Robert vendredi 23 décembre 1977 vacances Noël 1
Robert vendredi 23 décembre 1977 vacances Noël 1
Suis à la bourre.
Je ferme la porte du dortoir. Ils doivent déjà m'attendre. J'ai oublié quelque chose, je ne sais pas quoi. Bordel, j'ai quoi là ?
Je cours dans les couloirs même si c'est interdit, comme à l'école : pas vu, pas pris. Bon c'est aussi une école même si je n'arrive pas à voir ce lieu comme ça.
- Viens devant. Richard m'ouvre la porte passager. Ça va garçon ?
- Oui, fatigué.
- M'étonne. Tu n'as que ce sac ?
- Oui pourquoi ?
- Oh non, pour rien.
Au premier arrêt sur l'autoroute pendant que Gisou distribue les sandwichs, je m'autorise un strip-tease pour échanger ma tenue bleue contre un survêt et des baskets.
- Regarde-moi un peu, tu as grandi ?
- Oui hélas.
- Pourquoi hélas ?
- J'ai du aller me chercher une autre veste au grand désespoir du garde-mites.
- Et ?
- Et quoi ?
- Et bien ta taille ?
- Oh ! un mètre soixante dix-huit pour toujours soixante cinq kilos.
- Pfff un chat maigre.
- Purée un chat comme ça, moi je le laisse à la rue.
- Heureusement que tes parents ne sont pas toi ma chère.
- Rhô ma chère, ton langage a évolué mon garçon. En attendant mange. Richard, bientôt il vous dépassera, toi et Rémy.
- Même pas en rêve.
- Rappelle-nous, ton père mesurait combien ?
Je soupire en regardant Gisou. Puis après avoir balancé mon sac à ma place, à petites foulées, je me dirige vers le bâtiment pour y rejoindre les sanitaires.
Merci Gisou, il y avait longtemps que je n'avais pas pensé à ce con.
Quand je reviens Richard a déjà sorti la voiture de sa place et Gisou s'est assise à l'avant.
- Yvy sort.
La gamine surprise, se détache et sort, je prends sa place sur la dernière banquette, puis elle s'installe à ma place habituelle.
Devant, les parents se regardent puis Richard démarre.
Je pose ma tête sur la siège avant en faisant semblant de fouiller dans mon sac.
Véro s'est positionnée comme moi.
- Je t'ai manqué ?
- Non.
Je me mets à rire.
- Pas grave, il y a une super nana là-bas.
- Salaud.
- Vous complotez quoi tous les deux ?
- La destruction du Monde en commençant par le chalet.
- Commencez par ne pas vous disputer.
Véro et moi, nous nous sommes redressés, elle fait mine de me pincer, je pare et fais claquer mes deux mains devant son visage, le bruit résonne et provoque chez elle deux réactions : elle éclate de rire et me bourre de coups de poings auxquels je réponds en essayant de la tenir, nous rions tellement tous les deux que l'on s'écroule enchevêtrés l'un sur l'autre sur la banquette.
- Ouais, tu m'as manqué. T'en chies pas trop là-bas ?
- Pas pire qu'à l'école sauf que là, on me fait bien sentir que je n'y ai pas ma place. Heureusement que je me suis fait deux bons copains. Et toi, elles t'emmerdent toujours autant ?
- J'en ai pris mon parti et maintenant vu qu'elles te connaissent, je ne suis plus la carotte qui ne sortira jamais de terre. Et je me suis mise au boulot, je veux avoir une mention au BAC et après je ne sais pas. Isabelle me manque et j'ai hâte qu'elle ai son bébé. Comme il y a son lit de libre, tu pourras maintenant dormir dans la chambre avec Yvy et moi.
- Ouais pourquoi pas mais j'aime bien le bureau de Richard.
- Tu m'as porté quoi comme cadeau.
- Oh putain de merde, c'est ça que j'ai oublié.
Je l'ai presque crié tellement cet oubli m'horrifie.
- Qu'est-ce qui t'arrive garçon ?
- J'ai oublié le sac avec les cadeaux mais j'étais tellement à la bourre et la tête tellement farcie de leur connerie de popotier. Oh, mais quel con je suis.
- Robert pas de ce langage avec nous.
- Oui désolé.
Richard rigole.
- Je m'en suis douté vu que tu n'avais qu'un sac. D'où ma réflexion.
- Et tu ne pouvais pas me le dire franchement ?
- Et non, you'r not a red father.
- Oh ! pffff ! Purée je ne mentirai pas à mes gosses.
- Tiens tu veux des enfants maintenant ?
- Non ! toujours pas, c'était façon de parler. En tout cas là je fais quoi ? Tu me lâches à Lyon, je vais les chercher et je remonte en train.
- Ça ne va pas ? Tu les distribueras lors d'un autre séjour au chalet.
- Je vous les passerai et vous les distribuerai vous, car en février et Pâques je n'aurai pas de congés et cet été j'en sais rien puisqu'on sera les secondes années et on accueillera les nouveaux poussins et ceux qui ne le feront pas iront défiler. Je croise les doigts pour y échapper.
- Échapper à quoi ?
- Au défilé à Paris pardi !
- Ce seraient pourtant Papy et Mamy qui seraient fiers.
