

Je lui fonce dessus, lui arrache l’espèce de gros chien bleu qu’il a dans les bras.

- Oh c’est gentil, fallait vraiment pas. Mais d’abord viens avec moi. Surpris, il me regarde m’éloigner sans bouger. Je fais demi-tour et lui prenant le poinet, je l’entraîne derrière moi en courant. Viens, putain, bouges ou t’es mort !

Je ne m’arrête qu’une fois arrivés derrière la petite mairie.

Là, il s'énerve.

- Bon maintenant tu m’expliques ?

- Est-ce que tu as déjà fait ton testament ?

Vu sa tête, vraisemblablement non. D’ailleurs faudrait que je pense à faire le mien.

- Non ! Mais pourquoi aurais-je dû avoir fait mon testament ?

Je lève les yeux au ciel exaspéré. 

- Parce que Richard va te tuer en apprenant que t’as foutu Isabelle en cloque.

Et là… Sa réaction me sidère. Il se met à rire.

- Tu crois que c’est pourquoi que je vais offrir cette grosse chèvre Oh ! Je croyais que c’était un chien ! Ah oui, ce truc a des cornes. à Isabelle ? Parce qu’elle a dans le ventre un futur petit capricorne qui devrait naître mi-janvier. Je lui rends sa peluche encombrante. Et pour Richard... j’ai ça.

Il me montre une petite boîte noire qu’il ouvre pour me montrer qu’elle contient une bague. Je regarde le mec puis la bague plusieurs fois. 

- Heu, je ne crois pas qu’il soit très bijoux.

Cette fois, il ouvre de grands yeux, s’arrête de rire pour repartir de plus belle.

- Quand ta sœur dit que t’es spécial, elle n’a pas trop tort. Allez viens, rejoignons les.

 

- Je vous ramène quelqu’un qui s’était égaré. Monsieur Granier me permettez-vous d’offrir ceci à votre fille Isabelle ? Cette dernière n’a pas attendu pour délaisser la poussette, s’approcher de lui et saisir la grosse peluche bleue. Et là, nous voyons le mec s’agenouiller devant elle et lui montrer la petite boîte ouverte. Isabelle accepterais-tu de m’épouser ?

 

Autour de nous des inconnus se sont arrêtés et observent la scène.

Isabelle joue l’étonnée, elle se cache d’abord derrière la peluche puis la donne à son père surpris et prenant la bague…

- Oui.

On applaudit tous, même ceux qui ne nous connaissent ni d’Eve ni d’Adam. Franchement je ne vois pas pourquoi faut applaudir un gars qui se met la corde au cou ?

Isabelle montre sa bague à sa mère et deux autres femmes. Les filles les entourent, voulant elles aussi la voir.

 

Papapa me passe un bras autour du cou, amusé.

- Alors tu savais et tu ne nous as rien dit.

Je me dégage de son bras.

- Bin non Papapa je ne savais pas pour la demande en mariage. Je savais juste qu’Isabelle était enceinte, c’est tout.

Qu’est-ce que je n’ai pas dit … Faudra un jour que j’apprenne à me taire.



















12 avril 2010

Robert Jeudi 8 Mai 1976 sales gosses

Robert Jeudi 8 Mai 1976 sales gosses

 

Vers midi, c'est la sonnerie du téléphone qui nous réveille. A peine une heure après, nous sommes près à partir.

- Je descends par les escaliers.

J'ai enfilé les larges poignées du sac sur mon dos et suivi de Véro, je dévale les marches en riant, huit étages de course. Au troisième, je manque de percuter une montagne de muscles en marcel qui porte un tout petit bébé.

- Oh pardon, désolé Monsieur ! Il est très beau votre bébé !

- Vous ne devriez pas courir dans les escaliers les enfants, c'est dangereux.

- C'est ça qui est cool !

Enfin, pour moi le plus dangereux ce n'est pas de sauter les six dernières marches de chaque envolée de marches, c'est d'avoir une dingue derrière moi qui veut me faire la peau. En bas, il n'y a encore personne et je sors sur le parvis en bas de l'immeuble. Je reprends mon souffle quand la folle me saute dessus à bras raccourcis. Je n'ai que deux centimètres de cheveux mais elle arrive tout de même à me les arracher. La voir aussi furieuse me donne encore plus envie de l'énerver mais Richard apparaît dans l’entrée de l’immeuble en même temps que la montagne de muscles et d'autres personnes, le souvenir des claques de la pauvre Coco me calme instantanément.

- Y a ton père, viens !

Et la prenant par la main, c'est une autre fuite éperdue jusqu'à la voiture garée deux rues plus loin, là, elle veut de nouveau se battre mais je la serre contre moi et l'embrasse. Je suis maintenant aussi grand qu'elle et j'aime plonger dans ses yeux verts.

- Je retire ce que j'ai dit, enfin non, mais cette carotte là, je la dévorerais volontiers.

Lorsqu'ils arrivent avec Gisou, j'ai encore mal suite au coup de genou que je n'ai pas su éviter mais je tourne tout de même autour de la voiture pour garder une certaine distance entre Richard et moi.

- Robert ça va ? Tu t'es fait mal ?

- Non, non, mais disons que certains légumes sont plus dangereux que d'autres.

J'attache ma ceinture lorsque d'autres cheveux disparaissent entre les doigts de Richard cette fois.

- Si, je vous entends ne serait-ce qu'une fois Véro et toi, je vous colle une rouste qui vous empêchera de vous asseoir pour toute la fin du voyage.

- Je veux aller dans la voiture de Papapa !

- Quelle bonne idée !

- Moi aussi !

- Moi aussi !

Une voiture klaxonne derrière nous. Ce sont les grand-parents.

- Je peux ?

- Nous aussi ?

Mammema toque à la vitre.

Je sors très vite et claque la portière presque sur les doigts d'Isabelle.

- Je viens avec vous.

Et sans attendre de réponse, je file à l'autre voiture où je me fais accueillir par un Papapa amusé.

Pendant l’heure où je reste avec eux, je les saoule de questions sur l’endroit où nous allons, pourquoi nous y allons et surtout , pourquoi MOI, je dois y aller mais à cette question, je n’obtiendrai que deux réponses : « C’est Richard qui l’a décidé parce que maintenant tu fais parti de notre famille.»

 

A mi-chemin, lors d'un arrêt les deux grandes obtiennent de changer de voiture. Je retourne donc dans le break et pour arriver sur la banquette du fond, je passe par le coffre ce qui fait râler Gisou et Richard, mais comme les deux grandes sont parties et que Yvy a pris ma place devant, j’ai toute la banquette pour moi.

 

Il est seize heures heures lorsque nous arrivons dans un petit village pas loin d’Étretat. Nous rejoignons une réunion de famille qui regroupe tous les membres de la famille Granier chaque année à l’occasion du 8 Mai. Il y a plusieurs années que Richard et Gisou n'y ont plus participer mais là c'est Rémy qui l'organise du coup, ils n'ont pas le choix.

 

Je me demande toujours ce que je viens y faire mais bon ce n'est pas comme si on m'avait demandé mon avis.

 

- Robert prends ton sac mais tu restes avec moi s'il te plaît ! Papa on va d'abord poser les sacs ou nous rejoignons Rémy ?

- On se débarrasse des sacs comme ça, nous pourrons rester ainsi avec les autres. Il me montre du menton. Et lui ?

- Il reste avec nous.

 

En fait de chambre, on a droit à un dortoir où on est accueilli par les cousines et Sylvie avec deux autres femmes qui sont des cousines des paters. Je pose mon sac sur le lit que Sylvie me montre.

- Tu peux aller rejoindre les autres garçons de ton âge, ils sont cinq ou six en bas autour du billard.

- Non, il reste avec nous Sylvie, nous devons l'introduire. D'ailleurs, voilà Rémy.

 

Nous laissons les filles et leurs mères pour descendre tous les quatre.

Dans une grande salle, il y a une bonne quarantaine d'hommes de tout âges, les plus jeunes ont la vingtaine et le plus vieux en fauteuil roulant.

 

- Alors c'est lui le quatrième R annoncé?

Tous nous entourent, je suis le sujet de toutes les questions, encore une fois, je ne comprends pas pourquoi mais ils sont tous super gentils et pour l'instant ça me suffit.

- Papapa, c'est quoi ton prénom ?

- Raoul, et oui, et mes frères portaient aussi des prénoms commençant par R. Et le chalet s'appelle le Rochet.

 

Même pour le repas, Richard me garde avec lui et je me retrouve assis entre lui et Rémy qui lui est à côté de Papapa et mammena.

- Pourquoi il est là lui ? Il ne devrait pas être avec les autres ados ?

- Demain, ce soir, il reste avec nous !

Moi, ma place me va, Richard et Rémy me servent même du vin. J'aime pas le vin rouge mais j'en bois un verre pour leur faire plaisir. Je préfère nettement la bière, mais là il n'y en a pas.

Papapa fume un énorme barreau de chaise qu'il me fait couper et ensuite me propose de tirer quelques taffes, mais même si je le ferais volontiers pour faire le beau, je refuse, car son odeur me donne déjà la nausée.

Lorsque je veux aller pisser, Rémy m'accompagne puis me ramène en se moquant de mon "bretzel" et je ne comprends pas pourquoi il le traite de bretzel et j'ai beau lui demander pourquoi il appelle mon truc comme ça, il rigole juste.

Enfin, je le soupçonne d'avoir comme son frère bien abusé du Cabernet.

Les femmes sont toutes parties et les mecs se sont regroupés autour des plus anciens. Les tables ont été poussées et ils sont, soi debout, soi assis ou simplement appuyés sur ces dernières.

Chacun a sorti des bouteilles d'alcool fort ramenés de la région d'où ils viennent.

Richard a passé un bras autour de mes épaules et me propose de goûter à tout ce que les autres versent dans son verre.

J'ai droit à des anecdotes sur les deux paters et même sur Papapa qui me les font voir sous un nouveau jours. Et après, ils se permettent de me faire la moral ?

- Attention ce que tu entends ici ne doit jamais, tu entends, jamais sortir d'ici, compris, sinon je serai obligé de te tuer.

- Ouais, ça, il y en a un autre qui a essayé et il n'a pas réussi alors toi tu ne me fais pas peur.

Il pose ses mains sur mes épaules et me tient face à lui puis reste un moment à me regarder, bien en face, pour enfin secouer la tête.

Lorsqu’il se sert du contenu d’une bouteille toute en longueur avec un dessin de lézard dessus et un cadavre de lézard dedans, je refuse tout net d'y goûter.

Rémy me passe alors une bouteille blanche sans étiquette.

- Tu aimes le miel, toi ?

- Oui, Rémy.

- Alors goûte ça. (Je ne sais pas ce que c'est mais c'est trop bon, très sucré même si ça arrache un peu la gorge quand on arrête de boire.) Non, non, tu peux garder la bouteille, ce soir, c'est ta fête mon garçon.

Ma fête ? Il me dit ça en riant, il a les yeux brillants l'air tout heureux comme Richard. Je suis bien moi aussi, sûrement parce qu'on est entre hommes. Et ça, j'apprécie de ne pas être pour une fois traité en bébé. Demain je vais pouvoir faire chier les filles, elles seront trop jalouses.

Mais bon, là, j'irais bien me coucher car j'ai du mal à garder les yeux ouverts.

- Gamin assieds-toi là en attendant qu'on aille se coucher.

- Robert tu en veux encore ? Je te pose la bouteille là.

Je croise les bras et pose ma tête dessus. Sur une table il y a un mec de couché qui ronfle tellement fort qu'il fait trembler toutes les tables. Je veux me lever mais j'ai plus la force alors tant pis.

- Non merci, j'ai la nausée. Vous me réveillerai car si je dors ici, Gisou va pas être contente.

- De toute façon elle ne va pas être contente mais ce n'est pas toi qui va prendre.

Je ne comprends pas ce qu'il raconte mais je ris avec eux de ce qui semble être une bonne blague.

 

 

 

 

 

 

 

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6 avril 2010

Caths mercredi 14 Avril 1976 Roberta

Caths mercredi 14 Avril 1976 Roberta !

 

Quinze jours que Catherine va de son lit au canapé de Maty et du canapé à son lit.

Comme elle dit : «le terme c'est pour bientôt», ben moi, là, j'en ai marre.

Je le hais, je le déteste, je l'exècre !

Il devrait être là à s'occuper de moi mais je ne sais même pas où ils l'ont envoyé. Eux aussi, je les déteste.

Dan aussi n'est pas là, il est parti bosser, il a trouvé grâce à Maty, un boulot de brancardier dans l'hôpital où elle bosse.

 

- Maty je vais me doucher.  Mais comme je suis cruche, elle n'est pas là non plus.

Purée, sous la douche, elle ne voit plus ses pieds et pour les laver, elle doit s'asseoir par terre et après elle n'arrive plus à se relever.

Ce n'est plus un ventre, c'est un ballon de basket, dur comme du bois. Pour se laver l'entrejambe, elle aimerait une extension à son bras. Il y a quelques mois à peine, c'était juste une fente, là, beurk, c'est large. Lorsque ses doigts passent dessus elle a la sensation de toucher le fond de mon vagin, re beurk ! Et puis… Ah dégoûtant, c'est comme si elle avait du blanc d’œuf sur les doigts. Immonde ! Elle soupire. Quand pourra-t-elle retrouver un corps normal.

 

Elle se laisse tomber sur son lit, juste avec sa serviette sur moi.

Elle est seule. Elle a la flemme de s'habiller, la flemme de bouger.

- Aaaaah ! Un coup de couteau dans le dos,et ensuite vite, vite une envie d'aller à la selle. Oh non ! Je vais pas encore avoir la gastro comme le mois dernier ?

 

Mais là, pas de nausée, juste cette crampe qui la fait courir. Pour un peu, elle a l'impression qu’elle n’arrivera pas à se retenir, qu’elle va faire caca sur son lit, tellement elle a du mal à se relever. Elle est obligée de rouler sur le côté et de se soulever en s'appuyant sur les bras.

Dans la salle de bain, elle pose sur mon front le petit thermomètre digital que lui a donné Maty. Non, elle n'a pas de température mais là, à nouveau la même crampe.

Elle court s'asseoir sur les toilettes mais rien ne sort si ce n'est trois gouttes de pipi, elle s'essuie et ses doigts trouvent bizarre sa vulve.

Plus de petites et grandes lèvres.

Oh, mon Dieu, non !

Ces crampes ne ce n'est pas du tout une gastro. Elle veut se relever mais à nouveau, cette envie de pousser.

Mais non, non, ça ne va pas, elle ne veut pas que son bébé tombe dans les toilettes, quelle horreur !

Puis une idée folle lui passe par la tête, pourquoi pas ? On tire la chasse et hop débarrassée ! Mais non, quelle horreur ! Effrayée à la pensée qu'il puisse sortir là comme ça. Elle plaque une main sur son entrejambe et pliée en deux, elle se précipite difficilement au salon où elle se laisse tomber à genoux devant le petit guéridon du téléphone.



A quatre pattes, elle respire comme le lui a expliqué Maty.

Lorsque la contraction est passée, elle appelle le service de Maty à l'hôpital.

- Il va sortir, je veux Maty ! C'est une enfant en pleurs que l'infirmière passe à ma marraine. Maty vient, vient vite ! J'ai mal ! Maty je vais mourir !

- Mais non, grande sotte, j'arrive ! Je te laisse à Jocelyne, raconte-lui tout ce que tu sens et ressens, moi j'arrive. Je t'aime ma puce.

Elle s'en fout de sa Jocelyne. Elle raccroche rageuse.

Et voilà ! Comme d'hab elle va devoir se démerder. 

Elle réfléchit rapidement. Elle a besoin d'une paire de ciseaux, d'eau chaude, de serviettes pour emballer le bébé.

Elle se lève et va dans la cuisine. Elle fouille dans les tiroirs et trouve les ciseaux et de la ficelle à rôti.

Oh putain qu’elle a mal. Oh, toi, le bon dieu, toi, l'autre connard là-haut, je te hais !

 

Les voisins doivent se demander pourquoi elle crie, c'est peut-être pour ça que j'entends quelqu'un toquer à la porte. Parce qu'ils croient vraiment qu’elle va leur ouvrir ? Par contre, elle ne doit plus crier, plus crier. Elle serre le barreau de la chaise.

Plus jamais, elle ne fera l'amour, plus jamais, elle ne laissera un homme s'approcher d’elle ! Si elle avait su, elle lui aurait mis un préservatif sur son petit asticot mais vu la taille qu'il faisait, il aurait nagé dedans.

Cette idée la fait rire.

Elle va de la cuisine au salon à quatre pattes en se roulant en boule à chaque contraction et en mordant son poing pour ne pas crier. Elle n'a pas le courage d'aller dans la chambre ou la salle de bain. Dans le buffet, il y a les nappes de Maty. Elle s’excusera auprès de sa marraine de les lui avoir pourris.

 

Elle a l'impression que les contractions ne s'arrêtent plus et que jamais, jamais elle n'y arrivera et maintenant elle a l'impression qu'on lui ouvre le bas ventre en deux. Elle a crié et tant pis, mais ce fut pire que tout. 

Elle sent la tête sortir puis attrape le bras qui suit. Il est glissant, elle pose ses fesses et finit de la faire sortir. 

- Ma petite fille. Elle pousse un cri puis plus rien.  Mon bébé, tu vas bien ? Pourquoi ne pleures-tu pas ? Tu devrais pleurer, non ? Les bébés dans les films ils pleurent pourquoi pas toi ?

Elle est contre elle.

Catherine est pliée en deux, le haut du dos contre le canapé. La tête du bébé entre ses seins et ses pieds encore encore contre son sexe béant. Elle met une main derrière sa tête pour pouvoir l’écarter un peu et la regarder. Elle a des yeux bleus grand ouverts.

- Robert, mon amour.

Mais d’un coup, une nouvelle contraction.

Ah oui, Maty lui a expliqué , il faut encore qu’elle pousse pour faire sortir le placenta.

Elle plaque  Roberta qui se tortille contre elle. 

Elle l'approche de son sein et la bébé le gobe dans sa toute petite bouche. Aaah mais ça fait mal ça aussi.

Elle se met à pleurer, elle en a marre mais marre d'avoir mal ! Mais sa mère ne lui a jamais dit que ça faisait si mal ?

Le placenta est sorti mais elle saigne beaucoup. 

Est-ce normal ? 

Elle est fatiguée. Elle s'en fout, maintenant  que Roberta est là, elle peut mourir pour aller le rejoindre. Au moins elle leur survivra et montrera à tous que Robert et elle, ils s'aimaient.



La porte d'entrée s'ouvre. Maty et Dan se précipitent vers elle, derrière eux, deux brancardiers.

- C'est maintenant que vous arrivez ? Comme d'habitude, j'ai dû tout faire toute seule ! Je l'ai faite toute seule, toute seule. Pourquoi je dois toujours être toute seule ? Pourquoi il n'est pas là avec moi ?

 

Dan la soulève et la pose sur le brancard après que Maty ai coupé le cordon qui la reliait encore à Roberta. Il lui dépose un baiser sur le front.

- Ma super baby !

- Alors elle va s'appeler comment ?

Elle regarde le jeune ambulancier qui la recouvre d’une couverture.

- Comme son père : Robert !

Il tape sur l'épaule de Dan en rigolant.

- Félicitations Robert !

- Non, moi, c'est Dan. Mais Tach, Robert n'est pas un prénom de fille.

- Ah merde, bon alors Roberta.

- C'est franchement moche.

De quoi il se mêle ?

- Je ne te demande pas ton avis, c'est moi qui l'ai mise au monde seule, alors, j'ai tous les droits ce sera soit Robert soit Roberta et je vous hais tous ! On vous déteste tous, moi et elle !

Dan sourit, Robert ou Roberta, il s'en fout, il a un bébé, son bébé sans avoir eu à le faire et il aime sa mère.



2 avril 2010

Robert mercredi 25 Mars 1976 vacances de Pâques 5

Robert jeudi 25 Mars 1976 vacances de Pâques 6

 

J'ai mis une alarme à sept heures et à sept heures trois, je suis en bas, habillé de pied en cap.