- Ouais, bin, je m'en passerais volontiers.
- Oui Mammema j'ai grandi, j'ai pris huit centimètres en six mois et oui j'ai oublié mon sac avec les cadeaux, maintenant que vous savez tout, vous pouvez changer de disque ?
- Hou la, pas de bonne humeur le gamin.
- Pourtant dans la voiture, après s'être battu avec Véronique, s'être réconcilié et avoir comploté avec elle pour l’anéantissement de cette famille, ils ont bien dormi tous les deux.
- Oh ce doit être ça, dormir c'est fatiguant mon fils.
Le chalet sent trop bon, il sent le pain d'épice et le chocolat. La fenêtre du fond de la cuisine est décorée d'un Père Noël sur une vitre qui se penche vers la mère Noël qui a une casserole à la main et lui tend sa cuillère en bois.
- Wahoo trop beau, qui l'a dessiné ?
- Moi.
- Félicitation Mathilde c'est super beau.
- Moi c’est Marthe !
- C’est pareil.
Je vais jusqu’à Papapa qui enfume la maison en lisant un journal. Je lui claque deux bises en me bouchant le nez. Il fait mine de me taper.
- Tu as l’air en forme. Vas voir les autres fenêtres, elle a commencé à les décorer. Quant à nous garçon, demain tu devras m'aider à accrocher les guirlandes extérieures. En tout cas contrairement à d’autres, toi, tu as daigné venir m’embrasser.
Les filles alors se jette sur lui. Mammema lui arrache presque son cigare des mains.
- Donne moi, monsieur l’empoisonneur. Que tu vas finir par m’en brûler une.
Dans le salon, un grand sapin, autour duquel Sylvie et Rémy s'activent pour l'enrubanner de guirlandes rouges et dorées.
- C'est moi qui met le petit ange.
- Corinne, en attendant pose-le. Robert reprends lui, s'il te plaît !
Je veux bien obéir à Sylvie mais le truc avec cette gamine c'est qu'elle est têtue comme une bourrique et plus glissante qu'une anguille. Je finis sous la table avec elle.
- Aïe ! Fichtre la hauteur sous cette table a bien rétréci. Je renonce à me mettre sur la barre centrale comme je faisais il y a moins de deux ans encore. Tu me le montres ? je l'ai jamais vu. Tu me le présentes ton bébé ?
- C'est pas un bébé, c'est un ange.
- Oh ! et il s'appelle comment ton ange ?
- Jésus !
- Ah Jésus ce n'est pas un ange. Trouve-lui un autre nom.
Elle est venu s'asseoir sur mes jambes pliées en tailleur par terre.
Je la vois réfléchir.
- Rodolphe !
- Ce n'est pas un nom d'ange, ça ! Qu'est-ce que tu penses de Gabriel ? Ou tu en inventes un, en mettant "iel" au bout.
Son nez se plisse. Oups elle ne comprend pas. Comme Cocoiel, Robertiel, Gisielle, Richardiel,...
- Jésuiel !
Je me retiens de rire.
- Ok ça me va. Tu me le passe et on va le présenter à tout le monde ?
- Non ! Je veux le mettre moi !
- Je le garde mais tu le mettras toi !
- Non ! Je veux le mettre moi !
- Bon bin reste avec moi en attendant qu'ils aient fini.
En me poussant avec les mains, je nous extirpe de dessous la table et les regarde finir de décorer le sapin. Dans des petites caisses en bois, chaque boule est enveloppée d'un papier dans lequel avant, était enveloppé une mandarine ou une clémentine. Maman aussi les gardait les rares fois où on avait droit à ces fruits exotiques. Moi, le summum c'étaient les bananes, quand j'allais chez Caths je demandais toujours pour en avoir une. Ça surpassait tous les gâteaux.
- A toi Coco !
Je me lève en la portant. L'ange a un trou dans les fesses dans lequel Rémy fait entrer la pointe du sapin. Je trouve ça très glauque. Moi je préférerais largement mettre une étoile.
Rémy branche la prise et quelqu'un éteint la lumière.
Le sapin clignote de milles couleurs. Comme l'année dernière avec le petit sapin à Aix, je reste comme happé par ce spectacle. Coco me met les mains sur les joues et tourne mon visage vers elle.
- Est beau, hein ?
- Oui Coco, très beau !
Véro vient se coller à moi !
- O Tannenbaum O Tannebaum, Wie treu sind deine Blâtter...
Elle entame mon beau sapin en allemand suivie par les parents, puis les petites et les grand-parents en français.
- Nitt nurr im Summer bisch dü scheen, Im Winter au, wenn's schnejt, bisch grien !
Ils se taisent tous pour m'écouter le chanter en alsacien. Ça me fait bizarre. Il y a longtemps que je n'ai pas utilisé l'alsacien et de les voir ainsi m'écouter en silence encore plus. Mais je vais jusqu'au bout, je ne veux pas leur montrer mon trouble, ma gêne et ma honte. Et puis zut ! Non je n'ai pas honte d'être alsacien.
- Bon c'est pas tout mais j'ai faim !
Mammema sourit et me forçant à me pencher m'embrasse.
- C'était très beau. Rien que pour ça tu auras un steack hâché au lieu du poisson !
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