Seuls les grands-parents sont levés et Papapa est en train de plier les combinaisons, pantalons et salopettes de ski qui traînent sur le dossier des chaises. Je décide de lui donner un coup de main, à deux ça va plus vite et bientôt seul le canapé est recouvert de frusques multicolores et encombrantes.

- Merci bonhomme, mais pourquoi es- tu déjà levé ?

- Je ne veux pas me faire abandonner ici alors que les autres sont au ski.

- Prêt à prendre quelques leçons ?

- Non !  M'en fous des leçons.

- Alors d'abord tu emploies un autre vocabulaire et ensuite, tu n'as pas le choix. Ici, les enfants qui sont sous ce toit obéissent aux adultes ou en acceptent les conséquences, d'accord ? Yvy prend encore des cours à douze ans pour pouvoir obtenir sa troisième étoile. Toi, tu vas prendre quelques cours et Rémy a intercédé pour que tu aies des cours privés alors que moi, je voulais que tu les fasses avec des gamins de sept, huit ans pour que tu la ramènes un peu moins. Mais bon... c'est Richard et non moi qui a eu le dernier mot. Et samedi, tu passeras, ton premier flocon et peut-être l'année prochaine passeras-tu les autres.

Il est derrière moi, sa main sur mon épaule gauche, son visage à côté de mon oreille droite. L'homme qui me susurre son monologue n'est pas le Papapa dont j'ai l'habitude. Richard suivi de Gisou viennent de descendre et s'approchent de nous avec Coco dans les bras qui se tortille pour que son père la pose. Il interroge son père.

- Il y a un problème Papa ? Corinne d'abord tu fais un bisou à Papy.

- Non Robert !

Papapa tend les bras vers Coco qui se jette vers lui et lui entourant le cou de ses bras, lui fait pleins de bisous puis se penche et m'attrape les cheveux à pleine main.

- Corinne, non, lâche-le ! Voilà c'est bien. Non, Richard, rien de bien grave, j'expliquais encore une fois à ce jeune homme les règles de la maison. D'ailleurs debout monsieur, c'est aux enfants de saluer les adultes et non le contraire. Comme je ne bouge pas assez vite à son goût, mais bon j'ai Coco qui m'escalade. Il me saisit par le bras et me met debout, manquant de faire tomber sa petite fille.

Avec Coco au bras, j'embrasse Richard qui m'interroge du regard mais j'ai rien à dire, je suis un gosse, j'ai juste le droit de fermer ma gueule. Bon, ça ne me change pas beaucoup de l'école. Gisou, elle me serre contre elle ce qui fait hurler Coco, et me dit :

- Ça va ma puce ? Quelle mouche a piqué Papy ?

- Non, Gisou, pas une mouche, une puce. Et il se croit drôle le Papapa ? Je n'ai plus faim, j'essaie vainement de me débarrasser du petit truc roux, pour pouvoir remonter dans ma chambre. Il m’appuie sur l’épaule. Non, toi, tu restes assis et tu finis ton bol et au moins la tartine que tu as entamé. Et tu arrêtes ton cinéma de gosse martyr.

J'ai envie de hurler sur le grand-père, de lui dire : oui je suis un enfant martyr. Mais je sais que je ne peux pas me le permettre car ici je ne suis pas du tout martyrisé, bien au contraire, mais je suis vexé et je me sens trahi par Papapa qui jusqu'à présent était mon allié. Alors je me rassieds et finis mon bol et les deux tartines beurre miel que Mammema m'a préparées mais Coco qui boit son biberon debout sur le banc tenu par mon bras et le sien autour de mon cou, le lâche, ne le tenant entre ses dents, de sa main droite m'essuie les joues.

- Coco laisse-moi, faut que j'aille débarrasser mon bol.

- Viens avec toi.

Je soupire. Et puis flûte ! Je pose mon bol dans l'évier et elle son biberon puis remonte dans ma chambre où avec elle, je me remets sous la couette. Je n'ai plus envie d'aller skier.





- Debout ! Et dépêche-toi !

Coco n'est plus là. J'obéis à Papapa mais je le fais à contre cœur. En bas, ils sont tous déjà habillés. Papapa me pousse vers le canapé où il y a ma tenue de ski et des collants... je les vire et enfile la salopette sur mon pantalon de velours. Je vois Papapa ouvrir la bouche puis d'un geste de la main me fait signe, qu'il laisse tomber. Derrière moi Richard, lui, me fait signe de me dépêcher. Je n'ai pas de chaussettes, je vais pour remonter en chercher mais il m'attrape par le bras.

- Non ! savais-tu que, au bout des collants, il y a des chaussettes, tu ne veux pas de collants ? Tu feras du ski pieds nus. Mais juste un conseil : ne te plains pas, tu as bien compris ? J'opine de la tête. Pardon je n'ai rien entendu ?

- Oui... mon colonel.

Celui-là, il a dû l’entendre car je l'ai gueulé comme à l'école.

Sa main s'est levée. Il sait, que c'est d'un certain côté ce que je recherche même si je ne comprends pas pourquoi j'agis ainsi. Il s'éloigne vers la sortie sans terminer son geste.

- Gisou, tu prends le relais car je sens que la journée va être tendue.

Cette dernière me tend mon blouson de clown que j'ignore. Mais comme si elle habillait Coco, elle me l'enfile et me colle mon bonnet sur la tête.

- Allez sois gentil, au moins pour moi, pour me faire plaisir ? D'accord ?

Je fais oui de la tête mais le temps de traverser la cuisine j'ai enlevé ce putain de blouson et l'accroche à un porte-manteau dans le sas. Derrière moi, elle le récupère et dans la voiture le garde sur ses genoux.

- Tiens c'est à toi. Isabelle me passe une de mes paires de grosses chaussettes de ski. C'est Tatie qui m'a dit d'aller les chercher.

- Merci !




A la station, lorsque Gisou me redonne mon blouson, je le lance sur le toit de la voiture qui est déjà fermée.

- Bon alors écoute moi bien. Tu mets ce blouson ou je te massacre et je te jure que te ferai dix fois plus mal que ton père. Richard me plaque contre la portière du break et tient le blouson contre ma figure. As-tu bien compris ?

Leur blouson de clown, je l'enfile et accompagné par Papapa, je vais jusqu'à l'endroit où le moniteur m'attend.

La leçon dure une demi-heure sous sa surveillance. Gilles est sympa et on se donne rendez-vous pour le lendemain.

- Bin tu vois que tu n'en es pas mort ? Maintenant tu es libre jusqu'à midi où  tu nous rejoins au resto.

- Je vous rejoindrai ce soir... ou pas.

- A toi de voir, ça compensera le prix de la leçon.

Je ne lui réponds pas et me dirige vers le tire-fesse mais avant de le prendre, dans la queue, j'enlève le blouson et le jette au loin au dernier moment.

Après le tire-fesse, je prends le téléphérique, je veux aller le plus haut possible.

Au terminus, s'offre à moi, un paysage fantastique. Les Alpes, ce n'est pas le Grand Ballon avec ses pentes douces par rapport à celles qui déroulent devant moi un tapis blanc au dénivelé qui me coupe souffle. Et là, je réalise que j'ai peur. Oui j'ai peur, je n'ai jamais descendu une telle piste, je ne sais pas si j'en serais capable mais je suis ici et je n'ai plus le choix surtout que dans la cabine qui monte, je vois les quatre parents. S'ils m'attrapent, je redescendrai avec le téléphérique et j'ai assez bu à la coupe de la honte. J'ajuste mes lunettes et m'élance.

 

Ma première décision n'est pas la bonne après avoir retenu un hurlement à la première bosse, j'oublie le tout schuss pour un large zigzag qui me la fait descendre avec plus de douceur mais d'une lenteur qui m'énerve et, regardant comment descendent les skieurs plus aguerris que moi et collant aux skis de l'un d'eux, j'arrive en bas ravi et très content de moi. Et immédiatement, je me dirige à nouveau vers le téléphérique mais une main se pose sur mon épaule.

-Tu te déchausses et vite.

- Mais, je...

- Tu te déchausses.

- Mais Richard, j'ai rien...

- Robert tu te déchausses et tu viens avec moi jusqu'au break, je crois qu'il faut que j'ai une petite discussion avec toi.




Assis à la place du mort, je fais le mort.

J'ai envie de mourir.

Je n'ai pas envie d'être là, il m'a fait ranger mes skis et mes bâtons, enlever mes chaussures de ski et mettre mes grosses chaussures ridicules avec des poils dessus. Lui, a gardé ses chaussures de ski.

- Dire que je pourrais être avec mon frère et nos femmes en train de skier.

- Oui, moi aussi.

- Oh toi ! D'abord où est ton blouson ?

- Je ne sais pas.

- Tu sais combien il a coûté aux grand-parents ? Je fixe l'arrière de la voiture garée devant nous, une Simca mille jaune canari et je me demande bêtement si le gars qui la conduit est cocu. Tu m'écoutes ? Je tourne la tête vers lui, mais ne dis rien. Il soupire. Je me demande… Si tu étais vraiment mon fils, aurais-tu le même caractère ? Il a le menton appuyé sur ses mains croisées sur son volant, il regarde droit devant lui. Il a enlevé son blouson et comme moi, il est en pull. Un pull blanc identique au mien mais lui a un pantalon bleu marine dans une sorte de tissu élastique épais et moi une salopette de gosse, matelassée, rouge vif. Il enlève son bonnet et le pose devant lui, passe sa main droite dans sa brosse, coupe très réglementaire. Ton père n'a pas réussi à te casser, à casser ton côté têtu, orgueilleux et éternellement révolté...

- Non, mon père m'a appris à devoir toujours être le meilleur, à ne jamais pouvoir accepter de ne pas être le meilleur. Avec ses coups, il m'a appris à tenir tête, il m'a appris à jamais céder car je ne pouvais pas me permettre de lui faire ce plaisir. On ne fait pas plaisir à quelqu'un que l'on hait de toutes les fibres de son corps mais à qui on veut prouver qu'on est pas la merde qu'il pense que l’on est.

- A nous, tu sais que tu n'as rien à prouver ?

- Tu parles  !  Il se tourne vers moi, l'air surpris. En tout cas à moi oui.

Il soupire.

- Je ne suis pas ton père, je suis moi, je suis... juste ton tuteur. Mais... il se tait, me regarde, regarde devant lui. La buée commence à nous enfermer dans une sorte de cocon opaque. Il semble chercher ses mots. Quel âge as-tu ?

- Quinze ans.

- Et crois-tu qu'à quinze ans tu sois un homme ? Mais c'est même quoi un homme ? Trois poils au cul et au menton... et des hormones qui certains jours peuvent nous rendre dingue. Il me regarde. Je ne veux pas croiser son regard. J'essuie la buée sur la vitre de ma portière et regarde dehors en lui tournant la tête. A treize ans, j'ai cru être un homme car j'ai couché avec ma première fille et j'ai décidé que j'étais un homme et à partir de là, j'ai rendu mon père fou. Aujourd'hui je le regrette. Je sais qu’il me fixe. Je vois son reflet dans ma vitre. Et quand je te vois, je me revois en toi. J'étais aussi débile que toi. Mon frangin aussi je l'ai rendu dingue, lui que je traitais de pachyderme, le mou du bulbe car il était la force tranquille. Moi, j'étais celui que ma mère appelait Monsieur dix milles volts. Comme toi, il fallait que je prouve que j'existais, que j'étais le plus beau, le plus fort, le meilleur. Mais moi, j'avais un frère jumeau, toi, tu es seul, tu es unique, tu es pour tous dans la famille, le plus beau, le plus fort quoique ça, non pas encore mais le meilleur oui. Il se tait et a comme un petit rictus d’amusement.Tu sais que Mamie quand elle parle de toi, t’appelle le petit crack ? Non, je ne le savais pas, mais je trouve que ça me va bien. Quand on te demande de respecter nos règles, quand on te dit de faire ou ne pas faire quelque chose c'est pour te protéger. Ce matin en dévalant cette piste comme tu l'as fait, tu t'es mis en danger mais tu as aussi mis en danger tous les autres skieurs. Robert, tu es nul en tant que skieur, Yvette est plus forte que toi, peut-être même Françoise. Redescends sur Terre, ce n'est pas pour t'embêter qu'on veut que tu prennes des cours, c'est pour toi, ta sécurité et celle des autres. Je sais que tu penses que les couleurs vives de tes vêtements c'est pour te transformer en clown,mais non c'est parce que l'on te connaît. Parce qu'on veut que tu sois visible, de nous… pour pouvoir te surveiller comme on surveille un jeune chiot mais aussi… comme ce matin, pour que les autres puissent se protéger de toi. Tu vas encore grandir, et cela dépendra de toi la prochaine fois, d'avoir des vêtements aux couleurs neutres ou à nouveau criardes. Alors maintenant, nous allons tenter de retrouver ton blouson puis tu iras rejoindre les grand-parents, Coco sera ravie. Cet après-midi, nous verrons selon ton comportement, si je t'autorise ou pas à retourner skier.



Quelqu'un avait suspendu mon blouson à une branche. Personne n'en n'avait voulu. Normal, le récupérateur aurait été repéré immédiatement.

Lorsque Richard m'abandonne avec les grand-parents, aucun de nous ne prononce la moindre parole. Je m'assieds à leur table. Coco qui joue avec sa minuscule luge, descend et remonte inlassablement une petite pente de quatre ou cinq mètres. Plusieurs fois, elle vient me demander de jouer avec elle mais je ne suis pas d'humeur. Papapa en allant se chercher une autre bière, me ramène un coca.

- Merci !

Deux heures plus tard, lorsque les autres viennent nous rejoindre, c'est le seul mot que nous ayons échangé.

Le plat de patates avec du fromage coulant dessus a du mal à passer, je ne finis pas mon assiette et je refuse de prendre un dessert.

 

Richard se lève et tend à Isa son trousseau de clefs.

- Bon, on y retourne. Isabelle prend les clefs du break et va avec Robert récupérer ses skis et gardez-le avec vous cet après-midi.

Je secoue la tête.

- Non Richard, je reste là.

- Bon, c'est toi qui vois.

- Richard donne-moi les clefs, c'est moi qui vais aller avec lui au break.

- Non Papy, je n'irai pas avec toi et je n'irai pas avec mes nounous. Ce dernier me regarde surpris, est-ce parce que je ne l’ai pas appelé Papapa ? La grosse merde, le pauvre débile va garder son petit cul calé sur cette chaise comme ça, il ne mettra personne en danger, ni lui non plus au passage. J'enlève le blouson et le tends à Papapa. Tenez, vous pouvez aller vous faire rembourser ces fringues ainsi que les skis et les chaussures de ski, je ne les utiliserai jamais plus. J'ai aussi viré la salopette et en pantalon de ville et pull je me rassieds et les poings serrés sous mes cuisses, je fixe Richard qui secoue la tête et s'éloigne en poussant devant lui tous les autres.

- Bon, bonhomme ça...

Papapa pose une main sur ma cuisse.

- Ne me touchez pas !

Je me suis redressé comme un diable hors de sa boîte.

Il sursaute. Je vois qu'il hésite sur quelle attitude adopter avec moi. Mammema lui pose une main sur le bras et le force à se rasseoir au fond de sa chaise, bref à n'avoir aucune réaction.

Moi, j'ai une boule au fond de la gorge, j'ai envie de hurler, de frapper, de...

- Les clefs s'il vous plaît, je voudrais aller dans la voiture. Il hésite. Promis, juré, je ne ferai pas de connerie, je veux juste être seul et dormir. Il échange un regard avec sa femme et me les donne.

Dans la voiture, je me couche sur la banquette arrière mais je suis dans un tel état de nerf que j'arrive même pas à pleurer, je suis en boule et inconsciemment je mords mon bras et ne m'arrête que lorsque je sens dans ma bouche le goût du sang. Je m'endors alors en suçant mon pull.




- Mon dieu mais tu t'es fait mal ? Gisou me réveille en tenant mon bras, je me bats mollement contre elle. Ah, si c'était Richard, je frapperais volontiers de toutes mes forces mais elle, je ne peux pas. Bon maintenant je comprends son inquiétude la manche de mon pull blanc est presque au trois quart rose. Mais c'est une morsure ? C’est Véronique ?

- Non. Je me suis mordu moi-même. C'est bon, ce n'est pas grave.

- A la maison, je te mettrai quelque chose dessus.

- Non !

Au chalet, je monte directement me coucher et sombre dans un sommeil loin d'être réparateur et personne ne monte.

7 septembre 2010

Robert samedi 18 Décembre 1976 vacances 2

Robert samedi 18 Décembre 1976 vacances 2

Ce sont leurs rires étouffés dans mon dos qui me réveillent. Coco et Fanfan sont couchées à côté de moi, je les attrape et les serre contre moi en les chatouillant.

- Les parents sont déjà réveillés ? Devant leur réponse négative, j'arrête et mets un doigt sur mes lèvres comme aurait fait leur mère. Alors chut, dodo, ou vous retournez dans votre lit.

Coco se cale contre moi et son pouce à la bouche, me tourne le dos. Fanfan elle, reste les yeux grand ouverts dans le noir à me regarder. Libre à elle, moi je dors.



C'est le bruit des volets roulants que l'on ouvre qui me réveille.

- Aller debout jeune-homme, viens déjeuner. Je me lève et commence à faire le lit. Gisou me fait signe de venir. Allez, viens ! Le lit, on verra plus tard.

Et joignant le geste à la parole, elle me fait passer devant elle.

Richard qui est debout, vient s'asseoir sur la chaise que je viens de tirer pour moi. Pas grave, je vais prendre l'autre. Mais il change d'avis et s'assied dessus avant moi. Je vois les filles pouffer. OK ! Il veut jouer à ça ? Je prends mon bol, le rempli de café et saisissant une des tartines qu'il vient de se faire, je me dirige vers l'évier et debout, face à la fenêtre, j'entreprends de déjeuner. Je l'entends se lever, puis me serrant la nuque d'une poigne qui me fait grimacer, il me force à venir m'asseoir puis pousse autour de mon bol les quatre tartines de beurre miel qu'il vient de faire. Puis se penche vers moi.

- Moi, il y a longtemps que j'ai fini de déjeuner.

Oups !

 

Dans le parking, j'aide Richard à fixer la remorque au break.

Juste avant, j'ai aidé Isabelle et Véro à y descendre des sacs en jute remplis de cadeaux ainsi que des cadeaux plus gros dont un très gros et lourd avec marqué sur l’étiquette : «Pour le cordon bleu dont j'ai l'honneur d'être le cobaye». Ça m'a fait rire même si je ne sais pas ce qu'est un cordon bleu, car j'y ai reconnu l'écriture de Richard.



Le trajet pour Toulouse, normalement, est plus court que pour aller au chalet.

A Arles, on bifurque vers la Camargue.

Je comate dans mon coin mais j’en sors en voyant un panneau indiquant "Mas Garrot". Richard me surveille dans son rétro. Je fais semblant de ne pas l'avoir vu mais je n'ai pas dû être convaincant car Gisou se retourne en souriant vers moi puis demande à mes voisines.

- Les filles, cela vous dit d'aller voir des chevaux et des taureaux ? Regardez comme ceux-là.

J'oublie momentanément le panneau, subjugué par la beauté noire de l'animal qui se dresse à moins de dix mètres de nous. Gisou devant, a ouvert la fenêtre et mitraille l'animal avec son appareil photo. Au loin, de l'autre côté, il me semble voir la mer, cette Méditerranée que j'ai traversée en septembre. Autour de nous c'est moche, enfin je trouve ça moche. C'est des herbes jaunâtres, des buissons verts rabougris et de la flotte stagnante où je n'aimerais pas aller me baigner. Par contre, autour du fier animal, donc on voit bouger les muscles sous un peau d'un noir luisant qui brille sous le soleil, il y a une multitude d'oiseaux.

- Maman, là-bas, des flamands roses !

Ah bin merde, moi qui croyais que ces oiseaux ne vivaient qu'en Afrique !

Nous passons sous une arche en pierres blanches sur laquelle est écrit en rouge : Haras camarguais du mas Garrot.

Oh non, qu'est-ce qu'on vient foutre là ?

Je traîne les pieds contrairement aux filles qui courent déjà toutes vers les écuries.

Un bras s'enroule autour de mon cou et un poing me frotte le sommet du crâne.

- Yes, vous êtes venus ! C'est cool, j'ai ma petite chérie avec moi ! Pa j't présente mon copain de chambrée.

- Bonjour, jeune homme, Marion ne tarit pas d'éloges sur vous. Je suis content que votre père ait accepté mon invitation.

Marion est le portrait craché de son père. Grand, sec, aussi moche et tous les deux avec des lunettes. Il serre la main de Richard et Gisou.

Marion lui m'entraîne toujours vers un enclos en me tenant par le cou. Je me laisse faire blasé. Je me vengerai à la rentrée.

- Qu'est-ce qui t'a pris de dire à ton pater que le colon était mon père ?

- Mais c'est ce que tu as dit l'autre jour, non ?

- Oui pour qu'on me foute la paix.

Il s’est arrêté pour me fixer surpris puis se remet à marcher.

- Oh et puis moi, je m'en tape ce que tu fous avec lui, c'est votre vie, pas la mienne. Comment tu la trouves ?

Devant nous un cheval blanc nous regarde arriver et essayant de manger la corde qui la retient à un poteau.

- C'est un cheval.

Il se tourne vers moi, l’air choqué.

- Ah non, elle c'est ma Fifine. La plus belle. Et bien vu comment son cheval me regarde de travers, il a l’air aussi ravi de me voir que moi de le voir. Holà ma beauté, regarde je te présente le mec le plus chiant que je connaisse.

Bon maintenant j’en ai marre, je me dégage de ses bras.

- Si je suis chiant pourquoi tu ne me fous pas la paix.

- Parce que j'sais que j'l'suis autant qu'toi.

- Putain de raison.

Il se met à rire.

- Bon aller grimpe ! Il me saisit la main gauche et la pose sur le devant de la selle puis joint ses mains devant moi. Je secoue la tête et m’écarte. Il est fou ! Quelqu'un pose un escabeau entre nous. C'est un mec, copie conforme de Marion qui rigole lorsque je me tourne vers lui. Ah ! j'te présente Michel mon grand frère. Tu tombes bien, aide-moi à le convaincre de monter sur Fifine.

Et voilà que le gars me soulève comme si je ne pesais rien et Marion fait passer ma jambe droite au-dessus du canasson. Me voilà donc assis sur le dos de ce pauvre cheval. Bordel que c'est haut.

- Ho ! ho! bouge pas l'animal !

Et les deux qui rigolent. J'ai les pieds trop courts pour les étriers alors le Michel me les resserre après m'avoir donné les rênes puis me les reprend et dirige ma monture, pour rejoindre le colon. Là, il me les rend. Je ne sais pas comment les tenir, il m'explique mais déjà un fou furieux criant "yep, yep yep", passe à côté de moi et me plaque un chapeau de cow-boy sur la tête. Et bien sûr, voilà, la Fifine qui le suit à la même vitesse. J'en lâche les rênes pour m'accrocher aux multiples petites tresses de sa crinière.

- Marion, non ! Arrête-toi ! Je te déteste. Je vais tomber. Arrête-toi !...

Je sens mon petit déjeuner qui tend à remonter. Et en plus comme un con, j’essaie de retenir le putain de chapeau dont il m'a affublé et finalement le laisse pendre dans mon dos. Enfin, au bout d'un temps qui me semble une éternité, il s'arrête, et mon cheval en fait de même. Il se penche et lui tend un bout de pomme. Il récupère les rênes et me les tend, mais je n'en veux pas, je veux descendre. Ce que je fais.

Là, c'est lui qui hurle. Et tape sur la pauvre jument qui part en courant et sans me laisser le temps de réaliser, il me soulève par le blouson et me prend devant lui couché et nous repartons au galop. 

Je regimbe.

- j'en ai marre, c'est pas drôle ! Lâche-moi !

- Ouais quand on ne sera plus à côté de Rusti . Car Rusti, c'est le taureau alpha de la manade. Tu as bien failli finir sous ses sabots. Il stoppe son cheval et m'aide à m'installer devant lui sur la selle, lui s'est reculé sur les fesses du cheval. Regarde !

Le gros animal est là, fouillant le sol de sa patte. Qu'il est beau. Il m'en montre d'autres, un peu plus loin et un groupe de vaches.

- Ils sont tous à vous ?

- Oui mais attends, je vais te montrer ce qui sera ma vie plus tard. Et nous repartons au galop mais là, solidement maintenu, je n'ai plus peur. Je n'ai jamais réalisé qu'il était aussi fort. Il m'impressionne, ce n'est plus le crétin que je déteste lorsque nous sommes à l'école. Quand nous nous arrêtons, devant nous une vingtaine de chevaux aussi blancs que Fifine. Tu vois, eux, ce sont les miens, pas ceux de mon père ou de mon frère, non, les miens. Je les ai tous vus naître. J'ai toujours calculé pour que leur naissance tombe lors de vacances et c'est moi qui ai choisi les parents, je ne laisse rien au hasard. Aller dis moi qu'ils sont beaux?

- Oui ils sont super beaux.

- Hé regarde, ceux-là sont pour toi !

Nous levons tous les deux les yeux et je lève les bras et les agite, Il se met à rire et fait pareil, au-dessus de nous, deux mystères passent super près du sol. Les chevaux s'égaient sauf notre monture, puis je vois un des avions ralentir et tanguer d'une aile sur l'autre. Je hurle de joie. Il nous a vu et salué.

Nous rentrons autant excités l'un que l'autre. Et c'est moi qui lui dit de galoper, ce qu'il accepte.

A peine le cheval à l'arrêt, il se laisse glisser par l'arrière et moi sur le côté. Je me précipite vers Richard.

- T'as vu les mystères ? Ils nous ont salué.

Marion laisse son canasson à un homme et vient surenchérir derrière moi.

- Oh purée oui, ils ont fait peur aux chevaux mais c'était trop cool ! Par contre Rusti a bien failli encorné cet abruti qui a mis pieds à terre juste devant lui. Pa j'peux libérer Fadja ?

- Oui, bonne idée, venez mesdemoiselles, cela vous dit de caresser un taureau.

Je les abandonne sauf Véro dont je prends la main, pour suivre en courant Marion. Mais on stoppe lorsque nous voyons Marion sauter par-dessus une barrière derrière laquelle un monstre noir se met à courir vers lui, puis s'arrêter et se frotter à lui. Marion nous fait signe de venir. D'abord pas rassuré, bientôt nous caressons le dos soyeux de l'énorme animal.



Ce n'est qu'après avoir déjeuné avec eux autour d'un barbecue où ils nous régalent de viande de taureau, que nous reprenons la route vers Toulouse. Et je promets à Marion que je reviendrai. Peut-être pas pour faire du cheval mais pour encore admirer ces énormes démons noirs qui me fascinent et m'effraient.



Il est vingt heures lorsque nous laissons les petites et Gisou monter chez leurs grand-parents et où avec Isa et Véro, nous aidons Richard à vider la remorque.

Bientôt Rémy vient à notre aide avec ses trois filles.

- Je vois que vous êtes aussi chargés que nous. Dis-moi frangin, tu sais que tu vas repartir encore plus chargé. J'éclate de rire en voyant la tête que fait le colon. Enfin la remorque est vide et ils me laissent monter seul au troisième chez les MacDailly, allant eux, garer la remorque dans le garage de la famille.

C'est un vieux monsieur aussi roux que ses filles, qui vient m'ouvrir.

- Ah ! Voilà enfin celui dont nous avions hâte de faire la connaissance. Lorsque je l'embrasse, j'ai l'impression d'un peu sentir Gisou ou Sylvie. Et il a les mêmes yeux verts qu'elles. Sophie vient t'en donc découvrir ton nouveau petit-fils.

Petit-fils ? Bon OK ! Décidément.

Cela me rend heureux et triste tout à la fois.

Grand-mère Sophie est comme me l'a décrite ses petites filles. Un visage ovale illuminé par un grand sourire, de long, très long cheveux bruns et surtout des yeux d'un noir impénétrable . Elle me tient un moment à bout de bras puis me serre contre elle. Ce qui me met mal à l'aise et me donne envie de rire pour le cacher, ce qui donne chez moi, un sourire bizarre. Pour la décrire, je dirais qu'elle est moelleuse, toute douce et sent bon.

- Alors donc voilà notre petite pièce rapportée. Je vois ce qui a fait craquer mes filles. Bienvenue parmi nous mon petit. Elle m'enlève mon blouson et le pose sur tous les manteaux qui recouvre déjà un pauvre perroquet. Elle me prend par le bras et m'emmène par un long couloir qui serpente dans un vieux appartement qui doit bien dater du siècle dernier. Gisèle et lui, tu vas le faire dormir où ? Pourquoi pas dans la chambre d'Olivier ?

- Oui, c'est aussi ce que je pensais, en plus il y sera dans son élément. Gisou ouvre la porte d'une chambre qui me laisse béat. Au centre, un lit recouvert d'un plaid et juste au-dessus. suspendus au haut plafond plusieurs dizaines de maquettes d'avions. Pour la plupart des biplans de la première guerre mondiale. A la tête du lit, sur le pan de mur entre deux fenêtres, un immense tableau représentant des hurricanes en pleine attaque, entourés des feux multicolores d’explosions.

- Wahoo ! je veux la même chambre !

Les vieux éclatent de rire et m'abandonnent à mes contemplations.

Ce soir-là, quand Gisou viendra me dire bonsoir, je dors déjà, écroulé sur le bureau et plusieurs livres ouverts sur de merveilleuses photos.

- Bonhomme, c'est dans un lit que l'on dort pas sur une chaise.

- Hein ? Oh, oui ! Gisou regarde ça c'est...

- Oui demain bonhomme, demain.








4 septembre 2010

Robert samedi 11 Décembre 1976 Plongeons.

Robert samedi 11 Décembre 1976 Plongeons.

 

Un grand nombre d’élèves préfère la piscine aux autres sports.

C'est vrai que c'est plus agréable en hiver, de passer une heure dans la flotte à s'amuser que devoir subir un prof qui te fait courir quelque soit la météo.

Mais pour ceux qui comme moi, y vont pour s'entraîner, cela commence à être

Robert samedi 11 Décembre 1976 Plongeons.



Un grand nombre d’élèves préfère la piscine aux autres sports.

C'est vrai que c'est plus agréable en hiver, de passer une heure dans la flotte à s'amuser que de devoir subir un prof qui te fait courir quelque soit la météo.

Mais pour ceux qui comme moi, y vont pour s'entraîner, cela commence à être galère.

Et ce soir, c'est pire que d'habitude. Le grand bassin grouille de garçons faisant tout et n'importe quoi sauf nager et même la piscine sous les plongeoirs est pleine, nous empêchant de nous en servir. Et en plus Monsieur Jolliot est en retard.

Et ça, ça me fout en rogne. Un prof n'a pas le droit d'être en retard. D'ailleurs je ne trouve pas normal qu'il soit seul, il devrait avoir un autre maître nageur avec lui car là, si un gars reste au fond, personne ne le verra. Faut que j'en parle au colon.

Bizarrement quand Jolliot apparaît, la piscine s'éclaircit.

On peut enfin s'entraîner.

- Vous savez que pour avoir accès aux plongeoirs il faut d'abord avoir fait quatre aller-retour ? Ça souffle dans les rangs. Et un certain nombre quittent les escaliers. Accroupi au bout du trois mètres, j'attends en claquant des dents. A toi !

Enfin !

A peine suis-je sorti du bassin que Monsieur Jolliot me fait signe de remonter puis ouvre deux fois la main. OK ! le dix mètres, le pied ! On est peu à plonger de là-haut. Beaucoup y montent surtout ceux qui viennent pour la première fois mais beaucoup redescendent par les escaliers.

 

Deux demis étages plus haut, un gamin tente de redescendre les escaliers mais les gars le bousculent sans tendresse en se moquant de lui. Je l’arrête.

- Stop ! Calme-toi. Allez remonte, sois un homme ! Plonge ou saute mais ne te dégonfle pas comme ça.  Mais d’abord sais-tu au minimum plonger  ?

Le petit sixième, enfin, il est aussi grand que moi, a les larmes aux yeux.

- Oui, mais j'ai trop peur.

Je le tiens par les deux bras et je le sens trembler.

Derrière moi, des second cycle se moquent de lui.

- Laisse tomber vieux, c’est un gros bébé à sa maman.

- Oui, il a oublié ses couilles chez ta môman ?

Je me retourne vers eux en soufflant.

- Vous faîtes chier les mecs. Faîtes-vous greffer un cerveau. Que celui qui n’a pas eu peur la première fois, me le dise.

Un terminal, je crois…

- On a eu peur mais on a sauté.

-  Moi aussi j’ai eu peur la première fois, c’est normal mais j’ai eu la chance d’être avec un copain. Veux-tu qu'on plonge ensemble ?

Je lui trouve des yeux de cocker.

- Tu l'as déjà fait ?

- Oui, plusieurs fois. D'ailleurs si tu veux, tu remontes avec moi. Je plonge sinon je vais me faire cranter puis je remonte et là, nous sauterons ensemble, et si cela peut te rassurer, tu pourras me donner la main.

Il remonte donc avec moi. Je plonge. A mon retour, il est toujours là. Chahuté par tous ceux qui sont passés devant lui mais il n’est pas redescendu. Il lâche la barre où il se cramponnait des deux mains pour saisir ma main.

- Après, j'aurais plus peur ?

- Pas sûr, mais en bas tous tes potes te regarderont autrement. Je vois une lueur briller dans ses yeux.Je me pose alors une question… Ce n'est pas toi qui en a envie ? Il secoue la tête. C'est quoi ton prénom ?

- Vivien.

Derrière nous, les garçons continuent à plonger ou sauter. A chaque fois, sa main serre un peu plus la mienne.

- Bon, alors, je te fais deux promesses. D'abord si tu sautes avec moi, ils te respecteront beaucoup plus et ensuite je te promets que je ferai en sorte qu'ils ne t'emmerdent plus.

- Si je te donne la main, ils vont me traiter de bébé.

- Qu’ils le fassent devant moi. La première fois, j'ai donné la main à mon meilleur copain. Ah ! tiens justement Claude confirme-lui.

 

Quelques secondes plus tard, nous sautons tous les trois, main dans la main en riant.

- Tends bien les jambes !

Lorsque nous sortons de l'eau, nous le regardons rejoindre un groupe de garçons. Avec Claude que je mets au courant, nous savons que maintenant, du moins jusqu'à la fin de l'année, Vivien ne se fera plus emmerder et sinon, nous saurons qui emmerder à notre tour.

Mais derrière eux, un bonnet avec des papillons attire mon attention.

Claude me la montre.

- Tu as vu qui est là ?

- Ouais, j'ai vu. Et t’as vu qui est devant elle ? Tu viens me soutenir ?

Il secoue la tête.

- Tu veux te faire bannir ?

- Il faut ce qu'il faut.

- T'es vraiment ouf toi !

- Ouaip !

Je tape sur l'épaule du terminal.

Yvette se glisse à côté de moi et me prend par la main.

- T'en veux encore une ?

- Robert, tu me fais sauter de là-haut comme le garçon ?

- Attends, peut-être après.

Le terminal se retourne .

- Tu la connais ? Tu les connais ? Ah, je comprends mieux le pourquoi de ta droite l’autre soir.

- Veux-tu que je lui explique quelles étaient tes intentions envers elle ?

- Non mec, c'est bon, je te la laisse. Mesdemoiselles !

Il s’éloigne rejoindre ses potes. Véronique me fixe. 

- Tu t’es battu pour moi ?

Un immense sourire éclaire le visage de Véro, je ne peux que sourire à mon tour amusé et content.

- Pour toi, non. Pour ton honneur, oui. Je lui ai juste fermé le clapet à ce malotru, tu n’aurais pas apprécié ce qu’il disait sur toi.

- Ah bon, raconte ?

Je n'en avais pas envie, ce n'était pas le genre de propos que l'on répète à une fille.

- On fait la course ?

Je me jette à l’eau avec Fanfan dans les bras, qui me tape lorsque nous refaisons surface, puis je m’éloigne sur le dos, l’autre couchée sur mon torse. Ses deux sœurs ont tôt fait de me rattraper.

- Fais attention, elle ne sait pas encore nager et on n’a pas eu le temps de lui mettre des bouées.

- Elle ne risque rien avec moi sauf si je coule.

Je fais semblant de couler, Fanfan recommence à hurler. Monsieur Joliot me hèle.

- Weissenbacher, si j’entends crier encore une fois la petite Granier, vous sortez du bassin et je vous exclu pour la semaine.

- Oui monsieur !

On sort, pour aller lui mettre des bouées, autour de moi, j’entends les autres garçons chuchoter.

- Ce sont les filles du colon.

- Ouais t’as vu, j’ai l’impression qu’il sort avec la plus grande.

Ah, si cela pouvait être vrai, mais je n’en ai plus le droit, seulement celui de jouer le grand frère protecteur.

Yvy comme Fanfan me demande de les faire sauter du dix mètres. J'accepte mais l'une après l'autre. Je commence par Fanfan, qui me surprend en restant bien silencieuse.

- Maintenant reste avec Véro, moi je remonte pour Yvy.

- Non, je recommence, c'était trop cool.

Et avant que je l'arrête, là voilà repartie dans les escaliers et qui double sans se gêner tous les mecs qui attendent leur tour. J'ai envie de la piler, car devinez sur qui ça va retomber ? Sur Bibi !

Quand j'arrive enfin en haut avec Véro sur les talons, Yvy tient fermement Fanfan contre elle.

Véro s’approche du bord puis recule effrayée.

- Purée mais c'est super haut !

Je souris en la regardant.

- Tu croyais quoi ? Mais maintenant t'as plus le choix. Je lui souffle dans l'oreille. A compter deux mecs par marche, tu finis comment si tu redescends au milieu d'eux ?

Je vois ses yeux s'agrandir puis elle se tient à mon bras et regarde en bas.

- Tu me donnes la main ?

- Moi, je veux que tu me lâches.

- Bon, Fanfan vas-y et rappelle-toi de bien serrer les jambes. A la fin de ma phrase, elle est déjà en-bas.

Véro, je peux pas vous donner la main à toutes les deux à la fois.

Je vois Yvy qui s'approche du bord et saute. Bon et bien, il ne reste plus qu'elle.

- Mes frangines sont folles.

- Tu sais que tu as vingt mecs qui attendent derrière nous et qui se pèlent comme moi. Et tous les autres mecs qui n'attendent qu'une chose : que tu te dégonfles et que tu redescendes en passant entre eux. Honnêtement, elle me fait pitié. J'ai une envie folle de la câliner mais là, je ne peux pas ! Aller comme moi, orteils sortis et...

J'avoue, je l'ai poussée. Et elle hurle les trois secondes que dure la chute. Je la suis en plongeon arrière que j'essaie impeccable pour que monsieur Jolliot ne m'engueule pas trop. Mais bon, c'est sans surprise que je réponds à sa demande d'approcher.

- Dehors ! Je joins les mains avec l’air suppliant. Non, j'ai dit dehors, serviette et dehors, vous ne vous approchez plus d'elles ou je préviens leur père. Ah tiens donc, ça vous fait rire, très bien, vous vous débrouillerez avec lui.

- Je suis désolé monsieur, je ne me moquais pas de vous, mais j'ai pensé à la réaction de la femme du colonel quand elle l'apprendra et comment dire, j'ai plus peur d'elle que de lui.

Il secoue la tête avec un air épuisé, en me montrant le vestiaire du doigt..








galère.

Et ce soir, c'est pire que d'habitude. Le grand bassin grouille de garçons faisant tout et n'importe quoi sauf nager et même la piscine sous les plongeoirs est pleine, nous empêchant de nous en servir. Et en plus Monsieur Jolliot et en retard.

Et ça, ça me fout en rogne. Un prof n'a pas le droit d'être en retard. D'ailleurs je ne trouve pas normal qu'il soit seul, il devrait avoir un autre maître nageur avec lui car là, si un gars reste au fond, personne ne le verra. Faut que j'en parle au colon.

Bizarrement quand Jolliot apparaît, la piscine s'éclaircit.

On peut enfin s'entraîner.

- Vous savez que pour avoir accès aux plongeoir faut avoir d'abord fait quatre aller-retour ? Ça souffle dans les rangs. Et la plus part en sorte. Accroupi au bout du trois mètres, j'attends en claquant des dents. A toi !

Enfin !

A peine, suis-je sorti du bassin que Monsieur Jolliot me fait signe de remonter puis ouvre deux fois la main. OK ! le dix mètres, le pied ! On est peu à plonger de là-haut. Beaucoup y monte surtout ceux qui viennent pour la première fois mais beaucoup redescendent par les escaliers.

- Aller remonte, sois un homme ! Si tu sautes ou encore mieux si tu plonges. Mais tu sais plonger ?

Le petit sixième (enfin, il est presque aussi grand que moi.)a les larmes aux yeux.

- Oui, mais j'ai trop peur.

- Tu veux qu'on plonge ensemble ?

- Tu l'as déjà fait ?

- Oui, plusieurs fois. D'ailleurs si tu veux, tu remontes avec moi. Je plonge, je remonte et là, nous sauterons ensemble, et si cela peut te rassurer, tu pourras me donner la main.

Il remonte avec moi. Je plonge. A mon retour, il est toujours là.

- Après, j'aurais plus peur ?

- Pas sûr, mais en bas tous tes potes te regarderont autrement. Je vois une lueur briller dans ses yeux. Ce n'est pas toi qui en a envie ? Il secoue la tête. C'est quoi ton prénom ?

- Vivien.

- Bon, alors, je te fais deux promesses. D'abord si tu sautes avec moi, ils te respecteront beaucoup plus et ensuite je te promets que je ferai en sorte qu'ils ne t'emmerdent plus.

- Si je te donnes la main, ils vont me traiter de bébé.

- La première fois, j'ai donné la main à mon meilleur copain. ah ! tiens Claude confirme-lui.

Quelques secondes plus tard, nous sautons tous les trois, main dans la main en riant.

- Tends bien les jambes !

Lorsqu'on sort de l'eau, nous le regardons rejoindre un groupe de garçons. Avec Claude que je mets au courant, nous savons que maintenant, du moins jusqu'à la fin de l'année, Vivien ne se fera plus emmerder et sinon, nous saurons qui emmerder nous aussi.

Mais derrière eux, un bonnet avec des papillons attire mon attention.

- Tu as vu qui est là ?

- Ouais, j'ai vu. Et t’as vu qui est devant elle ? Tu viens me soutenir ?

- Tu veux te faire bannir ?

- Il faut ce qu'il faut.

- T'es vraiment ouf toi !

- Ouaip !

Je tape sur l'épaule du terminal.

Yvette me prend par la main.

- T'en veux encore une ?

- Robert, tu me fais sauter de là-haut comme le garçon ?

- Attends, peut-être après.

Le terminal se retourne, .

- Tu la connais ? Ah, je comprends mieux le pourquoi de ta droite hier.

- Veux-tu que je lui explique quelles étaient tes intentions envers elle ?

- Non mec, c'est bon, je te la laisse. Mesdemoiselles !

- Tu t’es battu pour moi ?

Un immense sourire éclaire son visage, je ne peux que sourire à mon tour amusé et content.

- Pour toi, non. Pour ton honneur, oui. Je lui ai juste fermé le clapet à ce malotru, tu n’aurais pas apprécié ce qu’il disait sur toi.

- Ah bon, raconte ?

Je n'en avais pas envie, ce n'était pas le genre de propos que l'on répète à une fille.

- On fait la course ?

Je me jette à l’eau avec Fanfan dans les bras, qui me tape lorsque nous refaisons surface, puis je m’éloigne sur le dos, l’autre couchée sur mon torse. Ses deux sœurs ont tôt fait de me rattraper.

- Fais attention, elle ne sait pas encore nager et on n’a pas eu le temps de lui mettre ses bouées.

- Elle ne risque rien avec moi sauf si je coule.

Je fais semblant de couler, Fanfan recommence à hurler. Monsieur Joliot me hèle.

- Weisembacher, si j’entends crier encore une fois la petite Granier, vous sortez du bassin et je vous exclu pour la semaine.

- Oui monsieur !

On sort, pour aller lui mettre des bouées, autour de moi, j’entends les autres garçons chuchoter.

- Ce sont les filles du colon.

- Ouais t’as vu, j’ai l’impression qu’il sort avec la plus grande.

Ah, si cela pouvait être vrai, mais je n’en ai plus le droit, seulement celui de jouer le grand frère protecteur.

Yvy comme Fanfan me demande de les faire sauter du dix mètres. J'accepte mais l'une après l'autre. Je commence par Fanfan, qui me surprend en restant bien silencieuse.

- Maintenant reste avec Véro, moi je remonte pour Yvy.

- Non, je recommence, c'était trop cool.

Et avant que je l'arrête, là voilà repartie dans les escaliers et qui double sans se gêner tous les mecs qui attendent leur tour. J'ai envie de la piler, car devinez sur qui ça va retomber ? Sur Bibi !

Quand j'arrive enfin en haut avec Véro sur les talons, Yvy tient fermement Fanfan contre elle.

- Purée mais c'est super haut !

Je souris en la regardant.

- tu croyais quoi ? Mais maintenant t'as plus le choix. Je lui souffle dans l'oreille. A compter deux mecs par marche, tu finis comment si tu redescends au milieu d'eux ?

Je vois ses yeux s'agrandir puis elle se tient à mon bras et regarde en bas.

- Tu me donnes la main ?

- Moi, je veux que tu me lâches.

- Bon, Fanfan vas-y et rappelle-toi de bien serrer les jambes.

A la fin de ma phrase, elle est déjà en-bas. Véro, je peux pas vous donner la main à toutes les deux à la fois.

Je vois Yvy qui s'approche du bord et saute. Bon, bin, il ne reste plus qu'elle.

- Mes frangines sont folles.

- Tu sais que tu as vingt mecs qui attendent derrière nous et qui se pèlent comme moi. Et tous les autres mecs qui n'attendent qu'une chose : que tu te dégonfles. (Honnêtement, elle me fait pitié. J'ai une envie folle de la câliner mais là, je ne peux pas !) Aller comme moi, orteils sortis, lève les bras et...

J'avoue, je l'ai poussée. Et elle hurle les trois secondes que dure la chute. Je la suis en plongeon arrière que j'essaie impeccable pour que monsieur Jolliot ne m'engueule pas trop. Mais bon, c'est sans surprise que je réponds à sa demande d'approcher.

- Dehors ! Non, j'ai dit dehors, serviette et dehors, vous ne vous approchez plus d'elles ou je préviens leur père. Ah ça vous fait rire, très bien, vous vous débrouillerez avec lui.

- Je suis désolé monsieur, je ne me moquais pas de vous, mais j'ai pensé à la réaction de la femme du colonel quand elle l'apprendra et comment dire, j'ai plus peur d'elle que de lui.

Il secoue la tête en me montrant la sortie du doigt..

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5 août 2010

Richard vendredi 29 Octobre 1976 vacances de la Toussaint 4

  Richard vendredi 29 Octobre 1976 vacances de la Toussaint 4



- Il dort encore ?

- Je vais le réveiller.

Papy retient Véronique par la manche de son pull.

- Houla non, jeune fille. Pour une fois que vous ne vous disputez pas et que la maison est calme. Je veux qu'elle le reste. De plus, on est vendredi et ça nous évitera de l'entendre se plaindre parce qu'il y a du poisson sur la table. Il mangera lorsqu'il se lèvera.





- Et bien, il a battu son record.

Tous les regards se tournent vers l'ado qui apparaît en bas des escaliers. Torse nu et pieds nus, sans se presser, il fait le tour de la pièce pour embrasser tous ceux qui s'y trouvent.

- Oui Coco, après, d'abord je vais pisser.

Dès qu'il revient dans la cuisine, elle se remet à lui tendre les bras, sur la pointe des pieds. L'ado soupire et la soulève. Elle, tout sourire, lui passe les bras autour du cou, ses jambes ceinturant sa taille. Il soupire à nouveau, baille à se décrocher la mâchoire puis s'étire. Cela la fait rire. Il se lave les mains, puis mouille les joues de la gosse qui lâche son cou, basculant en arrière, il la rattrape.

- Hé t'es folle ! Tiens-toi, tu vas m'aider à porter ma bouffe.

Entre son ventre et son torse, il cale du pain, et différentes boîtes, garde juste en main la bouteille de lait et son mug qu'il a rempli du café tiède qui restait dans la cafetière, dont il a posé la verseuse dans l'évier.

Sur la table, il pose tout puis l'enfant à côté.

- tatine !

- Non pas de tartine pour elle.

- Désolé Coco, Folcoche a dit non. Bon de toute façon Coco je te comprendrais de rien manger vu ce qui cuit dans le four.

- Tu vas voir ce qu'elle va te faire Folcoche, espèce de sale morveux.

Il mord dans son pain puis se lève et vient entourer de ses bras le cou de Gisou en se mettant derrière elle et l'embrasse sur le joue.

- Pardon. Toi, je t'aime bien mais toujours pas le poisson.

Papy s'est assis à califourchon sur le banc à côté de sa place. L'ado se rassied et, de sa main, dissipe la fumée de la pipe de l'homme.

- Plus loin, ça pue.

- Fillette. L'ado l'ignore. Tu sais quelle heure il est ?

- Non, j'ai oublié ma montre là-haut car quelqu'un m'oblige à l'enlever tous les soirs.

Et il jette un regard noir en direction de Gisou que ça amuse.

- Il est plus de dix-sept heures.

L'ado suspend son geste de porter son mug à ses lèvres et reste rêveur un instant, sourit puis finit son contenu. Se lève en souriant à l'homme.

- Et bien mon petit déjeuner-goûter fut bien bon. Il pose Coco par terre. Tiens, aide-moi à ranger. Il lui tend la boîte de beurre. Elle le suit, ravie et très fière jusque dans la cuisine où il rince son mug puis la verseuse de la cafetière. Il range beurre, confiture et fromage dans la fenêtre-frigo. Se retourne et bute sur la gamine qu'il reprend dans les bras, frotte son nez contre le sien puis va la déposer debout sur le banc. Je te laisse, car mon bide plein réclame une petite sieste.

Devant l'air triste de la gamine, il sourit, lui pose une bisou sur le nez puis remonte quatre à quatre les escaliers vers sa chambre.

Là, il referme les volets, enlève son unique vêtement, frissonne en se glissant sous sa couette froide et soupire.

- Brrr, je n'aurais pas dû me lever.










3 août 2010

Robert mercredi 27 Octobre 1976 vacances de la Toussaint 2

  Robert mercredi 27 Octobre 1976 vacances de la Toussaint 2



- Et Hop ! Je soupire mais reste immobile sous mon matelas au sol. je finis par être blasé, le pire c'est que ça continue à l'amuser. J'me casse, passe de bonnes vacances. Ah, au fait j'prends tes dessins pour me branler dessus.

Là, par contre, je me débats contre draps et matelas pour me redresser.

Non, l'enveloppe est toujours là ainsi que son contenu, j'en peux plus de ce mec.

En plus, il est cinq heures et le réveil est pour dans une heure. Je refais mon lit et me recouche, mais... car, bien sûr, il y a un mais. Marion s'est cassé, ça c'est cool, mais il a laissé son lit en vrac comme son bureau. J'en peux plus de ce type. J'essaie de ne pas y penser. Tiens, plutôt rêver d'Anaïs, ou de Véro, mais non, rien à faire.

Lorsque la sonnerie du réveil retentit, la chambre est rangée au cordeau. Il a même laissé son sac de linge sale cet enfoiré car il sait pertinemment que je m'en occuperai aussi. Je le déteste !

En bas, pour le lever des couleurs, peu de monde, je suis le seul pour les derniers niveaux. Lorient me déplace pour me mettre à côté des secondes, bref de mes anciens collègues de dortoir de l'année dernière. Pas de passage du petit sixième. Et quand je passe devant le colon en me dirigeant vers le mess, il m'arrête.

- Demain, pas besoin de descendre, tu peux rester au lit et à midi, viens manger à l'appart.

Je vais pour me dégager violemment et l'envoyer chier mais son uniforme et ses lunettes noires me freinent et je lui réponds poliment.

- Oui mon colonel !

Mais toute la matinée, je pèse le pour et le contre et enfin le pour l'emporte. J'ai envie de revoir Gisou et les filles.

Firmin m'a embauché pour la matinée, Jul n’est pas là.

Mais malgré le grand tablier dont il m'a affublé, mon uniforme est bon pour le lavage et j'ai même de la salade dans mon slip. Et ça l'amuse en plus. Bon, en vrai, moi aussi, on a bien rigolé.



Lorsque je sonne à l'appart, ils sont déjà à table. Une chaise est libre entre Isabelle et Véro, j'hésite, puis en haussant les épaules je vais m'y asseoir. Mais Gisou m'intercepte et m'entraîne devant l'évier, où elle me tient devant elle. Je lui souris, qu'est-ce que j'ai encore fait ? Il semblerait que j'ai des traces suspectes sur le visage et le cou, qu'elle m'enlève très consciencieusement avec un coin de torchon mouillé. Comme à chaque fois, je balance entre trouver cela humiliant, ou agréable. Je ferme les yeux quand elle me dépose un bisou rapide sur le bout du nez.

- Lave-toi les mains, cochonnet. Arf ! je sens que je vais m'entendre appeler comme ça d'autre fois par des rouquines qui se font des messes basses peu encourageantes. Tu sais comment tu vas occuper ton après-midi ?

- Oui Gisou, je dois aider Monsieur Cordier à ranger le CDI. Et j'ai hâte de voir les nouveaux livres qu'il a reçus.



Dans leur cuisine, il fait super chaud et je tombe rapidement le pull.

Isabelle semble avoir chaud aussi.

- Maman, je peux prendre des glaçons dans mon eau ?

- Oui, mets-les dans un bol comme ça tout le monde pourra en avoir. Robert, passe-moi ton assiette.

J'ai passé la matinée à engloutir tout ce que Firmin me proposait mais cela ne m'empêche pas par gourmandise, d'accepter une deuxième assiette de gratin de patates. Et puis, je sais que cela fait plaisir à Gisou.

Par contre, l'assiette m'échappe des mains et finit au sol quand le glaçon introduit dans mon col de chemise descend le long de mon échine.

- Ah, c'est froid !

J'ai repoussé ma chaise qu'Isabelle empêche de tomber en riant. En plus, mon pantalon baillant à ma taille, le maudit iceberg finit sa course dedans. Je l'y récupère en me tortillant.

- Isabelle dans ta chambre !

Gisou n'a pas à le redire car la coupable totalement hilare est déjà sortie de la pièce. Quant à Richard, s'il aide Gisou à réparer les dégâts de mon assiette renversée, je vois qu'il a du mal à se retenir de rire.

- T'en faut un devant pour que ce soit symétrique ! Et profitant que j'ai la main coincée dans mon dos, cette enflure de Véro m'en glisse une poignée devant.

- Non ! Je vous déteste !

Là, je m'en fous, je j'ouvre mon froc et en me secouant j'arrive à tous les faire tomber mais j'ai des envies de meurtre sur les deux filles qui ont disparues. Même Gisou est en train de rire. Et soyons honnête, je ne peux m'empêcher de rire aussi, je me suis fait avoir comme un bleu. Et une fois rhabillé, je m'assois à ma place et me saisis du plat pour le nettoyer scrupuleusement avec la cuillère de service. Non, mais oh, c'est pas pour un ou deux glaçons que je vais me laisser abattre.

- Baisse la tête !

Ah maintenant, j'ai droit à de l'air brûlant dans le dos.

- Vous comptez me tuer aujourd'hui ?

Gisou me force à rester la tête penchée en se moquant gentiment de moi.

- Arrête de chouiner gros bébé, je te sèche juste.

- Mais ça brûle ! Je me lève et veux enlever le sèche-cheveux des mains de Gisou. Elle le dirige vers ma figure alors je lui retourne vers la sienne, faisant voler ses cheveux et cela m’amuse, on dirait qu'elle a comme une grande auréole, ou une crinière rousse. Wahoo une lionne !

Je réussis à le débrancher en tirant sur le fil.

- Puisque c'est comme ça, je ne donne pas de dessert à quelqu'un de mouillé.

- Gisou, là où c'est le plus mouillé, je ne laisserai pas y mettre ton engin de destruction.

- Oh ! Elle sourit amusée et dirige son feun vers le bas.

- Ah non, stop ! Je le lui récupère et le passe à Richard que je ne surveille pas. Et trente secondes après il me le glisse dans la ceinture. Ah non pas toi aussi ! Bon bin je préfère encore m'en aller !

Je prends mon pull sur la chaise.

- Non assieds-toi, Richard éteints moi ça ! On l'a assez embêté. Tiens mange !

Et elle me pose une coupe de salade de fruits devant moi et un bisou sur la joue. Bon, si on me prend par les sentiments...





Lorsque je sors de chez le colon, je croise Monsieur Deschamp dans les escaliers. Oups, je devais aller le voir chez lui ce matin, j'ai oublié.

- Ah ! Tu viens chez moi ? Et bien, remontons ensemble mon petit.

Il me prend le bras me faisant faire demi-tour.

Richard sort de chez lui lorsque nous arrivons à son palier.

- Monsieur Deschamp vous emmeniez cet enfant chez vous ? Hélas pour vous, il est attendu au CDI.

- Et bien ce n'est pas grave, ce n'est que partie remise. Tu passeras demain matin, mon garçon et cette fois n'oublies pas.

- Oui, je vous le promets monsieur.

- Ah désolé mais demain ce garçon ne sera plus dans l’école.

Il me lâche et c'est Richard me tenant à son tour par le bras qui me fait descendre presque en courant les trois étages. Arrivés en bas, il me tient face à lui.

- Tu mets un pied chez lui, je le bute, compris ?

J'opine de la tête, mi effrayé, mi-étonné. Et il ne me lâche qu'une fois devant le CDI pour me quitter sans un mot.
























































2 septembre 2010

Robert jeudi 9 Décembre 1976 portefeuille

Robert jeudi 9 Décembre 1976 portefeuille

 

A la piscine, pour se déshabiller il y a trois vestiaires, un petit réservé à la gente féminine qui nous attire beaucoup et deux grands immenses avec ces classiques bancs surmontés de crochets où nous suspendons nos vêtements.

Chaque garçon essaie d'en utiliser au moins deux, si ce n'est trois crochets pour avoir lors du rhabillage, un maximum de place pour poser ses fesses.

Cette fois-là, avec Claude, nous sortons de l'eau au dernier moment.

À notre arrivée dans le vestiaire, j'ai la mauvaise surprise de trouver tous mes vêtements au sol. Je ne peux m'en prendre à personne car tous les gars sont déjà partis et mon banc est vide.

 

- Non ! Qu'est-ce que mes fringues font par terre ?

- Tu as dû les oublier sur le banc.

- Moi ? Claude, tu me connais, franchement ?

- Oui, pas faux, mais là, tu n'as pas le choix, et dépêche-toi, on va arriver en retard au mess.

- Beurk, ils sont trempés, regarde j'ai une marque de godasse sur ma chemise.

- Hé, tu ne vas pas pleurer ?

- Ça va pas, non ? Bon j'suis prêt, on y va ! Non Claude, attends !

- Quoi encore ?

- Mon portefeuille, je ne l'ai plus.

Nous voilà tous les deux à quatre pattes, mais non, il a disparu. Je me laisse tomber sur un des bancs, les larmes aux yeux, je suis à bout.

- Tu sais quoi ? C'est celui qui te l'a piqué qui a jeté tes fringues par terre, j'en suis sûr. Mais en attendant, bouge !

Il me tire et tous les deux courons jusqu'au mess où nous arrivons au moment où Lorient ferme les portes.

- D'où vous sortez vous deux ?

Je le lui explique.

- Bon, j'en parlerai à Gâches, en attendant planquez votre serviette sous votre blouson et à table. 




Nous sommes accueillis à notre table par nos collègues qui se demandaient où nous étions.

- Hé, vous étiez où ?

J’explique.

- A la piscine, quelqu'un m'a piqué mon portefeuille et on le cherchait.

Bex se veut rassurant.

- T'es sûr que tu ne l'avais pas oublié dans ta piaule ?

- Non, je suis sûr que je l'avais sur moi, je ne le laisse jamais dans la chambre. J'ai trop peur de me le faire voler.

- Bin, là, t'aurais p't-être du !

Je fusille Garrot du regard. Toujours le mot pour rire celui-là !

Je n'ai tout de même qu'une envie, aller rapidement dans ma chambre et la retourner dans l'espoir de le trouver, et je suis le premier sorti lorsque Gâche nous donne l'autorisation d'y aller, laissant à Claude le soin de débarrasser mes affaires.

Hélas ! Je refais à fond toute la chambre, même le bureau et l'armoire de Marion. Je défais et refais nos deux lits, soulève même les matelas au cas où on m'aurait fait une mauvaise blague.

Mais rien, mon portefeuille est introuvable. De guerre lasse, je me mets devant un de mes livres d'astrophysique, laissant Marion lire à plat ventre sur mon lit, un de ses magazines sur les chevaux, son père possède un haras immense en Camargue ; lorsque le Capitaine fait irruption dans notre chambre et me jette sous le nez, sur mon bureau mon portefeuille.

- C'est le fils de monsieur Cohen qui l'a trouvé au pied du mur à l'extérieur de l'école. Décidément tu les accumules. Demain, je préviens le Colon que tu as fait le mur.

- Mais c'est faux mon capitaine.

Le capitaine Gâche a un sourire mauvais.

- Vous vous expliquerez devant le conseil de discipline.

Complètement halluciné, je le regarde sortir.

Garrot qui s’était mis debout à son entrée, s’énerve.

- Quel enflure ce mec, je suis sûr que c'est lui qui te l'a piqué et l'a balancé de l'autre côté du mur. Regarde ce qui manque dedans.Et puis, tu auras au moins vingt gars pour témoigner que tu étais à la piscine toute la soirée et même moi.

La tête vide, je fais l'inventaire de mes biens. Il manque deux choses: le fric, pas grand chose, deux billets de dix francs et la photo de Caths. Et là, je pose mon front sur mes mains à plat sur le bureau et me mets à pleurer. J'ai l'impression que le monde s'écroule autour de moi. Non seulement, je ne la reverrai plus mais on m'a enlevé la seule chose qui me restait d'elle.

Je sens la main de Marion se poser une seconde sur mon dos.

Bientôt la chambre est pleine de tous nos voisins. Ils ont tous de bonnes idées mais je ne les écoute pas. Comme un automate, je range mon bureau, à quoi cela sert que je continue à bosser, à la fin de la semaine je serai obligé de partir. Adieu tous mes rêves. Lorient gueule l'extinction des feux, chacun rejoint son lit.

- Bob, t'en fais pas, ils ne peuvent pas te mettre dehors comme ça.

Je ne réponds rien à Marion.

Je n'ai même plus envie de pleurer. Allongé sur mes couvertures en pantalon de pyjama, je fixe le plafond.

À côté de moi, sur son lit, je l'entends ronfler légèrement, il doit dormir.

Je me lève sans bruit puis pieds nus, je descends dans la cour.

Le ciel est d'un noir impénétrable juste déchiré de temps à autre par des éclairs.

Torse nu, je suis trempé et grelottant. Je m'assois contre la hampe porte-drapeau.

Je ferme les yeux et prie de toutes mes forces pour que la foudre tombe et me foudroie.

Je ne sais pas combien de temps, je reste ainsi assis.

Il pose sa main sur mon épaule et me fait sursauter.

- Allez viens, arrête de faire le con, ça ne sert à rien si ce n'est à aggraver ton cas. Je te jure que je trouverai le salaud qui te l'a pris et je lui ferai sa fête. Marion en pyjama, à genoux devant moi, crache au sol. Demain, tu iras voir le colon, il t'arrangera ça. Je secoue la tête. Bon et bien, on sera deux à être malades alors. On m'a dit que l'infirmière était plutôt sympa.

- Ouais mais elle a bien cinquante piges.

- Bah, c'est dans les vieux pots que l'on fait la bonne soupe, non ?

Il s'est assis à côté de moi, dos contre le mât, son épaule contre la mienne, sa main droite sur ma main gauche. Nous éclatons de rire tous les deux.

Dans le ciel, au-dessus de nos têtes, tonnerre et éclair pètent simultanément, comme un seul homme, nous nous jetons en avant à plat ventre le plus loin possible. Me tirant par la main, il me traîne derrière lui jusqu'à notre chambre.

12 mars 2010

Robert jeudi 1 janvier 1976 bonne année

Robert jeudi 1 janvier 1976 bonne année

 

Où je suis encore ?

Un grand lit et je suis tout nu dedans.

Les volets sont ouverts et la lumière du soleil me donne mal à la tête.

Assis au bord du lit, j’ai la tête qui tourne. Mes fringues sont au pied du lit, je les prends et m’habille. Je ne me rappelle, ni où je suis, ni quand et comment je suis arrivé dans ce lit.

Merde, où est Claude ? Cela m’est revenu d’un coup, la fiesta du réveillon, la villa d’Arcachon au milieu de nul part.

Par contre, mes pompes... disparues.

Lorsque j’ouvre la porte, j’ai la nausée et je cours aux toilettes.

À côté des WC, un mec est assis, un bras sur la cuvette, j’ai à peine le temps de le virer que je m’y vide plusieurs fois.

À l’entrée de la petite pièce, il y a un petit lavabo, je m’y lave les dents comme je peux avec un doigt à qui je trouve d’ailleurs un drôle de goût. Et je retourne me vider.

Ça va mieux, mais je décide de trouver la salle bain. Elle est fermée à clef et le bruit à l’intérieur me fait comprendre qu’ils sont au moins deux dedans. Bref, donc direction la cuisine.

Il y a des corps endormis de partout. Même dans la cuisine. La maison est dans un état inqualifiable.

L’évier est plein mais j’arrive à trouver du savon et me lave les mains plusieurs fois puis la figure et les dents.

Maintenant trouver Claude, mais d’abord je cherche si je ne peux pas manger un truc… il reste trois fruits au fond du bol. Au premier, je réalise qu’ils sont alcoolisés, alors j’arrête de suite.

Dans le frigo, du jambon, j’en gobe quatre tranches telles quelles car je ne trouve pas de pain. Il y a une cafetière, je trouve les filtres et le café, je la mets en route.

 

Claude est dans un lit avec Aline.

Ils auraient pu fermer la porte de la chambre… je recouvre Aline car si c’était ma nana, je n’aimerais pas qu’on la voit ainsi dévêtue puis ressors en fermant la porte.

Je fais le tour des quatre chambres, les lits sont tous pris et à chaque fois, je ressors, les yeux pleins d’images volées.

Dans le jardin, des couples sont ensemble dans des sacs de couchage.

C’était pas un réveillon, c’était une partouze !

Et je suis déçu car je trouve même Ghislaine avec son ex.

Un truc me console un peu, un tout petit peu, je ne suis pas le seul à être resté célibataire.

Une horloge dans le salon m’indique qu’il est treize heures. Je comprends pourquoi j’ai faim.

Par contre, je commence à paniquer car je n’ai toujours pas retrouvé mes souliers.

Après avoir tourné en rond un bout de temps, tout en buvant mon café, je décide de prendre un grand sac poubelle et de faire le tour de la maison et d’y jeter tous les verres en plastique et bouteilles que je trouve. Par contre, je me refuse à ramasser les préservatifs et autres saloperies qui traînent un peu partout.

L’odeur du café en a réveillé certains.

- Et petit, c’est toi qui a fait le café ?

Cette fois, c’est la fois de trop. Je fonce sur le mec et lui colle un coup de boule.

- JE NE SUIS PAS TON PETIT !

Le pauvre mec n’a pas tout compris mais il a pris pour tous les autres.

Quand Claude descend, réveillé par les cris, ils sont à quatre pour me tenir et c’est dans les bras d’Aline que je finis par me calmer.

Une heure plus tard, ils ne reste plus que les vrais copains de Claude, une dizaine pas plus.

Je retrouve mes chaussures sous le lit où j’ai dormi mais où comme un con, je n’ai JAMAIS regardé. Quant à ma fourragère et ma cravate, elles ont servi de couronnes à des filles.

- Mais pourquoi aussi es-tu resté en uniforme ?

- Mais peut-être parce que je ne suis pas un nabab comme toi et que ce sont mes seules fringues .

 

Par contre, quand Claude m’engueule car je ne les aide pas à briquer la maison, je hausse juste les épaules en lui montrant les trois gros sacs poubelles fermés dans un coin de la cuisine puis sors m’installer sur la balancelle sans coussin dans le jardin.

 

Nous décollons vers dix-neuf heures laissant une maison propre et rangée.

- Dis-moi Claude, qui m’a mis au lit hier soir ou cette nuit ?

Les deux devant se regardent.

- Ni moi, ni Aline. Pourquoi ? Et puis comment ça au lit ?

- Il se trouve que ce matin, je me suis réveillé à poil dans un lit en cent quarante, dans la chambre du haut, juste en face de la salle de bain. Celle avec un beau tableau de femme nue alanguie sur un sofa.

- C’est le lit des parents ça. Et tu étais seul ?

- Ah oui, jusqu’aux dernières nouvelles. Mon dernier souvenirs, c’est d’avoir peiné à finir un second verre de fruits au sirop.

- Tu t’es avalé deux grand verres à bière de sangria ? Claude, si tes parents apprennent ça, t’es mort. Et tu te souviens de quoi d’autre ?

- Que Claude a voulu me faire fumer un truc qui n’était pas une cigarette, mais si tu veux, je peux aussi inventer d’autres trucs à raconter à Monsieur d’ Aureilhan.

- Toi, tu fermes ta gueule ou tu ne retournes pas vivant à Aix.

- Ah si ! Tiens, ça me revient, je me souviens qui m’a mis au lit.

Je fixe Aline qui rougit jusqu’au oreilles et se tourne pour regarder la route, droit devant elle.

Claude lui, me surveille dans son rétroviseur intérieur.

- Alors s’est qui ?

- Non, non, en faite je ne m’en souviens pas vraiment… juste que c’est une jolie fille.

 

 

6 novembre 2010

Robert jeudi 31 Mars 1977 Bescherelle et élastiques

Robert jeudi 31 Mars 1977 Bescherelle et élastiques

 

Marre de rester au lit.

Marre de savoir que les filles, même Coco, sont allées skier tous les jours, !

Donc là, j'enfile un pull et un pantalon puis en bas !

Et voilà, il ne reste encore plus que Papapa et Mammema dans la maison.

- Sont où les autres ?

- Sur les pistes. Pourquoi ? Tu aurais voulu qu'ils restent enfermés pour te soutenir moralement.

- Suis plus malade, j'aurais pu aller avec eux.

- Hum, de toute façon, je crois que Richard se passe volontiers de ta présence, je ne sais pas ce que tu lui as fait mais, bon. Et il a prévu de l'occupation pour toi si tu descendais.

- Je remonte, je suis encore fatigué.

Pour accentuer mes dires, je tousse.

- Oh non, mon gars. En attendant que nous passions à table, prends ces feuilles, ce stylo et dictée.

- Une dictée ?

- Oui, il m'a dit de te dicter un passage du vieil homme et la mer. Alors hop, hop, au boulot.

- Non, je ne peux pas, j'ai encore mal à la tête.

Il s'est assis sur le banc en face de moi, il est évident qu'il ne me croit pas.

- Je commence. " Il partit, pieds nus sur les rebords de corail, jusqu'à la glacière où on gardait les appâts." Alors garçon, je vais faire comme avec les grandes Je lis la phrase deux voir trois fois puis je passe à la seconde, compris.

J'opine de la tête. Pourquoi pas plutôt trois pages d'exos de physique ou de maths ? Je déteste les dictées, cela fait cinq ans que je n'en ai plus fait, font ch... Qu'est-ce qu'il a dit ? Putain fait ch... il va trop vite. Je dois mémoriser et écrire en même temps. C'est quel prof qui m'a vendu en disant que j'étais nul en grammaire ? Putain, j'en suis où ?

- Heu, tu peux répéter ?

- Et si tu faisais attention ?

Il m'a donné six feuilles, elle va faire quelle longueur cette merde ? Et putain, j'ai pas sauté de ligne, c'est grave ? Bon bin, je vais commencer à partir de maintenant. Il a dit quoi ? J'suis perdu !

- Après hirondelles de mer il y a quoi ?

- Je l'ai dit trois fois et j'en suis déjà beaucoup plus loin.

- Tu dictes trop vite.

Mammema se penche au-dessus de mon épaule.

- Tu n'as pas oublié la ponctuation ?

- Je la mettrai après.

- Ah non, tu ne reliras pas.

- Hé non, c'est pas normal ça.

- Quand j'ai passé mon brevet, on n'avait pas le temps de relire. Pourquoi tu t'es mis à sauter une ligne ?

- Bin pour pouvoir corriger.

Il récupère les feuilles.

- Tu ne corrigeras rien, Richard veut juste voir combien de fautes, tu fais sous la dictée. Et bien, mon garçon, tu sais que tout le texte est au présent ou à l'imparfait, les temps les plus simples.

- Et ?

- Tu devrais reprendre ton Bescherelle.

- C'est quoi encore ce truc ?

Je le vois soupirer, se lever, fouiller dans les livres de cours alignés dans l'armoire puis jeter devant moi un petit livre orange.

- Bonne lecture !

 

 

 

 

 

- Ah c'est bien, tu te rends utile.

- Lui, utile ? S'il nettoie les vitres de la cheminée c'est parce qu'il les a salies.

- Cela a un quelconque rapport avec l'odeur de caoutchouc brûlé ?

- Et bien, imagine-toi que j'ai abandonné une heure cet animal seul ici avec pour consigne de potasser le Bescherelle et monsieur a joué avec notre balle d'élastiques. Résultat, monsieur nettoie les bouts d'élastiques fondus sur les vitres de la cheminée.

Richard s'est arrêté à l'entrée de la pièce en fixant Papapa en train de parler, puis vient comme les autres, poser ses moonboots et ses chaussures de ski devant la cheminée. Préventivement, je préfère m'écarter mais je n'ai même pas droit à un regard.

 

 

- Et bien, au moins, on est sûr que tu vas bien.

Je me lève, prends à Gisou ses paires de chaussures de ski - Demain, je pourrai venir avec vous ?

- Cela m'étonnerait que tu entres encore dans tes tenues de l'année dernière. Nous verrons comment tu seras demain.

- Je pourrais mettre une des salopettes de ski de Richard et un de tes blousons ou de Sylvie.

- Hou là, demander quelque chose à mon homme en ta faveur en ce moment, je ne m'y risquerais pas. Nous verrons.

 

3 juin 2010

Robert Mercredi 22 septembre 1976 Solenzara arrivée

Robert Mercredi 22 septembre 1976 Solenzara arrivée

 

- Debout les fillettes. A poil et à la flotte les gonzesses.

 

Première fois que je nage dans la Méditerranée.

Nous nous amusons comme des gamins. Lorient et Caprais nous rejoignent et ne sont pas les plus calmes. Gâche lui, assis sur le capot d'une jeep, nous surveille de loin en discutant avec les autres militaires.

Par contre pour l'habillage, je découvre le plaisir du sable qui s'insinue partout.

Pour le petit déjeuner nous avons de nouveau des sandwichs et du café. Mais cette fois-ci assaisonnés au sable qui crisse sous les dents, une horreur mais ça ne nous coupe pas l'appétit.

Nous reprenons la marche mais une demie-heure après le pitaine nous fait nous arrêter pour secouer nos chaussures et chaussettes pleines de sable.

Certains commencent à avoir de belles ampoules, Lorient reprend son rôle d’infirmière. Je pourrais pas, j’ai la nausée en le regardant éplucher le talon de Bex.

A midi, nouvel arrêt pour une nouvelle dose de sandwichs et de café. Nous pouvons aussi refaire le plein d'eau dans nos gourdes et vider plusieurs quarts malgré l’interdiction de Gâche d’en boire plus d’un mais nous sommes assoiffés. Puis notre marche reprend et les capots nous apprennent à pisser en marchant car Gâche refuse qu’on s’arrête.

- Vous n’aviez qu’à m’obéir et pas tant boire ! qu’il nous assène.

On rouspète un peu mais on trouve ça plutôt rigolo.

Il fait nuit lorsqu'on arrive en vue de la base. Le mess n’est ouvert que pour nous et les cuistots se moquent de notre appétit. Après deux jours de sandwichs jambon beurre ou pâté caoutchouteux, nous trouverions bon n'importe quoi et reprenons tous de leurs raviolis.

On apprécie aussi la douche qui nous débarrasse du sable et du sel qui nous ont grattés toute la journée.

Nous apprécions aussi les lits picots dressés juste pour nous dans le coin d’un hangar qui sent l’huile et l’essence.





1 juin 2010

Robert Lundi 20 septembre 1976 trek

Robert Lundi 20 septembre 1976 trek

 

Se prendre un sac à doc avec des gamelles et autres objets de ce styles, en pleine tronche ce n'est pas franchement génial mais quand c'est à une heure du matin et qu'il y un papier épinglé dessus, c'est assez efficace comme réveil.

Claude est à la fenêtre dans la seconde.

- Mec grouille en bas, il y a Gâche qui veille sur des cantines. Tu savais quelque chose ?

- Nop, et pourquoi aurais-je su quoique ce soit ?

- Bah t’es copain avec le colon.

- Parce que tu crois qu’il a franchement quelque chose à foutre de moi et à me mettre dans la confidence pour quoique ce soit ?

Du couloir nous arrive le bruit des autres chambres qui s’activent comme nous.

 

Le sac est plein, le lit est fait, chambre au carré, nous habillés et sac sur le dos, nous descendons en courant pour rejoindre à la même vitesse le bus après avoir deux par deux saisi une des cantines pour la déposer en son ventre.

Le mistral expédie plus d'une casquette de l'autre côté de la cour, faisant retentir des cris de rage et le choc de caisse posées sans douceur.

Bientôt le bus est plein et silencieux.

Les deux caporaux Lorient et Caprais sont assis aux deux extrémités. Gâche passe parmi nous, puis debout à côté du chauffeur, il brandit une feuille.

- Attention voici les binômes. Celui que je site en premier côté fenêtre le second côté couloir Arnaud-Colin, D'Aureilhan-Lacquemand, Weisembacher-Garrot...

Oh putain non ! Pourquoi il nous a séparés ?

Garrot s'assied à côté de moi avec un grand sourire. Moi non, ce mec je le hais du plus profond de mon âme.

De l'autre côté du couloir, Claude et Greg me font le pouce. Ouais, vous pouvez rigoler, je vous hais autant que lui et en plus, il pue !

Le nez collé à la vitre, je regarde le paysage défiler, le trajet est court.

Ils nous font sortir.

Nous nous regroupons autour de Gâches qui distribue une boussole et une carte à chaque binôme.

Je m'éloigne en regardant la carte, une croix verte, une croix rouge et une plan typographique. Je regarde autour de moi pour voir la géologie du terrain. Garrot me l'enlève des mains puis fait tourner plusieurs fois le papier, non ? Il ne sait pas lire une carte ? Il fout quoi en spé ce mec ?

- Donne-moi cette carte !

Il me la tend puis son regard myope glisse sur moi et un sourire apparaît.

- Hola microbe, ici c'est p’toi qui commande.

- Je suis ton major.

- M'en tape !

Au loin, je vois Claude et Greg s'éloigner avec les autres. Je me jette mon sac sur le dos puis cours pour les rejoindre.

- Pitié les mecs, je peux rester avec vous ?

Les deux me regardent avec un sourire moqueur. Nevière passe derrière moi et me tape sur le sac :

- Bon courage !

La jeep où Gâche a pris place avec Lorient et Caprais s'arrête à notre niveau.

- Weisembacher, soi vous restez avec Garrot, soi vous démissionnez de suite mais cela équivaudra à la porte de l'école. (Malgré la nuit noire, je distingue son sourire satisfait.) Et si vous restez avec D' Aureilhan et Lacquemand, vous les disqualifiez aussi.

Je le hais lui aussi. Garrot nous rejoint lentement. Il salue le capitaine, j'en profite pour récupérer la boussole, la carte je m'en fous, je l'ai mémorisée. L'autre abruti, il n'a qu'à me suivre. Je m'éloigne.

- Weisembacher un binôme c'est deux !

Comme si je ne le savais pas.

Je stoppe pour attendre l'autre escargot aux pieds plats en soufflant et la tête vers un ciel où les étoiles me narguent. Ah voilà la constellation dessinée sur la carte.

 

 

18 mai 2010

Caths samedi 28 Août 1976 Thibaud

1                         Caths samedi 28 Août 1976 Thibaud

 

 Une semaine que Thibaud a vu le notaire et que Monsieur prend de grand airs et ne sort plus de la maison de ses parents, sauf pour aller sur Bastia avec Dan. Mais attention sans nous et pas avec le camion car il a honte lorsqu’il est avec nous, si, si.

Et une semaine que Dan n’a pas pris une seule fois Roberta dans ses bras, faut dire : on ne le voit plus. Thibaud se l’accapare tout le temps.

Déjà le Thib, je ne l’aimais pas mais là c’est de pire en pire.

Hier, ils sont revenus sapés en costard, bin oui pour monsieur maintenant qu’il est millionnaire et propriétaire, les shorts et les tee shirt c’est pas bien du tout.

Pauvre Dan quand va-t-il ouvrir les yeux ?

 Aujourd’hui c’est la rentrée des classes et la petite plage où nous allons depuis le premier jour est désertée.

J’aime bien la mer, lorsque je suis sûr la plage, moins quand je suis ur un bateau.

Dans la maison des parents de Thib on a trouvé un wind surf. Il nous a autorisé à l’utiliser.

Michka est la meilleure, puis moi puis Tiph qui la pauvre n’arrive pas ou très peu à rester dessus. Par contre elle sait très bien se servi du fusil de pêche que nous avons aussi trouvé en vidant un peu le débarras derrière la maison.

Dedans il y a toutes les affaires de Thib et sont frère avant la mort de son frère.

Et oui, nous avons appris qu’il avait un grand frère de dix ans sont aïné. Il nous a tout raconté d’un coup, comme ça, le premier soir après que le clerc de notaire nous ai accueilli pour nous donner les clefs de l’énorme bâtisse. Un énorme cube sur trois étages en bas du village. Semblerait que ce soit une tradition. Les corses qui faisaient fortune au début du siècle, optaient pour une grosse maison en dehors du village pour bien montrer qu’ils ne faisaient plus partie de la piétaille, du petit peuple. Et quand je vois comment d’un coup Monsieur se comporte, je me dis que la connerie c’est génétique. Mes parents font parti des familles les plus aisées de Munster et jamais je les

 

2

ai entendu s’en vanter et il n’y a qu’à voir comment ils étaient avec Robert et sa famille. Enfin je crois…

 

 - Thib, Dan, vous venez à la plage aujourd’hui ?

Le plus jeune des deux hommes vient leur fermer la porte sous le nez.

- Tu ne veux pas un peu, nous lâcher la grappe ? Allez-y seules à votre putain de plage.

L’autre ne lève même pas la tête des feuilles qui s’étalent devant lui sur le bureau.

Michka prend son amie par le bras.

- Viens, laisse tomber !

Catherine la suit mais… non ! Elle n’a pas envie de laisser tomber.

 

 

Lorsqu’elles reviennent, ils ne sont pas là. La maison est fermée à clef et elles n’ont évidemment pas les clefs.

 - J’en ai marre, demain, j’appelle ma marraine et je lui demande de m’aider à rentrer.

- T’as bien raison, lorsque Dan t’amènera au bateau, j’en profiterai pour aller en ville, je trouverai bien le moyen de me faire rapidement trois sous puis je te rejoindrai.

- C’est une idée ça, si nous allions sur Bastia, il y a encore des touristes, à trois nous aurons tôt fait de se faire assez de fric pour nous payer nous même nos billet. Quoi ? Qu’est-ce qui t’arrive Mich ? Ça me fera chier de vendre mon cul, mais, je ne suis à ça près maintenant, mais il faudra juste que j’arrive à me faire marquer la pilule car, je veux plus d’autres kinder.

- Mais tu es folle. Typh et moi, nous vivions de ça, comme Thibaut avant que Dan, nous récupère mais toi, toi, ma puce, en dehors de ton petit puceau, tu ne sais pas ce qu’est un homme. Je refuse de te laisser faire ça.

- Je ne te demande pas la permission, non mais oh ! Tu te prends pour ma mère ? Et puis tu crois que le camionneur, il était puceau, lui ?

Là, les deux filles surprises se regardent puis Tiph se tourne vers Catherine.

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- Attends, tu as payé ton voyage en couchant avec lui ?

- Non, il ne m’a pas demandé mon avis, il s’est servi ce connard. Mais bon, on s’en fout, quand t’en as vu un, tu les as tous vus, non ?

En face d’elle, ses amies échangent encore des regards mi choqués, mi effrayés.

Elles l’énervent.

Laissant Roberta endormie dans son hamac, elle s’éloigne. Au centre du village, il y a un café où tous les hommes vont se beurrer la gueule. Elle va leur montrer à ces deux casse-pieds. Si elles ont été capable de le faire, pourquoi pas elle ?

 

 

Au bar, Catherine s’incruste entre deux Papy qui puent. Elle avait oublié que c’était ça aussi les hommes. Ils ne restent pas jeunes et souvent ils ne sentent pas la rose.

Les clients se sont tous tus et tous la dévisagent. C’est vrai qu’ils ne doivent pas avoir l’habitude qu’une fille vienne squatter leur bar.

- Jeune-fille, je te sers quoi ?

Catherine sourit à l’homme derrière le bar qui est venu se mettre juste devant elle.

- Rien. J’ai pas de sous. Je voudrais juste savoir si vous n’avez pas besoin d’une serveuse ?

Là, les sourcils de l’homme se défroncent et il affiche maintenant un sourire plutôt amusé.

- Et tu as déjà fait ça ?

Catherine secoue la tête et hausse les épaules.

- Non, mais j’apprends vite.

- Et puis qu’est-ce que je ferai d’une serveuse ?

- Chai-pas moi, je pourrais servir vos clients, nettoyer le sol voir les murs, les tables, les verres, tout ça quoi. Je tenais la caisse dans la boulange de mes parents.

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Il se met à rire, les clients l’imitent.

- Et tu crois que je vais confier mon oseille, comme ça à la première souris venue ?

Cette fois c’est Catherine qui est amusée, il la prend pour quoi le vieux débris ?

- Bin si vous avez des souris, je sais aussi m’occuper des pièges à souris.

A nouveau il se met à rire.

- C’est toi la souris, ma petite. Et puis causes-tu corse ? Car ici, les anciens, il vont te passer commande en corse, tu feras comment ?

Catherine soupire en le fixant droit dans les yeux.

- J’apprendrai. Mais bon… elle jette un regard rapide à la dizaine d’alcoolos réunis dans ces trente mètres carrés. Une serveuse jeune, blonde, aux yeux bleus, vous rajeunirait peut-être votre clientèle.

Puis elle descend de son tabouret de bar.

Sur une table, un peu d’argent traîne, rendu de monnaie, oubliée ou pourboire. Elle y prélève un franc qu’elle va mettre dans le juke-box. Elle présélectionne trois chansons des Muvrini. Elle aurait bien mis des titres plus jeunes mais là, ça ne servirait à rien.

Elle passe entre les tables, ramasse tous les verres vides, les portent derrière le comptoir, le proprio la regarde faire avec un petit sourire en coin.

Elle est presque aussi grande que lui mais il a le même tour de taille qu’elle, il y a quelques mois.

Bientôt l’évier est plein, elle le vide puis essuie sa petite vaisselle et la range.

Le vieux devant le comptoir a son verre vide. Elle s’en saisit et le lave.

- Je vous sers autre chose ?

Le vieux sourit, bouche gercée, édentée et haleine fétide. Lui, son foi crie pitié sans être entendu.

- Dammi un basgiu !

Alors pour cela, elle n’a pas besoin de traducteur.

- Désolée mon vieux mais ça, c’est réservé au père de ma fille. Et si tu ne veux plus boire, dehors ! Pendant ce temps, avec l’éponge, elle a commencé

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à nettoyer le dessus du bar. Arrivée devant lui, elle pousse sans douceur les bras du vieil homme qui crache alors sur le comptoir. Elle l’essuie, après un nouveau coup de pschit pschit puis rince l’éponge et continue le reste du comptoir.

Elle a fini, elle revient devant le vieux.

- T’es encore là, toi ? Alors je te sers quoi ?

- Le Toussaint, il ne prend que des pastis secs, jusqu’à ce que sa femme vienne le chercher. Tu lui en sers un toutes les heures, il paie en fin de mois quand sa retraite de cheminot tombe. Vas nettoyer les tables, je descends ranger les fûts que j’ai ramenés ce matin.

- J’suis engagée ?

L’homme qui commence à descendre l’étroit escalier ne la regarde même plus.

- On peut dire ça, à l’essai.

 

Il est dix-neuf heures trente, elle a au moins quatre heures devant elle à supporter cet endroit crasseux et qui pue autant que ses clients, mais elle espère y gagner suffisamment pour retourner sur le continent.

Elle ouvre les fenêtres en grand. Fenêtres dont il faudra qu’elle fasse les carreaux.

 

A minuit, elle voit arriver Dan.

Tiens donc, tiens donc.

Elle est en train de mettre les chaises sur les tables pour nettoyer le sol qui colle sous la semelle de ses baskets.

Il s’appuie au chambranle de la porte, le visage mauvais.

- Monsieur, nous avons fermé.

- Je sais, je l’attends elle.

Le patron lui fait un signe de tête puis l’ignore.

Au troisième lavage du sol, Catherine estime que c’est net, enfin plus qu’avant.

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Elle finit de ranger puis rejoint Dan dont elle entoure la taille et rejetant la tête en arrière elle interroge l’homme qui les regarde de derrière son comptoir.

- A demain ! À quelle heure ?

- J’ouvre à six heures, si tu veux un café croissant .

- OK ! À demain !

Elle sait qu’il les regarde, s’éloigner, elle se dit qu’il doit sûrement être déçu.

 

- A quoi tu joues ?

- Moi, je bosse, j’ai pas d’héritage et je dois me nourrir et payer les couches de ma fille.

- Hum. Ta fille ça fait deux heures qu’elle pleure et qu’on te cherche.

- Et un bib vous avez essayé ?

- Oui, elle n’en a pas voulu, le même sale caractère que sa mère.

- Et bé, elle tétera au lit avec moi, mais d’abord je vais me laver et brûler ces fringues.

Il soupire amusé.

- Si tu les brûles tous les soirs, que mettras-tu après ?

- Les fringues de Thib, qu’il ne met plus.

- T’es jalouse de lui ?

- Non, même pas, mais on ne te voit plus et lui non plus, maintenant que monsieur a du fric, monsieur nous traite comme des chiens... ou des chiennes.

- Hum…

Elle s’arrête et le force à la regarder.

- Dis-moi que c’est faux ? Et Roberta quand l’as-tu prise pour la dernière fois ?

- Ce soir et je dois être devenu sourd à cette heure.

- Pfff petite nature, elle t’a seulement rappelé que tu es son parrain et son papa d’adoption.

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- Ouais !

 

 

Michka lui tend le bébé dont la morve se mêle à sa bave.

- Tiens prends ta fille, ça urge.

- Attends !

Elle enlève son tee shirt puis torse nu, récupère le bébé qui férocement, se suspend à son sein.

La jeune mère sème ses vêtements jusqu’à la douche et s’amuse à voir Michka la suivre pour les ramasser l’un après l’autre.

Sous le jet d’eau chaude Roberta, s’agite, ferme les yeux, chouine mais ne lâche pas le sein.

Catherine s’allonge dans la baignoire, sa fille allongée sur son ventre.

Michka qui la suivie ,l’admoneste.

- T’endors pas ou vous allez vous noyer toutes les deux.

- Viens avec nous.

Elle sourit, hésite puis se désape avant de venir s’asseoir dans l’eau chaude au-dessus des pieds de son amie qui les retire pour ensuite les poser sur ses cuisses. Elle se met alors à les masser.

Au début, Catherine était gênée par le physique de Michka, son sexe d’homme et ses seins de femme, puis elle s’y est habituée. C’est son visage, si doux, si féminin qui lui plaît chez elle et ses gestes tendres.

L’eau chaude et les massages ont raison de la jeune maman, ses yeux se ferment tout seuls.

Alors elle se lève et s’enveloppe dans le grand peignoir de bain de la mère de Thib qu’elles utilisent toutes les trois puis va s’allonger sur son lit où elle ne fait pas long feu. Laissant à son amie, le soin de mettre une couche à sa fille.

- Mitch, réveille-moi demain à cinq heures quarante-cinq.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


5 novembre 2010

Robert mercredi 30 Mars 1977 convalescence

Robert jeudi 31 Mars 1977convalescence

 

Se réveiller trempé et gelé en réalisant qu’à seize ans, je me suis pissé dessus en dormant. Alors que petit, cela ne m'est jamais arrivé. Pas cool, pas cool du tout.

En plus, je ne tiens pas debout, du moins très mal, car tout tourne.

Je vire mon slip, même nu, je pue la pisse. Mais comment vais-je faire pour descendre me laver ?

Presque à quatre pattes, je vais jusqu'à l'armoire.

Je finis par enfiler un pantalon de jogging, assis par terre.

Je tente de virer la housse de couette trempée et renonce car la couette est trempée aussi. Je la pousse dans un coin de la chambre avec les pieds. Enlever le drap housse et voir que le matelas est lui aussi mouillé. Alors, assis roulé en boule contre le lit, au bout de ma vie, je me mets à pleurer de honte. 





Elle s'agenouille  devant moi. 

D’abord j’ai envie de hurler, de lui dire de sortir mais le sentiment d’être un moins que rien, sale et incapable de contrôler mon propre corps, me submerge.                  Elle commence par m’interroger puis se tait, comprenant vite la situation dans laquelle je suis. Elle veut me faire relever le visage, tout en passant sa paume chaude et douce sur mes joues humides mais je l' empêche mettant ma tête entre mes bras.

- Non, non, là, pourquoi t'es pas dans ton lit ? Oh ! mais ce n'est pas grave, c'est sûrement à cause du valium. On va mettre ce matelas à sécher dans une autre chambre et le remplacer par un autre. Vu le nombre de lits dans cette maison, ce n'est vraiment pas bien grave.

Au fond de moi, j'ai envie de hurler contre Gisou, de l'envoyer paître mais elle sent bon contrairement à moi. Elle referme ses bras autour de moi et je me laisse aller, acceptant la tendresse dont elle m’entoure.



Assis sur ma chaise devant mon bureau, j'avale mes cachetons, que me donne Papapa qui prend son rôle d’infirmier très au sérieux. Par contre, j'évite de trop regarder Rémy lorsqu’il pose un autre matelas sur le lit après avoir branché un petit chauffage électrique d’appoint presque devant ma fenêtre. J’attends des propos moqueurs de sa part mais il repart sans mot m’ayant juste adressé un sourire. 

Par contre, pas de Richard.

Ni de filles, même pas Coco dont j’ai pourtant plusieurs fois entendu la douce voix de stentor.



À midi, c'est le docteur Favre qui pointe son nez.

- Ah bin tu es même levé, ça fait plaisir. Tu as pris ta température ?

- Non, pas encore, juste mes médocs.

- Ouvre la bouche, ça suffira. Et il me colle le thermomètre dans la bouche et se met à rire en voyant ma mine dégoûtée. Il est propre, doublement nettoyé à l'alcool et javellisé par les soins de ta mère !

 

Retour dans mon lit mais comme je n'ai plus sommeil, je n'arrive plus à dormir, et lire me donne mal à la tête.

J'en ai marre !

 

Mais le soir, le doc me fait descendre avec lui pour manger avec les autres mais je n’ai pas faim et repousse mes assiettes au bout de deux bouchées au grand désespoir de Mammema.

 

A cette occasion, il me présente Michel, son fils qui s’est assis entre Isabelle et Véro. Je m’abstiens de lui dire que je le connais déjà.

3 novembre 2010

Robert lundi 28 Mars 1977 Pneumonie

Robert dimanche 28 Mars 1977 Pneumonie



J'ai mal dormi, et ce matin, j'ai super mal à la tête.

Il est sept heures.

Je décide de descendre.

La tête me tourne, j'ai les jambes en coton et je dois m'asseoir deux fois sur les marches avant d'arriver en bas.

Au rez-de-chaussée, il n'y a que les parents. Ils se taisent à mon arrivée. J'ai entendu les mots ski et poissons.

Je trouve que la pièce est aussi glaciale que ma chambre tout comme leur accueil.

 

Le pain a du mal à passer, il m'arrache la gorge et j'ai une quinte de toux en buvant mon café, ce qui me fait presque vomir tout ce que j'ai mangé auparavant.

 

J'en ai deux dans la seconde : la main de Gisou sur le front et celle de Mammema dans le cou.

- Appelle Jérôme, il est bouillant.

Richard est furieux, il jette sa serviette sur la table et saisit le téléphone.

- Il a intérêt à être sur pied vendredi ou il ira même avec quarante. Allô, puis-je parler au docteur Favre ? Jérôme ? J'ai notre énergumène qui est malade. A midi ? Oui, il ne sera sûrement pas encore mort, à moins que je ne l'ai occis avant, de mes propres mains. Il repose le combiné sur sa base et vient se mettre devant moi. Tu sais où on serait sans tes exploits d'hier ? Je secoue la tête. Ce faisant, j’ai l’impression que mon cerveau s’est transformé en une boule de billard qui va taper contre les parois de mon crâne, m’empêchant de garder ma tête droite et j’ai beaucoup de mal à lever les yeux pour le regarder.  A Aix, ou à Paris. En tout cas au chaud, enfin à Aix surtout. Avec un imbécile en pleine forme et non malade. Donc, es-tu fier de tes exploits d'hier ?

Je secoue la tête. Non, je regrette même.

Je me lève pour aller porter mon bol mais j'ai la tête qui tourne et je me rassieds. 

Le bol s'est posé sur la table tout seul car je n’ai pas souvenir de l'y avoir remis. 

J'ai envie de vomir, faut que j'arrive au moins à l'évier si ce n'est jusqu’aux toilettes. Tiens un seau ! Comment est-il arrivé là ?

Houla ! Si les objets deviennent autonome c’est que j’ai de gros soucis à ma faire.

 

Des mains sur les épaules me force à rester assis. 

Je pose la tête sur la table et ferme les yeux, le temps que tout arrête de bouger. Le temps que cette espèce d'entonnoir graphique arrête de grossir et rapetisser puis qu’il se remette à grossir pour ensuite rapetisser et ce, sans fin. Même les yeux ouverts, je le vois. Je dois m'allonger, ça urge. Par terre, ce sera très bien.



Comment suis-je arrivé dans ma chambre, je ne sais pas. J'ai froid. Je suis juste en slip. Je crois que j'ai loupé un épisode.

Des mains froides, glaciales même, contre ma poitrine m’empêchent de me redresser.

- Reste couché.

Mes draps aussi me semblent froids et mouillés.

- J'ai froid.

Je cherche d’une main ma couette et Gisou me la donne.

- Tu vas reprendre ta température.

Ma quoi ? Pourquoi ?

- Ah, parce que je l'ai déjà prise ?

Elle sourit.

- Non, je te l'ai prise.

Puisqu’elle le dit.

- Oh !

Je prends le thermomètre et le mets dans ma bouche.

- Non, correctement ?

Je la fixe sans comprendre. Quoi ? Qu’est-ce qu’elle raconte. Je souffle, elle me gonfle.

- Bon oui comme à l'hosto ?

Elle fronce les sourcils en me regardant.

- Avant l'hôpital, tu n'as jamais pris ta température ?

- Non, je n'ai pas souvenir d'avoir été malade. Je ne sais même pas si on avait un thermomètre.

Elle a  d’un coup, l'air tellement blasée que je lui souris amusé.

- Alors tu nous a réservé cette exclusivité ? Merveilleux.

Quand je remets le thermomètre dans ma bouche, je la vois ouvrir la sienne, sourire et ne rien dire. Qu'ai-je encore fait ?

La porte s'ouvre sur le docteur.

- Bonjour garçon, Gisou tu nous laisses ?

Je ne crois pas qu'elle apprécie d'être virée mais elle sort.

Il me prend le thermomètre, le regarde, le secoue et me le redonne. Je vais le remettre dans la bouche.

- Non, correctement.

Lui aussi ? Sont fatigants à la fin.

- Bin oui, comment ça, comme à l'hosto.

- Non rectale.

Je… J’ai mal compris le second mot ? Enfin plutôt j’aimerais avoir mal compris.

- Hein ?

Il a l’air étonné.

- Tu ne l'as jamais fait ?

- Non. Je lui fais une grimace explicite et suppliante. C'est obligatoire ?

- Oui.

La sensation est atroce mais je ne le montre pas.

- 39°9. Si Gisou dit vrai, elle a baissé. Essaie de ne pas trop te couvrir pour qu'elle ne remonte pas trop. Fait voir ta gorge. Après auscultation, prise de tension and co. Il se lève et m’empêche de me redresser. Reste couché, je vais te marquer un antibiotique, des antalgiques et dans trois à quatre jours, tu seras sur pied. Ce n'est qu'une grosse angine rouge. Tu en as souvent ?

Réfléchissons… Je secoue la tête. Je ne m’en souviens pas.

- Non, je n'ai aucun souvenir d'avoir été un jour malade étant petit, bon aussi, j'avais pas intérêt à me plaindre, peut-être pour ça.

A la tête qu’il fait, je le verrai bien me dire : “bravo ! Champion !” Mais non rien de tout ça.

- Par contre, tu reprends ta température aujourd'hui, demain et après-demain, et, espères qu'elle ne remonte pas, car là ce sera une autre histoire. Au revoir bonhomme, je reviendrai demain, tes parents nous ont de toute façon invités à manger à midi.

- Au revoir docteur.

 

Bon bin, Gisou, elle ne passe plus la porte de ma chambre !

 

- Richard est allé t'acheter tes médicaments, tu vas…

Je me suis assis d’un bond dans mon lit et lui montre la porte.

- Dehors ! Je ne vous veux plus dans ma chambre ou je hurle et je porte plainte pour viol. Dehors, je ne veux plus vous voir !

Elle sourit et essaie de me toucher, je me recule contre le mur. Non plus jamais !

- D'abord, tu te calmes.

Pas comme ça que tu vas réussir à me calmer.

- Non dehors ! Dehors ! Je hausse le ton de plus en plus. Dehors ! Mais une grosse quinte de toux me plie en deux sur le lit. Je me débats, l'empêche de me toucher pour me taper dans le dos. De... hors !

Je ne peux plus crier sans me mettre à tousser.

Mammema la prend par les bras et l’emmène hors de ma chambre

- Bon, je crois qu'il vaut mieux que tu sortes. Donne-moi ça. On t'avait prévenu qu'il le saurait.

- Mais c'est moi qui lui ai dit, j'ai été honnête. Je suis une infirmière tout de même.

Papapa leur prend le plateau des mains. 

J’arrive à hurler avant de me plier en deux en crachant ce qui me reste de poumons.

- Dehors toutes les deux ! Je ne prendrai aucun médoc, je préfère crever. Dehors !

Les deux mutter me regardent et sortent.

J'ai honnêtement, réellement envie de crever.

Papapa a mis le plateau sur le bureau. Pose la chaise à côté du lit puis va chercher le plateau et l'y pose, lui s’assied sur le lit. Je me recule. Je les déteste tous !

- Bon, tiens, avale moi ça.

- Non ! Je lui tourne le dos. Laissez-moi crever !

Je l'entends soupirer puis plus rien mais je sais qu'il est toujours là, assis sur le bord du lit, je sens la chaleur de sa main sur ma cuisse à travers la couette.



Il n’est plus là ?

J'ai froid malgré la couette, faudra un jour qu'ils se décident à foutre le feu à ma chambre pour me réchauffer. 

Je me tourne vers la porte.

Qu'est-ce qu'ils foutent tous dans ma chambre ? Il ne manque que les filles, tiens !

- Dehors ! Je crois qu'ils ne m'ont pas entendu. Dehors ! 

Je n’ai plus de voix et elle est bizarre. Tiens ! Par contre, j’ai encore des poumons à cracher.

- Ah ! tu es réveillé, alors tu vas me faire le plaisir d’avaler ça ! Richard d'une main dans mon cou, me tient  de force assis. J'essaie de me débattre, mais j’y arrive à peine. Il me met le verre entre les lèvres et me verse le contenu dans la bouche. Le liquide est infecte, je sens qu'une partie coule sur mon torse puis mon ventre. Il me laisse retomber en arrière, prends la serviette que lui tend Papapa, m'essuie puis me recouvre avec la couette que j’ai virée en me débattant. J'ai encore cette espèce de vis, triangulaire maintenant, qui monte et descend sous mes yeux. Vomir !

- Désolé…

Richard se met debout en jurant.

Papapa l’écarte.

- Richard vas te changer. Je l’essuie puis Rémy, tu le prends dans tes bras pendant que je change ses draps.




Au-dessus de moi, le visage de Rémy me sourit, je crois que je suis dans ses bras. Pourquoi ?

J’entends la porte s'ouvrir.

- Ah Jérôme. Oui, trois convulsions à la suite et a vomi. On l'amène à l'hosto ?

Je suis encore dans les bras de Rémy, ça devient une habitude. 

Derrière le doc debout qui leur parle, je vois Sylvie et Gisou refaire mon lit.

- Je vais lui donner du valium, il a pris ce que je lui ai prescrit ?

C’est Papapa, que je ne vois pas qui lui répond.

- Non, pas vraiment, il refuse.

Encore une fois, je me débats mollement pour que Rémy me repose au sol. Ça fait quoi si je lui vomis aussi dessus ? Mais d’abord, je veux qu’il me pose. 

- Rémy, vous pouvez arrêter ce truc.

- Quel truc gamin ?

- La vis triangle qui monte et qui descend… 

Je me laisse emporter par elle…









1 juin 2010

Caths mercredi 19 septembre 1976 explications

Caths mercredi 19 septembre 1976 explications

 

 

A six heures je m’installe devant mon café crème et le vieux Joseph qui m’écoute lui raconter mon histoire et lui annoncer que j’arrête de bosser pour lui.

- Ici on détestait tous ces parvenus. Tu vois comme on dit : les chats ne font pas des chiens. Et puis ces mecs qui baisent avec leur cul il ne peuvent qu’être de la mauvaise graines car franchement c’est pas naturel, tu ne crois pas ? Enfin m’en fiche, tant qu’ils ne viennent pas me faire chier. En tout cas, moi Paris ne me vaut rien il m’a pris ma femme et te prend toi. Tu sais si tu veux donner un père à ta fille, je serais d’accord pour l’adopter. Et je ne suis pas un mauvais bougre. Enfin, je dis ça mais j’y crois pas, hein ? T’es trop mignonne pour moi.

 

 

 

- Vous ne me croirez pas si je vous dis qu’il m’a proposé de m’épouser.

- Beurk ! Encore un vieux cochon. Les hommes sont tous pareils.

Deux voix reprennent Typhanie.

- Tous, non. Il y en a des bien.

J’ai posé Roberta dans son cosy et j’entoure le cou de Dan et de Michka de mes bras.

- Toi t’es le meilleur des hommes, et toi la meilleure des femmes. Et je vous aime. Par contre il m’a payé plus pour me porter chance qu’il a dit. D’ailleurs en parlant d’argent, t’as fait quoi du fric de Thibaud ?

- Pour l’instant rien.

Michka sort la puce dans son siège auto et s’assied à côté d’elle.

- Je prends le premier quart.

- Tricheuse !

- Pourquoi tricheuse ?

- Sais pas ! Comme ça, parce que j’ai eu envie de le dire.

Dan ferme la porte de la maison et glisse la clef derrière la grosse pierre sous la fenêtre.

- Vous n’avez rien oublié ? Vous avez vidé le lave-linge ?

- Oui et j’ai même étendu le linge de Thib.

- Moi je l’aurais laissé pourrir dans la machine.

Dan et Michka se mettent à rire.

- Tach t’es foncièrement méchante.

- Et toi t’es trop gentille Typhounette.

Dan tourne la clef et lance le moteur, je me dépêche de monter dans le camion et de fermer la porte.

 

 

A Bastia nous inspectons le distributeur de billets. Il y a une caméra juste au-dessus mais je n’en vois pas à l’intérieur.

Nous décidons donc de garder l’argent.

La carte bleue bien nettoyée, frotté et même à moitié brûlée, enfin fondue, est jetée dans une poubelle juste à côté. Quant à l’argent, nous nous le répartissons et nous nous en servons pour acheter nos billets.

Mais il nous faudra attendre le vingt et un au soir pour embarquer. Nous décidons d’aller nous poser dans un petit camping en bord de mer.

13 mars 2010

Robert dimanche 4 janvier 1976 retour à l'école

Robert dimanche 4 janvier 1976 retour à l'école 



- Bonjour Monsieur Cohen

- Bonsoir les gamins, alors finies les vacances.

- Et oui hélas. Le colonel est-il rentré ?

- Ah non, pas encore, tu devras attendre demain comme les autres pour le voir.





Ah, que c’est bon de retrouver ma chambre et mon lit.

D'ailleurs, mon lit est fait.

Claude n’en revient pas.

- Ben mon salaud, maintenant le colon, il te fait ton lit ?

- Non, je miserais plus sur sa femme.



Vider les sacs, ranger les livres que Claude m'a donnés sur l'étagère. Il m'a proposé de me donner tous ses Bob Morane car il les a tous lus et n'en veut plus.

Là, il s'offre les OSS et les Blade, de Gérard de Villiers, plus adultes d'après lui.

Mes premiers livres rien qu'à moi !

Nous sommes les premiers arrivés à l'étage. Demain matin, nous n’aurons pas cours, il ne reprendront que l'après-midi mais j'ai hâte.

Dans un mois, j'ai quinze ans mais depuis le 1er j'ai l'impression d'avoir déjà vieilli.



31 mars 2010

Robert Lundi 22 Mars 1976 vacances de Pâques 3

Lundi 22 Mars 1976 vacances de Pâques 3



- Vous auriez dû rester à Aix avec des gamins dans cet état.

Je suis tout à fait d'accord avec Sylvie, j'aurais été très bien dans ma chambre à l'école à pouvoir me gratter tranquille.

 

Je passe une nuit d'enfer.

Vers huit heures, Gisou monte me réveiller, mes draps sont tachés de sang, elle me force à descendre et en bas Mammema m‘enfile des chaussettes sur les mains qu'elle a attaché avec des rubans roses.

- On dirait un nouveau-né avec ses moufles.

Je regarde Véro, en plissant les yeux.

- Ou des gants de boxe.

Mais je ne les garde pas longtemps, les jugeant encombrantes pour aller pisser.

- Robert sors de là.

- Purée Mammema même aux toilettes, on ne peut pas se gratter tranquille.

- Attention qu'à cet endroit de ton individu, les boutons grattés peuvent vite s'infecter et après faudra tout couper si la gangrène s'y met.

Je la hais, comment elle a fait pour deviner. J'en ai même là, je suis au bout de ma vie.



Fanfan est toujours malade, je fais la connaissance du docteur Favre avec son fils Michel. Moi, à part des plaques noires un peu partout sur le corps, je suis en pleine forme. Pire même qu’en pleine forme, je ne tiens pas trente secondes assis. Je n'arrive même pas à me concentrer pour lire, c’est tout dire.

Le vieux toubib me souffle :

- Si ça te gratte trop, tu peux aussi te prendre un bain tiède.

Alors ça, ce n'est pas tomber dans l'oreille d'un sourd.

- Et le froid, c'est bon aussi ?

- Oui, mais en cette saison, tu vas t'attraper une pneumonie.

Il est quinze heures, les parents siestent ou sont dans le salon et les filles dans leur chambre.

Discrètement, je vais ouvrir le robinet d'une des cuves de la cuisine, puis, je vais embêter Papapa en lui proposant une partie d'échec. Je le laisse gagner. Il s'en aperçoit et ça l'énerve.

- Tu l’as fait exprès, espèce de sagouin ! Où est le plaisir de gagner dans ces conditions ?

- Non, non je vous jure mais ça me gratte trop, j’arrive pas à réfléchir.

Je fais mine de fuir aux toilettes. La cuve est pleine. Mais le truc, c'est que si je vais chercher une serviette, ils vont se douter de quelque chose donc tant pis. Je me mets en slip et entre dans l'eau glaciale. Autant l'eau me pique, autant les boutons me foutent la paix momentanément et ça je le savoure !

 

- Gisou, ton gamin est fou ! Sors de là, toi !

- Non j'suis bien. 

Je rentre la tête sous l'eau. Rémy me soulève pour m'en sortir, mais je ne suis pas d’accord du tout et me débat, l’aspergeant d’eau glacée, ce qui le fait me relâcher.

- Ah ! mais elle est glaciale, comment as- tu fait pour rentrer dedans ?

Gisou m'attend avec un drap de bain. 

- Non, je ne veux pas sortir, j'suis bien, ça gratte plus.

Richard vient alors prendre ma défense.

- Gisou, c'est Michel qui lui en a donné l'idée mais dans de l'eau chaude ou tiède, pas gelée. Puis me menaçant du doigt. Par contre, si tu attrapes en plus une bronchite, je te jure que je te laisse à l'école aux prochaines vacances.

Mammema s’en mêle et réussit à me convaincre.

- Bon, bonhomme sort maintenant, ce soir si tu veux, on fera chauffer de l'eau et on t'y laissera mijoter et pourquoi pas Gisou on pourrait essayer aussi pour les petites, si ça les calme.

A contre-cœur, j'accepte de sortir.

J'ai la peau rouge écrevisse qui forme un sacré contraste avec le noir des plaques de boutons qui pour certaines restent sur la serviette, remplacées par des plaies sanguinolentes.

- J'en connais un qui n'avait pas assez de cicatrices comme ça. Je hausse les épaules, je m'en fous. Monte te changer. Lorsque je monterai, je te tartinerai avec la crème du docteur.

Quand Gisou montera une demi-heure plus tard, je dormirai enfin et ils me laisseront dormir jusqu’au lendemain.






29 mars 2010

Robert Samedi 20 Mars 1976 vacances de Pâques 1

Samedi 20 Mars 1976 vacances de Pâques 1

 

- Tu vas encore allé en vacances avec le colon ?

- Comment veux-tu que je le sache ?

 

Allongé, à plat ventre sur mon lit, appuyé sur mes coudes, la tête posée sur mes mains, je regarde Claude tasser son oreiller et sa couette dans son placard. J'attends qu'il ait fini ses bagages pour descendre déjeuner avec lui.

Aujourd'hui l'école se vide de 99 % de sa population, seuls les punis et ceux que les parents ne peuvent récupérer restent, dont normalement je fais parti...

 

La porte de la cave est ouverte, je regarde vers l'appart, Isabelle me fait signer de monter. J'attrape Claude par

la manche.

- Viens !

 

C'est Gisou qui nous accueille.

- Ah, tu as emmené Claude avec toi.

Il a droit à la bise lui aussi. Nous nous déchaussons et nous la suivons dans la cuisine, les filles sont à table. Isabelle plisse les yeux en regardant Claude méchamment puis se lève et quitte la cuisine.

- Je crois qu'elle t'en veut toujours.

- La faute à qui ?

- A Aline peut-être ?

Je vois son poing se serrer, mais je lui lance un grand sourire, ici je suis en sécurité.

- Vous comptez manger debout ? Robert prend le tupperware rouge dans le frigo, c'est le gâteau fromager, je pense que vous pourrez me le finir, les filles n'ont pas aimé et si Richard mange tout, il va être malade.

Dans la grosse boîte ronde il reste les trois quart du gâteau et des parts qui ont la pointe en moins.

- Et donc nous, si nous mangeons tout ça, nous ne serons pas malade? (Gisou veut m'enlever la boîte. Je l'éloigne dans l'autre sens.) Mais je je n'ai pas dit que nous ne voulions pas être malade !

Véro se lève et va poser son bol dans l'évier.

- Maman ces mecs ce sont de vraies poubelles à pattes !

- Véronique ton langage !

- Quo ? Je n'ai rien dit de mal ? Elle fixe sa mère quelques secondes. Oh ! Les hommes, non ces garçons car pour moi ce ne sont pas encore des hommes sont de vraies poubelles. J'suis contente de ne pas être un mè.. un garçon.

- Moi, ça me va d'être une poubelle tant que cela me permet de me régaler, il est très bon ton gâteau Gisou.

- Oui madame je confirme, il est très bon.

- Et des fayots en plus ! Vous me dégoûtez.

Gisou passe derrière moi pour aller dans le placard ranger un torchon puis me fait pencher la tête sur la côté.

- Tu as des boutons toi ?

- Oui hélas, mais pas trop sur la figure pas comme certains.

- Claude ton train est à quelle heure ?

- A quinze heures madame.

- Gisou tu crois que je pourrais avoir le droit de l'accompagner ?

- Faut que tu vois avec Richard.

 

 

Sur le quai de la gare il fait une chaleur étouffante.

- Purée que j'aimerais partir avec toi.

- Purée que je suis content de partir sans toi.

- Ah ! ah ! bin ne me demande plus jamais de te passer mes classeurs. Et contrairement à toi Anaïs aurait-été contente de me voir.

 

 

C'est la première fois que je suis hors de l'école tout seul, j'ai l'impression d'être... je ne sais pas quoi mais différent. J'essaie de paraître le plus grand possible. Dans une vitrine je me vois. A l'école, à part au-dessus des lavabos il n'y a pas de miroir. Ça va, je me plais, j'suis pas trop mal. Dans le magasin justement il y a des filles, je leur souris, elles doivent croire que c'est pour elles que je me suis arrêté, oh quel con ! Je pique un sprint jusqu'au coin de la rue. Pourquoi ? Je ne sais pas. Honte d'avoir été surpris, peut-être.

De toute façon, ce sont des gamines plus jeunes que moi, elles ne m'intéressent pas.

Je rajuste ma tenue puis je mets les mains dans les poches, ça fait plus cool et je rentre lentement à l'école. J'ai hâte de vieillir.

 

 

- Qu'est-ce que tu faisais hors de l'école toi ?

- J'ai accompagné D' Aureilhan à la gare.

- Et depuis quand as-tu plus de seize ans, toi !

- J'ai l'autorisation de mon tuteur.

- Mais oui, bien sûr, viens un peu ici, mon gars !

J'ai beau répéter au capitaine Gâche que j'ai reçu l'autorisation, rien ni fait. Je me retrouve traîné par le bras en salle de permanence où les punis travaillent.

- Monsieur Landrieu donnez donc des feuilles à cet animal qu'il me noircisse au moins six feuilles de son explication au fait d'être sorti de l'école sans autorisation et ce soir pas de repas pour vous jeune homme et j'y veillerai personnellement . Puis avec sa tendresse toute personnelle il me balance derrière un bureau où il jette un stylo piqué au petit quatrième devant moi, et le tas de feuilles.

J'ai renoncé à me défendre et à m'expliquer de toute façon,il ne m'écoutera pas.

Je réfléchis à comment je vais remplir ces feuilles. D'abord je demande au petit, un stylo rouge et avec, j'écris en gros sur chaque feuille un mot ou plusieurs de cette phrase :" J'avais l'autorisation écrite du colonel pour sortir du lycée." Je rends les stylos au gamin puis me lève et vais tendre mes feuilles au capitaine qui devient aussi rouge que mes écrits.

- Ah ! tu te crois malin, tu te crois intelligent, tu as quinze ans, avec ou sans autorisation tu n'as pas le droit de sortir de ce bahut ! (Là, je crois que j'ai les oreilles débouchées pour quelque temps, tellement il a hurlé.) En slip de suite !

(Quoi ? Il a pété une durite ou quoi ?) Dépêche-toi ou je le fais moi-même.

- On a pas le droit d'aller courir au soleil mon capitaine.

Bon, même protégé par Richard je préfère m'exécuter, tellement je le sens capable de frapper.

Traîné par le cou, il m’emmène jusqu’à l'escalier central.

- Tu vas jusqu'en haut puis tu descends jusqu'en bas en courant. Et tu as intérêt à courir mon gars.

Monter les trois étages ça va, descendre les cinq étages ça va, mais les remonter c'est plus dur. Quand je passe devant lui un peu trop lentement à son goût, je prends un coup dans le dos qui m'envoie valser sur les marches. Je me mords la lèvre et accélère. Quand je descends, je rase le mur loin de lui. Le retour est lent mais je puise le peu d'énergie qui me reste pour passer devant lui en courant. Dernière descente, j'espère. En bas la main posée sur la rambarde, je reprends mon souffle mais je l'entends m'intimer de me dépêcher, de toute façon mes fringues sont là-haut.

- Qu'est-ce que tu fous dans cette tenue ?

Je regarde le colon.

- C'est Gâche. il m'a puni, je dois monter et descendre en courant.

- Encore ! Sa dernière marotte depuis qu’il ne peut plus vous faite satelliser.

Je commence à remonter. Richard me double, son pas est plus lourd que le mien, surtout que je suis en chaussettes mais actuellement, largement plus rapide.

Quand j'arrive Richard a, dans une main mes vêtements et dans l'autre les feuilles. Gâche est au garde à vous, il ne me jette même pas un regard.

- Prends tes pompes et vas à l'appart, file ! je commence à m'habiller. Non disparaît !

Je ne me le fais pas dire deux fois. Je m'habille en bas, l'oreille restée à l'étage mais je n'entends rien. Je suis déçu.

La porte de la cave est fermée. Je dois sortir du bahut pour aller sonner de l'autre côté... Cohen me laisse passer sans problème.

 

C'est Véro qui m'ouvre, elle est seule, Gisou n'est pas là, elle est au docteur pour Coco et Fanfan qui ont plein de boutons. Isabelle et Yvy sont chez des copines.

Je fanfaronne, moi je ne l'ai pas eu, na !

- Et bien, tu l'auras adulte et tu vas en chier.

- Tu sais que tu parles mal ?

- Gnia gnia gnia.

- Gisou ne serait pas contente du tout de ta façon de parler et de ta tenue qui n'est pas digne d'une demoiselle.

Elle lit dans le gros fauteuil assise en travers, adossé à un des bras, les jambes passées au-dessus de l'autre. Je regarde le méli-mélo de photos faites à Noël. Sous le verre quelqu'un a glissé une photo d'identité de moi.

- T'as vu le petit chéri à Maman a sa photo avec celle de la famille. Il est content le petit chéri ?

Je ne l'ai pas entendu se lever et elle s’est collée à moi derrière moi. Elle me dépasse encore mais beaucoup moins, j'ai pris huit centimètres en sept mois. Je veux la repousser, elle cherche à m'attraper les poignets, on finit mains contre mains. Et là, je m'aperçois que je suis devenu aussi fort qu'elle. Mais je me retrouve parterre tout de même, elle fait du judo et s'en sert contre moi. Ce n'est pas juste. Elle veut s'asseoir sur moi mais j'arrive à la faire tomber, et c'est à mon tour de me retrouver sur elle en travers de son torse. J'écrase des trucs tout mous, ça me fait sourire et elle comprend. Elle s'agite, bat des jambes que ne recouvre plus sa jupe. J'y mettrais bien les mains. Elle a lâché mes mains et cette fois la lutte reprend d'une façon plus classique avec elle, elle me griffe le visage et me mord le bras. Je dois lui coincer les mains à nouveau


- Eh ! mais c'est quoi ça ?

Je la lâche et nous nous remettons debout, je regarde mes chaussettes.

- C'est lui qui a commencé, il m'a dit des choses méchantes.

Je la regarde offusqué.

- Moi ? t'es gonflée.

- Véronique tu es punie dans ta chambre, quant à toi, suis-moi.

Gisou a dans les bras une Coco couverte de boutons qui comate sur son épaule. Elle la pose sur son lit. Fanfan se déshabille est se glisse toute nue dans son lit. Je ramasse ses vêtements et les pose au pied de son lit puis vais m'asseoir à côté d'elle et l'embrasse sur la joue.

Tenu par l'oreille, je finis dans la salle de bain, assis sur le rebord de la baignoire.

- Elle ne t'a pas loupé, mais c'est bien fait pour toi.

L'alcool pique mais stoïque je ne dis rien. Lorsqu'elle sort je lui emboîte le pas. Elle me montre le fauteuil d'un doigt, je m'y assieds, le livre de Véro ( Les quatre filles du docteur March.) est posé ouvert, à côté, je note la page cent trente-sept puis commence à le lire.

 

- Alors comme ça, vous vous êtes battus ? (Je vais pour répondre à Richard. Il me fait signe de me taire.) Je ne veux pas savoir. Tu es puni comme elle. (Il me tend les feuillets que j'ai rendu à Gâche.) Assieds-toi à cette table, et tu as six feuilles recto verso pour m'expliquer pourquoi ton comportement était impoli et pourquoi tu mérite d'être puni. Mais en tout cas, elle ne t'a pas loupé.

J'aime pas sa punition mais il faut que je me vois dans une glace.

 

Elle se glisse derrière lui et m'arrache le livre des mains puis retourne dans sa chambre.

- C'est MON livre !

- Page cent trente sept.

- Oui, je sais.

Je m'ennuie. Je me roule en boule les feuilles serrées contre ma poitrine. Pose la tête sur le bras du gros fauteuil, il sent bon, il a l'odeur de cette famille.

 

Richard me secoue.

- Vas faire un sac avec tes vêtements et ton cartable. Tu défais ton lit et ramène tes draps ici. Aller ne lambine pas ! On va passer à table donc tu as juste le temps de faire l’aller-retour ?

 

On part ce soir ? De nuit ? Enfin m'en fous moi, tant qu' ils ne me laissent pas, pour moi, c'est ça l'essentiel. Ma hantise là, c'est juste de croiser Gâche mais ni à l'aller, ni au retour, je ne le vois.

 

- Tu peux les mettre directement dans la machine s'il te plaît ? Je m'exécute puis vais sortir de la cuisine quand elle me fait signe de m'approcher. Elle regarde ma joue griffée puis tire mon col de chemise. Profite que tu es là pour aller te baigner.

- Dans votre salle de bain ?

- Et tu vois un autre endroit où il y a une baignoire ? (Elle sourit.) Tu as déjà pris un bain moussant ? Je secoue la tête. Bon rejoins moi là-bas avec ton pyjama.

 

La pièce sent les fleurs, la rose et la lavande je crois. Le robinet coule et en-dessous se forme un cratère de mousse.

- Aller dépêche-toi qu'on puisse manger. Pose ton linge ici, elle me montre le sol à côté de la porte. Je viendrai le chercher.

Ah ça, dès qu’elle est sortie, je suis vite à poil, j'ai hâte d'être dans l'eau.

Je note la différence de température entre la mousse et l'eau qui me brûle mais tant pis. C'est rigolo. J'oublie de fermer le robinet et n'y pense que quand la baignoire déborde un peu. Vite j'ouvre la bonde et évacue le trop plein.

Cette baignoire est immense, allongé, je ne touche ni d'un côté ni de l'autre. Je reste couché au fond, les yeux me piquent mais c'est trop drôle.

Une tête au-dessus de la baignoire. Je m'assieds en cachant mon entre-jambe.

- Ouf, j'ai eu peur que tu ne te sois noyé. Je passais juste prendre tes vêtements. Et te poser une serviette, elle me la montre, posée sur la chaise au-dessus de mon pyjama. Tu t'amuses bien ?

Je hoche la tête. Je suis horrifié et je n'ai qu'une hâte qu'elle s’en aille. Alors, vite, vite, je sors de la baignoire et enfile mon pyjama en m'étant presque pas séché. Puis je reste là, adossé au lavabo, je n'ai pas envie de sortir, je tremble de froid et de honte.

Je me regarde dans le miroir. J'ai cinq belles estafilades qui courent de la limite de mes cheveux à mon menton. Par contre autre chose me fait les oublier, au-dessus de ma lèvre supérieure il y a un léger duvet brun.Oh merde comment j'ai fait pour louper ça ? Faut que je me rase mais j'ai rien. Je demanderai à Richard si j'arrive à sortir d'ici et affronter le regard de Gisou.

La porte s'ouvre et reste ouverte sur le vide.

- A table !

- A quoi tu joues ?

- Maman m'a dit de te le dire sans regarder dans la salle de bain.

- Bou ! Yvy part en courant et en riant.

Richard dans la cuisine nous regarde. Nous sommes tous en pyjama sauf Gisou. Je rougis en passant devant elle.

- Ton pyjama t'es largement trop petit, tu as bien grandi, c'est Mamie qui sera contente.

Hein ? Pourquoi Mammema devrait être contente de me voir grandir ?

 

Je regarde Richard et Isabelle ouvrir le canapé du salon.

- Vous savez que j'aurais largement pu dormir dessus ?

- Et j'y aurais dormi aussi. Alors tais-toi et aide-nous plutôt.

(Au lieu de ça, je reste immobile et rigole car j’imagine le colon dormant sur le canapé.) Hou hou l'ahuri, donne-nous la couverture.

 

Tout le monde dort, sauf moi. L'appart est silencieux. Je me lève et regarde par la baie vitrée restée ouverte. En bas devant l'escalier central, deux points de braise. Gâche sûrement et Lorient ou Caprais. Je parcours les fenêtres des dortoirs. Les chambres sont situées plus haut que l'appart car sous les toits.

- Tu ne dors pas ? Je rougis. Gisou fait un nœud avec la ceinture de son peignoir. Je ne veux pas la regarder, je pense à ce soir. Je lui en veux et j'ai honte. Elle passe sa main sur ma joue. Je m'écarte d'elle et me glisse sous les draps jusqu'au dessus de ma tête. Je sens qu'elle s'assied sur le lit. Je suis désolée pour tout à l'heure. Mais j'ai eu vraiment peur. Tu sais c'est mon cœur de Maman qui a réagi. (Ouais et c'était peut-être une de tes filles dans l'eau ? Je ne dis rien mais je n'en pense pas moins. J'aurais fait un mètre quatre-vingt dix, tu serais aussi venu voir dans la baignoire ? Marre marre marre.) Bon et bien bonne nuit mon garçon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8 février 2010

Robert vendredi 3 Octobre 1975 D'Aureilhan

         Robert vendredi 3 Octobre 1975 D'Aureilhan

 

La première sonnerie de son réveil n'est pas terminée qu'il l'arrête. Je me tourne vers lui. Je l'entends respirer fort avant de pousser un long soupir, cela me donne envie de rire mais je me retiens. Ma main se referme sur mon sexe.

- T'as pas le temps petit gars, debout, à la douche. (Il m'enlève les draps et me fait tomber derrière mon lit avant que je n'ai le temps de comprendre et ça le fait rire.) Tiens attrape et go go !

Je le suis avec la serviette qu'il m'a lancé, il n'a même pas pris le temps d'allumer la lumière. Il est à poil comme la majorité des mecs qu'on rejoint dans le vestiaire contigu aux douches. Je pose mon slip et ma serviette sur un banc et le suis avec mon gant contenant mon savon.

Putain, c'est une forêt de mecs. Et moi j'suis le nain qui essaie de passer entre les troncs d’arbre pour arriver à la flotte. Deux mains me saisissent par les bras au-dessus des coudes et me soulèvent.

- Hé les mecs, on a un bébé avec nous !

- Putain Darmon lâche-le, on a pas le temps pour ces conneries.

Je me débats comme je peux mais je ne fais pas le poids. Un savon lui percute la tempe et il me lâche, je vais pour ressortir mais Claude me récupère et me pousse sous un pommeau de douche.

- Ignore ce con !

- Et Darmon vu la taille de son vermicelle, s'il te chope sous la douche dans un an ou deux, tu vas pleurer mon gars.

Je ne sais pas qui a dit ça mais il me rend assez fier, je rigole avec les autres. Je n'ai pas le temps de commencer à me laver que Claude me tire dehors, il a mis sa serviette autour de sa taille pour regagner la chambre mais ne s'essuie pas les cheveux .

Je l'imite.

- Le matin te fais pas chier, la douche c'est juste pour laver notre gant et avoir l'air mouillé.

Notre gant ?

 

 

Dans la cour, j'hésite puis je suis D'Aureilhan. Lorient me fait signe de venir à lui, il fait reculer Nevière et me colle devant lui.

- C'est toi le major, tu as compté tes camarades ?

- Heu, non .

- Alors tu passes entre les deux colonnes, tu es aussi responsable de leur tenue alors sois intransigeant. Il me pousse devant lui jusqu'à la hauteur de Duverger donc des plus grands. Tu vois ? Lemoine votre cravate. Jussieux votre calot ce n'est pas un béret.

 

Quand le sixième passe avec la feuille d'appel, je gueule à l'image des autres.

- PREPA SUP, AUCUN ABSENT !

Lorient me montre son pouce. Je souris, je suis content de moi et pour la première fois, je me sens à ma place.

 

 

Le soir à la piscine, nous repérons, du moins, je repère encore les mêmes filles. Je ne coule plus, je commence même à maîtriser parfaitement la brasse et un peu le crawl. je veux commencer à apprendre à plonger. Claude, gentiment, accepte. Pour commencer, je plonge du bord.

22 janvier 2010

Robert dimanche 31 Août 1975 Aix 2

Robert dimanche 31 Août 1975 Aix 2

 

J'ai envie de pisser.

Il fait nuit.

Quelqu'un a tiré les rideaux.

Autour de moi flottent plusieurs odeurs. Je trouve vite les sandwichs. Mais d'abord, je dois trouver où vider ma vessie et boire.

Je m'aperçois alors que je suis pieds nus et je n'ai absolument aucun souvenir d'avoir enlever mes chaussures.

Je sors dans le couloir. Il y fait très noir et je ne trouve aucun interrupteur. Il font comment pour allumer la lumière. Enfin... pas grave.

Au niveau des escaliers, j'hésite, dois-je monter ou descendre ? Je décide de descendre. Au rez-de chaussez, je trouve enfin des sanitaires et des douches. Ainsi que des chambres individuelles fermées à clef. Dedans, il y a encore des affaires personnelles.

En remontant, je découvre par hasard les interrupteurs du premier étage. Ils sont tous au niveau de la cage d'escalier dans une sorte de petite armoire métallique fixée au mur en hauteur, les enfants ne doivent pas avoir le droit d'y toucher. Je trouve ça horrible mais bon, faudra que je m'y fasse.

J'éteins et monte au second et c'est pareil.

Du coup, je décide de pousser plus loin mon inspection.

Au troisième, encore deux dortoirs mais eux ont les interrupteurs dans les chambres et dans le couloir, et en plus ils ont des sanitaires.

A étage supérieur, ce sont des chambres de dix et de deux. Eux aussi, ont des sanitaires et en plus des douches. Au dernier étage, c'est sous les combles et il n'y a que des chambres de deux et pareil sanitaires plus douches. Je ne comprends pas cette différence de traitement.

 

De retour dans ma chambre, je reste dans le noir mais je mange les sandwichs en me penchant à une des fenêtres de l'autre dortoir. De là, je vois une ville et j'admire ses lumières, sûrement Aix.

Quand j'ai fini, je remonte boire.

Je n'ai plus sommeil, cela m'amuse d'être seul dans cet immense bâtiment. Je suis le seul survivant d'un univers apocalyptique. J'ai du monter et descendre cent fois l'escalier, et enfin fatigué, je regagne mon lit où je me couche enfin, après avoir enlevé mon short et mon tee shirt. Les draps et l'oreiller sentent bons malgré ma sueur.

 

Un homme me secoue.

- Debout mon gars. Il est midi, tu viens partager notre repas.

Il ouvre les rideaux. Je m'habille très vite et refais mon lit, il me regarde faire en souriant.

C'est qui encore lui, déjà ce n'est pas un militaire, il porte un bleu de travail. Sûrement l'homme à tout faire dont celui de s'occuper du gamin encombrant que je suis ?

Dehors, il fait toujours aussi chaud et le ciel est toujours aussi bleu par contre il y a un vent froid qui me surprend.

 

- Francis, tu ne m'avais pas dit qu'on avait un invité.

- C'est le c’lon qui m'a dit de m'en occuper jusqu'à d'main et de le faire travailler avec moi.

C'est la concierge qui nous a ouvert le portail hier.

- Alors c'est quoi ton petit nom mon garçon, moi c'est Madame Cohen et lui, cette vieille bleusaille c'est mon époux. Tu sais, j'ai déjà entendu parler de toi, tu serais un drôle de coco, est-ce vrai ce que l'on m'a raconté ?

- Je ne sais pas madame, mais on n'a pu que vous dire du bien de moi.

J'espère que la Courvitt ne lui a pas fait me éloges sinon je vais avoir une de ces réputations. J'accompagne ma réponse d'un grand sourire.

Elle me sourit amusée, en retour.

- Francis, si tu dois le faire travailler avec toi, trouves-lui d'autres chaussures parmi les anciennes de tes fils sinon il va se blesser, c'est assuré ! En attendant mon garçon, assieds-toi là ! Elle me montre la table où il y a déjà deux couverts et pose devant moi une autre assiette. Mais, je ne sais toujours pas ton nom et Francis a besoin de savoir du combien tu chausses.

- Robert madame et sinon du trente huit ou du trente neuf.

(En fait, j'en sais rien du tout et je réponds au hasard. Elle pose devant moi une assiette de purée et de boudin.) Merci madame, cela sent très bon.

Elle s'arrête de servir les deux autres assiettes et me regarde surprise.

- Et bien, merci à toi.

- Mais puis-je d'abord me laver les mains ?

- Oui bien sûr.

Debout devant l'évier, je prends le gros cube de savon vert et avant d'y frotter les mains, je le sens, son odeur me plaît.

- C'est du savon de Marseille, tu ne connais pas ?

- Non madame.

Vu la manière dont elle me regarde, je dois être un extra-terrestre pour elle.

Je m'assieds à nouveau, en même temps que Monsieur Cohen qui me tend de grosses chaussures de travail. Je les enfile, elles me sont un peu grandes mais en serrant bien les lacets ça ira.

- Et bien voilà, maintenant mangeons ma femme !

- Tu vois que j'ai eu raison de ne rien jeter comme tu voulais que je le fasse, nous aurons bien le temps quand nous partirons à la retraite.

Je les regarde tous les deux et me dis qu'elle sera bientôt là pour eux.

 

Toute l'après-midi, il se sert de moi comme porte-faix car il doit vider une pièce pleine de cartons pour les monter dans un grenier où on déloge des chauve-souris. Ensuite, il veut m'expliquer comment réparer une chaudière au fioul mais c'est la même que celle de l'hôtel et c'est moi qui lui montre qu'il se trompe. Du coup, je lui raconte un peu ma vie d'avant en évitant tout de même certains passages.

 

Le soir, je mange à nouveau avec eux.

- J 'espère que tu aimes la soupe.

- Oui madame, on en mangeait tous les jours chez moi.

Ce qu'elle ne dit pas c'est que derrière Francis sort saucisson et fromage dont il garnit pour lui et moi une demie-baguette. Quand il me lâche plus tard dans le dortoir j'ai le ventre plein et content de ma vie. La seule chose qui me manque c'est Caths, il faut que je trouve le moyen de lui écrire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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